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Dieu offensif et intervention féminine

4 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 27 septembre 2009

Exode IV, 20 à 26

Colossiens II, 8 à 23

 

Dieu l'attaqua et voulu le faire mourir. Que la cible de Dieu soit Moïse ou son fils, cette image d'un Dieu offensif, meurtrier même est franchement déplaisante, tout comme est déplaisante l'image d'un Dieu qui endurcit le coeur de Pharaon, qui venge le fils sur le fils. Alors, il et facile de comprendre que ce passage soit un grand oublié du livre de l'Exode. On ferait mieux d'arracher la page et de passer à autre chose.

Pourtant, le passage est bien là et à mois de prétendre redéfinir le Canon, il faut bien s'y frotter, s'interroger sur le Dieu offensif, sur la circoncision, et sur l'interruption féminine.

 

L'image d'un Dieu qui attaque, un Dieu offensif ne nous semble pas coller avec notre image du bon Dieu, le gentil papa gâteau qui nous aime et nous pardonne. En fait, le père fouettard que nous croyons voir dans le Premier Testament, et le Dieu tout sucre et miel que nous croyons voir dans le Nouveau Testament, ne sont jamais que deux images de Dieu. Or, nous le savons, nous n'avons pas le droit de nous prosterner devant les images, de les adorer et de les estimer intouchables. Bien sûr, qu'au nom de Jésus Christ, nous pouvons rejeter l'image d'un Dieu bandit de grand chemin qui se rue sur le voyageur en criant "le prépuce ou la vie !". Comment pourrait ion placer sa foi, sa confiance en un tel Dieu ? Mais l'image du bon Dieu qui ne ferait pas de mal à une mouche ne vaut pas  mieux, à mon sens, elle est même encore pire.

En effet, l'image du Dieu offensif tient au moins compte de la réalité du mal, de la souffrance, de la mort. Mais le gentil bon Dieu dans les nuages nous catapulte  dans le pays joyeux, des enfants heureux, des monstres gentils... Oui c'est un paradis mais cela n'a rien à voir avec la réalité dans laquelle nous vivons. Et du coup l'image du Dieu inoffensif devient une image inoffensive de Dieu, une image bien gentillette d'un Dieu qui finalement n'a pas sa place dans notre monde.

On peut aussi évoquer le Dieu inoffensif qui  laisse l'homme la liberté de faire le mal ou du Dieu inoffensif qui ne peut pas empêcher tout le mal. Mais finalement, comment faire confiance à un Dieu qui ne veut pas ou qui ne peut pas vaincre le mal.

Le mal et la souffrance restent une question brûlante et incompréhensible et on ne la résoudra pas en rendant Dieu inoffensif. Revenons donc au Dieu offensif de ce passage.

 

Le nom de Moïse n’est jamais cité dans les deux versets qui racontent cette attaque. Aussi on peut se demander si la cible de Dieu est Moïse ou son fils. Il est en effet, fort probable que nous ayons ici affaire à une tradition particulière racontant la circoncision du fils de Cipora et que la victime de l’attaque de Dieu soit le fils de Moïse (ce qui d’ailleurs rend le récit bien plus logique). Quoiqu’il en soit, il est indéniable que  cette agression tourne autour d’une question de circoncision. Et il est quasiment certain que la circoncision est ici vécue comme un signe d’appartenance. En effet, le lien est clairement fait avec la mort du fils de Pharaon, pour venger Israël, fils de Dieu de même que le lien avec le sang de l’agneau qui marquera les portes des hébreux lors de la nuit de la sortie d’Egypte. Et puis la circoncision comme marque dans la chair de l’appartenance à Dieu est un thème récurrent du Premier Testament. Donc on peut dire ici que Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui (c’est bien sûr plus évident si l’on admet que la cible de l’attaque est le fils de Moïse mais si c’est Moïse parce qu’il n’a pas circoncis son fils, les choses restent les mêmes.) Dieu s’attaque à ce qui n’est pas à lui.

Et je crois que cette idée n’est finalement pas si étrangère au Nouveau Testament. En effet, en relisant ce texte à la lumière du Nouveau Testament, nous n’avons pas besoin de le rejeter, nous pouvons simplement nous rappeler que la circoncision est celle du cœur et surtout que c’est sur la croix que Dieu est offensif, qu’il s’attaque à ce qui n’est pas à lui. Ce qui n’est pas à lui, c'est-à-dire ce que Paul appelle le vieil homme, tout ce qui nous conduit encore et toujours à rejeter Dieu et à chercher à être Dieu nous même. Sur la croix, c'est-à-dire qu’il devient lui-même, pour nous, la cible de son attaque. Oui, sur la croix Dieu concentre, contre lui-même, toute la colère que suscite notre rébellion. Ce n’est pas en niant le mal, en disant « ce n’est pas si grave » que Dieu nous épargne, c’est en prenant sur lui les conséquences de ce mal. C’est une théologie très traditionnelle, j’en conviens. Mais elle me paraît finalement bien plus percutante, bien plus radicale dans l’affirmation de l’amour de Dieu que l’inoffensive théologie du Dieu gentil.

 

Mais je m’en voudrai de ne sortir de ce texte qu’un discours théologique, alors même qu’il résonne si fortement dans notre actualité. Je me suis jusqu’ici concentré sur l’offensive de Dieu sans parler de l’intervention de Tsipora

 Alors que la circoncision est une affaire masculine : ce sont les hommes qui circoncisent, voilà que Tsipora qui est étrangère se mêle de circoncire son fils. Et par ce geste, qui se moque de toute bienséance, de tout rituel, de toute règle, elle met un terme au cycle de violence, de mort, d’agression. Par cette irruption au cœur d’un système finalement très masculin, elle ouvre une brèche, une possibilité nouvelle.

Cette irruption féminine évoque forcément ces irlandaise, ces israéliennes et palestiniennes, ces Mères de la place de mai, de toutes ces femmes qui à travers le monde luttent pour la paix et la justice, souvent dans des sociétés complètement dominées par les hommes. Le texte ne nous fait pas un panégyrique des vertus féminines, et c’est heureux parce que ces éloges tournent toujours à la caricature.

Non, ce texte nous dit simplement que faisant fi des loi des hommes, Tsipora, une femme étrangère a agit et ainsi sauvé une vie. Qu’elle soit bénie pour ce geste et que mémoire lui soit faite.

 

Sœurs, que le geste de Tsipora soit le vôtre, un geste qui sait rompre les règles figées pour ouvrir un chemin de vie, un geste qui place l’homme face à ses responsabilités.

Frères, que le geste de Tsipora nous rappelle, qu’une moitié de l’humanité ne pense ni ne réagit tout à fait comme nous et que cette différence fait parfois la différence entre vie et mort. Que ce geste nous rappelle que nous pouvons nous aussi, à notre manière poser des gestes de vie et d’ouverture.

Frères et sœurs, que la croix nous rappelle qu’un geste de vie a été posé pour nous tous et que si notre Dieu est offensif, c’est contre le mal et pour la vie qu’il mène son offensive.

 

Amen

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