Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une invitation au dialogue ?

29 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

La "disputatio" avec Matthieu (de Totus Tuus) continue ici

Tout d’abord une mise au point le titre de l’article qui vous a fait réagir était Benoît XVI accablé par ses défenseurs, ce qui je crois est assez explicite, c’est plus les réactions de défenses du pape par des catholiques et des athées qui eux affirmaient de façon tout aussi explicite que Manuel II Paléologue que l’Islam était une religion intrinsèquement violente. C’est cette réaction qui me permettait de dire que Benoît XVI avait par ses propos incité à la haine de l’autre et donc s’était montré anti-évangélique.
Benoît XVI s’est à présent désolidarisé de sa citation (ce qu’il n’avait pas fait lors de son discours. Très bien.
Cependant, contrairement à ce que vous dites, le pape n’a pas demandé pardon : Je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l'Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans. Ce n’est pas une demande de pardon, ce n’est même pas la reconnaissance d’un tort, Benoît XVI n’est pas attristé d’avoir froissé les musulmans il est attristé par leur réactions…
De plus, l’explication que vous donnez de l’événement ne me paraît pas convaincante du tout. Si Benoît XVI voulait, par une citation provocante, interpeller l’Islam, il aurait mieux valu le faire dans un discours ou une déclaration adressé directement aux musulmans plutôt que par une citation lancée au détour d’un discours sur la raison qui n’a rien à voir avec la question. Pour ma part j’aurais été bien plus convaincu par un discours du type : « la citation était maladroitement choisie et je m’en repens. Mais profitons de cet accident pour ouvrir un dialogue franc et respectueux sur la violence qui empoisonne nos religions ». Bref quelque chose dans le style de la déclaration du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne
Mais visiblement, l’infaillibilité pontificale empêche ce genre d’humilité… Et je doute fort que sur ce sujet nous tombions jamais d’accord. Je me contenterais donc de rappeler que, si votre point de vue est respectable, d’autres catholiques romains n’hésitent pas à se montrer bien plus critique vis à vis du souverain pontife.

 En fait ; dans votre article il y a un deuxième point qui me chiffonne bien plus, c’est l’amalgame que vous faites entre évangélisation et dialogue inter-religieux.
Entendons-nous bien, j’espère autant que vous, qu’un jour les musulmans, comme les boudhistes ou les athées reconnaîtront que Jésus est le sauveur. Et tout comme vous, je crois important d’annoncer cette bonne nouvelle. Cependant évangéliser ne signifie pas convaincre ni tenter de convertir mais simplement annoncer. La conversion des cœurs n’est pas dans les attributions du chrétien, c’est le rôle de l’Esprit Saint.
Le dialogue religieux, quant à lui, est d’un autre ordre. En effet, on ne se lance pas dans un dialogue respectueux de l’autre en ayant pour but de lui démontrer notre supériorité et de l’obliger à admettre notre point de vue. Le dialogue inter-religieux (ou avec les athées) ne peut se faire que si chaque partie est volontaire de recevoir de l’autre et de s’enrichir de conviction qui ne sont pas les siennes (cela n’implique absolument pas de renoncer à nos convictions propres). Par exemple le dialogue inter-religieux peut se vivre sur le mode ; voyons comment nos religions respectives essayent de lutter contre la violence mais pas sur le mode, nous allons vous apprendre à vous débarrasser de la violence qui est la vôtre…
En résumant, si j’espère la conversion des athées ou des musulmans, quand je discute avec eux, ce n’est pas pour les convaincre mais pour avoir une chance de leur exposer ce que je crois (l’annonce) et aussi comprendre et m’enrichir de perspectives auxquelles je n’aurais pas pensé et peut-être trouer des pistes d’action commune (le dialogue).  En tout cas, j’essaye… Cela nécessite deux choses, de savoir d’où je parle, quelles sont mes convictions et ne pas chercher à les imposer à l’autre… Je n’ai pas trouvé la deuxième dans votre discours sur le dialogue avec l’Islam et pour tout dire j'ai eu le même désagréable sentiment que quand je discute avec des catholiques pour qui l'oecuménisme consiste à ramener les protestants dans le girond de l'Eglise Romaine ou avec des protestants pour qui il consiste à amener les catholiques aux lumières de la Réforme... Je crois qu'il existe une autre manière d'être fidèle à ses convictions...

