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Invitation au Talmud

6 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le Talmud nous enseigne qu’un texte est indéfini, ouvert à des interprétations toujours nouvelles, qui ne sont garanties par aucune encyclopédie. Les interprétations les plus diverses, philosophiques, sociologiques, politiques, linguistiques, historiques etc., n’épuisent chacune qu’une partie des possibilités du texte. Celui-ci demeure inépuisable et infiniment ouvert. La question essentielle n’est plus : qu’est ce que l’interprétation ?, mais pourquoi y a-t-il interprétation ? « Il y a interprétation pour montrer que contrairement aux prétentions de l’idéologie, le sens se construit patiemment, qu’il ne s’identifie pas à une vérité toute faite qu’il suffirait de s’approprier une fois pour toute pour l’imposer aux autres. » Il y a interprétation pour rappeler qu’aucune parole ne peut devenir imposition, dogme ou vérité. Il y a interprétation pour que le texte – quels qu’en soient l’origine, le lieu théologique – ne se transforme pas en idole. Il y a interprétation, enfin, pour dénoncer les immenses dangers de l’idée de vérité.

L’interprétation n’est pas seulement commentaire, le fait de dire autre chose et de le dire mieux. Plus essentiellement, elle met en jeu le mouvement même de penser, qui consiste précisément en l’ébranlement des institutions préfabriquées du sens, dans lesquelles toute chose à son lieu et tout moment son heure. Le commentaire talmudique est un long voyage qui invite à renoncer au besoin, souvent passionné, de tirer des conclusions, de se forger une opinion ou un jugement définitif. L’interprétation, c’est la patience du sens : pour renoncer, selon l’expression de Flaubert, à la « rage de conclure ».

M-A Ouaknin

 

C'est en nous faisant entrer dans le brouhaha d'une, une salle d'étude que Marc-Alain Ouaknin nous fait découvrir la tradition talmudique. Je m'empresserai d'oublier ce que sont la Guemetria , le Guezara Chava et le Mahloquet ,  je passe un peu vite sur les anecdotes dont le texte fourmille, pour ne retenir que ce qui fait l'essentiel et la richesse de cette tradition, une étude qui se fait dans le dialogue, dans la confrontation continuelle, jamais tranchée. Une étude qui n’éprouve pas le besoin d’en arriver à une conclusion parce que ce qui compte, c’est le mouvement. C’est l’étude qui fait tenir le monde.

C’est sans doute ce brouhaha,  cette « guerre du sens » qui rapproche le plus le protestantisme du judaïsme (même si le protestantisme est sans doute bien plus profondément marqué par la pensée occidentale)

En effet, en découvrant cette tradition du Talmud, je redécouvre ce qui m’attache, malgré une théologie en fin de compte assez classique, au libéralisme protestant : le refus d’un dogme qui viendrait anéantir d’autres idées, d’autres interprétations et réduire le dialogue à néant.

La conclusion du livre vient cependant rappeler l’enjeu de cette étude : recevoir la Révélation, être en lien avec le Dieu qui se révèle. Et si cette conclusion nous rapproche encore un peu, pour nous aussi la question de Dieu ne peut qu’être celle de la Révélation de Dieu, elle nous distingue aussi : pour les juifs c’est dans la Torah que Dieu se révèle, pour nous c’est en Jésus Christ.

Mais au-delà de cette différence essentielle, Marc Alain Ouaknin vient nous rappeler la grande leçon que nous donne le Talmud : oser l’interprétation toujours renouvelée, c’est maintenir la Révélation vivante et active au lieu de la figer dans une idéologie.

Juste après avoir terminé ce livre, j’entendais une citation de François Vouga. Les chrétiens, ce sont ceux qui reconnaissent le Dieu révélé en Jésus Christ et qui discutent pour savoir ce que ça veut dire… Un talmudisme chrétien ?

 

Marc Alain Ouaknin. Invitation au Talmud. Flamarion.

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