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Porte drapeaux

15 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'aimerais tenir l'enfant de Marie
Qui a fait graver sous ma statue
"Il a vécu toute sa vie
Entre l'honneur et la vertu"
J. Brel

Habituellement, je le signale à la famille, lors de la préparation de l'inhumation : "pas de drapeaux pendant le service au temple". J'ai alors le temps de préciser qu'il ne s'agit pas d'antipatriotisme ni même d'antimilitarisme de notre part mais simplement de cohérence avec le message qui est le nôtre. En effet, nous affirmons que Dieu accueille la personne indépendament de ce qu'elle a été et/ou réalisé. Il paraît donc assez inopportun de célébrer de manière aussi ostentatoire tout un pan de la vie du défunt. Des souvenirs, bien sûr puisque nous nous adressons à ceux qui sont dans le deuil mais ni drapeaux, ni médailles ni panégyrique, notre service d'inhumation n'est pas un viatique et nous n'avons pas besoin de placer les hauts faits du défunt  dans quelque balance céleste pour l'assurer du paradis.
Parfois, malheureusement, le statut d'ancien combattant n'a pas été évoqué et les portes-drapeaux sont là. Il est difficile alors d'expliquer en 2 minutes ce qu'est un service protestant d'inhumation et pourquoi nous leur demandons de laisser les drapeaux au fond du temple. D'autant plus que bien souvent, cette présence du drapeau est un point sensible et, si j'en crois un échange épique de courrier entre le conseil presbytéral et l'amicale des anciens combattants de mon ancienne paroisse, les anciens combattants peuvent être extrêmement chatouilleux sur la question.
Un exemple très concret de la difficulté de recevoir un message de grâce qui nous semble tellement opposé à notre soif de reconnaissance. Et pourtant, ce n'est pas un discours théologique qui me pousse à tenir dans mes positions (avec un peu de souplesse quand même, hein ! je ne brûle pas les drapeaux et généralement je cherche un terrain d'entente...) mais une expérience concrète. Le premier enterrement que j'ai célébré dans mon ministère était celui d'un alcoolique notoire au passé violent. Quelle liberté c'était de ne pas chercher à mentir ni à édulcorer les choses mais d'annoncer que Dieu aimait cet homme et lui accordait autant de valeur qu'à un saint ou un héros.

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