 

Partager cet article

Commenter cet article

pharisien libéré 10/08/2007 11:47

Bonjour,J'ai toujours un peu de mal quand on cite comme vérité révélée ce passage de Paul où il parle de la tête et des pieds qui devraient être unis.Comment faire une doctrine chrétienne d'une libre citation de "l'estomac et des pieds", fable d'Esope qu'il avait dû apprendre quand il était petit ? C'est typiquement une surinterprétation doctrinale suite à une lecture hâtive qui n'a pas su reconnaître la citation. C'est sûr que les manuscrits anciens n'encodent pas mais, à mon sens, quand on veut hausser une interprétation au niveau de vérités éternelle, on devrait faire un peu attention à ce qu'on dit, n'est-il pas ?A+

ti'hamo 24/04/2007 22:45

" il est évident qu'il y a quand même des fois où mon prochains est pire que moi"
oui, surtout que le prochain de mon prochain...c'est moi (entre autres), et donc lui se retrouve bien avec une paille dans l'oeil, face à un prochain qui a une poutre... ...il y a donc bien des gens pour qui la situation est inversée... :-)
(à moins que...ça ne soit comme les files de supermarché : c'est toujours l'autre file qui va plus vite,...mais alors comment se présente MA file du point de vue des gens de l'AUTRE fil...?)

Ou alors on aurait tous chacun des poutres de notre point de vue, et chacun de nos prochains n'aurait qu'une paile, de notre point de vue - mais de son point de vue, il a une poutre et j'ai une paille.
C'est logique, en un sens : DANS l'oeil, une paille ça a certainement l'air d'une poutre (comme vu de très près, une mouche ça fait très gros) - alors que de loin, ça n'a l'air que d'une paille.

:-)

ti'hamo 21/04/2007 18:17

...vous n'avez pas dit le contraire, c'est vrai - mais mieux encore, je préférais le souligner... :-)
(effectivement, je suppose que nous sommes tous tour à tour pharisiens et diciples...)

D'ailleurs, en parlant de paille et de poutre, je suis retombé l'autre jour sur cette parabole....et me suis alors rendu compte qu'elle est toujours, lorsqu'utilisée dans le langage courant (réflexion qui me vient puisque vous évoquez ce passage, mais pour la suite ce ne sont pas vos propos que je vise !!), amputée de sa fin :
elle est souvent utilisée dans le sens "occupe toi de ce qui te regarde", ou "de toute façon tu ne fais pas mieux" ou "t'as rien à dire".
Or, la parabole complète dit (je cite de mémoire, mais le sens y est) : "hypocrite ! (ah, tiens, on en prend aussi pour notre grade) tu veux retirer la paille qu'l y a dans l'oeil de ton prochain, mais ne vois-tu pas la poutre qu'il y a dans ton oeil ? Retire d'abord la poutre qu'il y a dans ton oeil, ET ALORS TU POURRAS ÔTER LA PAILLE de l'oeil de ton prochain."
Autrement dit : oyez à tous, la prochaine fois qu'on voudra prétexter cette parabole pour vous demander de ne pas vous soucier des erreurs d'autrui, pensez bien à la fin de cette parabole, qui affirme au contraire qu'il le faut, à condition de reconnaître ses propres erreurs et d'en rester conscient.
(il faudrait faire, un jour, un article sur toutes les citations évangéliques mal utilisées car toujours amputées de leur fin...)

Eric George 21/04/2007 18:53

D'accord sur l'aspect souvent tronqué de la parabole, en revanche pas tout à fait d'accord avec votre interprétation. La fin de la parabole c'est, effectivement, "tu pourras enlever la paille de l'oeil de ton prochain' mais"enlève d'abord la poutre qui est dans ton oeil". Ce qui signifie clairement qu'il question d'un peu plus que d'être conscient de ses propres erreurs... D'ailleurs c'est amusant, Jésus ne semble pas envisager le fait que la paille puisse être dans mon oeil et la poutre dans celui de mon prochain, alors que bon, du strict point de vue de la morale, il est évident qu'il y a quand même des fois où mon prochains est pire que moi (faut pas pousser quand même...) Bref, pour moi c'est clair : parce que tous, nous sommes pêcheurs, il nous est à tous, impossible de juger autrui (d'autant qu'à partir du moment où je juge, je suis de nouveau pêcheur).

Eric George 20/04/2007 16:43

Oh ! alors, j'ai mal compris ce que vous vouliez dire. Si les pharisiens ne sont pas plus les violents musulmans que les méchants vaticanistes, et si Jésus n'est pas plus Benoît XVI que Drewermann, alors, nous sommes presque d'accord.
Reste quand même, une histoire de paille et de poutre qui, si on considère qu'lle ne s'applique pas seulement aux individus mais peut aussi nous guider dans le dialogue interreligieux ne met pas la critique interne sur le même plan que la critique de l'autre et nous enjoint à être très prudent quand nous pointons l'autre du doigt, vous ne croyez pas ?
Bien sûr que Jésus aime les pharisiens, mais où ai-je dit que Benoît XVI n'était pas animé par de l'amour quand il a tenu ses propos. Mais l'amour n'empêche ni l'erreur ni la maladresse (en tant qu'époux, père et pasteur de paroisse, j'en sais malheureusement quelque chose)

ti'hamo 20/04/2007 15:15

à trop vouloir enfermer l'Evangile dans des cases...(de préférence des cases pratiques et qui arrange nos petites affaires)...
   Jésus, que je sache, dans tous ses actes et toutes ses paroles,  n'est jamais (et ne se comporte jamais comme)  un représentant d'une caste,  ni d'un groupe,  ni d'un groupuscule,  ni d'un courant,  ni d'une classe sociale,...
   ...au milieu de braves gens ils parlent tout naturellement de Dieu par des anaologies avec la vie de tous les jours  ;  confronté à des érudits aimant à jouer sur les mots, à pinailler sur les termes,  à tendre des pièges,   il leur renvoie là encore un langage adapté,  érudti, citations et textes.
           Il y a, je trouve,   2 choses qui ressortent de ces passages d'Evangile :
- si on croit en ce Jésus, on croit qu'il aime profondément chaque humain, en vérité.
- et on voit que cet amour peut se traduire de manière violente,  par des reproches sans détours,  des mises en garde,   des mises en demeure,   des mises devant le fait accompli.
   L'amour en vérité,  est-ce ne surtout froisser personne,  ou bien est-ce mettre chacun face à la réalité,  y compris lui-même, et sans compromission,   tout en restant à ses côtés ?
   ne peut-on comprendre l'evangile en ce sens ?
Ou bien, comme il est dit ci-dessus,  n'est-il qu'un simple événement local,  traitant d'affaires et de question locales entre des groupes autochtones,  sans aucune application possible en dehors de ce contexte particulier ?
    Ou bien est-ce l'inverse et faut-il absolument, pour comprendre l'Evangile, y plaquer  une grille de lecture imaginée à partir d'une représentation personnelle du monde actuel ?   ("alors, on dira que les pharisiens,  c'est les méchants vaticanistes papistes que j'aime pas, et  les bons gentils qui critiquent ceux que j'aime pas,  ils sont des nouveaux Jésus...qui veut faire Pilate ?")
    Et on peut très bien faire les 2,  aussi.
   (cela dit, encore, une fois : mais Jésus, quand il parle ainsi aux pharisiens...  ...ne les aime-t-il pas ?)
 
   Mais  je ne me lançait pas dans une "transposition", en redistribuant les rôles selon ma convenance,  mes choix politiques,  et les opinions du moment.        Il s'agit plutôt de comprendre la façon d'agir de Jésus,   de s'en pénétrer,    et de savoir la mettre en pratique.     "l'amour en vérité", quoi.