Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sola scriptura, un pape de papier ?

30 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

Être protestant, c'est se maintenir dans une écoute obstinée de la Parole de Dieu à travers une lecture intelligente de l'Écriture
Claudette Marquet


Cher Matthieu, avec un brin de jésuitisme, vous répondez à ma question : sur quelles bases bibliques fondez-vous l'autorité du pape ?, par une autre question. Sur quelle base biblique fondez-vous le Sola scriptura ?, m'interrogez vous.
C'est effectivement avec cette question que les théologiens catholiques entendent démontrer l'autorité de la Tradition. Il faut bien, disent-ils, que la Tradition ait une autorité pour avoir établi le canon, c'est à dire avoir défini  quels étaient les textes ayant autorité. Le Sola scriptura ne peut suffire. C'est d'une logique irréfutable.

Ce que signifie vraiment Sola scriptura
Sauf que... "Sola scriptura" ne signifie pas l'Ecriture et rien que l'Ecriture. . L'expression Sola Scriptura exprime un refus de l'autorité de la Tradition (comprise par l'Eglise Catholique Romaine comme un pan non écrit de la Révélation qui se transmettrait depuis les apôtres aux évêques et aux prêtres par l'imposition des mains et la succession apostolique) et contre le Magistère (l'autorité donnée aux conciles et au pape de trancher ce qui est conforme à la Révélation et ce qui ne l'est pas). Ainsi parmi les trois sources d'autorité reconnues pas l'Eglise Catholique Romaine, l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, les protestants n'en reconnaissent qu'une seule, l'Ecriture, d'où le slogan Sola scriptura.

Le témoignage intérieur du Saint Esprit
Mais, hormis pour les fondamentalistes les plus extrêmes, les protestants ne confèrent pas à la bible une autorité absolue. Ce serait oublier le travail considérable des exégètes et théologiens protestants (ainsi que catholiques et orthodoxes souvent cités dans le protestantisme) et surtout ce serait dénier la puissance et la liberté absolue de l'Esprit (attestée clairement dans l'Écriture). Luther allait jusqu'à écrire qu'il mènerait le Christ au combat contre l'Écriture dans le cas ou les adversaires mèneraient l'Ecriture au combat contre le Chris.
C'est cet l'Esprit Saint qui a inspiré la formation du Canon, et l'Esprit Saint qui nous donne de reconnaitre l'autorité de ce Canon (j'ai déjà signalé que je reçois les apparentes faiblesses de la Bible, ses contradictions internes, sa diversité de théologie comme autant de signes du travail de l'Esprit. Quand une institution humaine veut se donner un texte de référence, elle se donne un texte fort et incontestable).

Quand la Bible parle d'elle-même
Pour répondre à votre question : comment fondez-vous bibliquement l'autorité de la Bible ? je laisserais donc parler les textes : 

il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile,    afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.  (Luc I, 3 et 4)
C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai.  Jean XXI, 24
Vous mettrez sur votre cœur et sur votre âme ces paroles que je vous adresse. Vous les attacherez comme un signe sur votre main, et elles seront un fronteau entre vos yeux.Vous les apprendrez à vos fils et vous leur en parlerez quand tu seras chez toi et quand tu seras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Deutéronome XI, 18-19

Ainsi (j'aurai pu trouver d'autres exemples) la Bible nous dit, elle même, ce qu'elle est : un témoignage, ou plutôt des témoignages de la façon dont les premières communautés ont reçu la révélation de Dieu. Parce que nous croyons que le canon est inspiré, nous croyons que ces témoignages sont premiers (pas forcément au sens de chronologique mais au sens de principaux) et que toute affirmation théologique, toute doctrine doit pouvoir s'appuyer sur l'Ecriture et sur une interprétation intelligente et argumentée (ce qui disqualifie à nos yeux des dogmes tels que l'assomption, l'immaculée conception ou l'infaillibilité pontificale qui ne peuvent prétendre trouver leur source dans l'Ecriture).  En effet, ces textes nous sont donnés comme témoignages, c'est à dire des propos subjectifs, inscrits dans une époque et un contexte donné, écrit dans un but précis. Ce qui rend nécessaire une interprétation constante pour recevoir la Parole comme une parole vivante. Ainsi, le "sola scriptura" débouche-t-il sur une autre affirmation capitale du protestantisme : semper reformanda, une Église toujours à reformer.
Voilà, j'espère avoir été assez clair pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout et avoir montré, pas trop maladroitement, un des points importants de l'identité  protestante, le rapport à la Bible.

Partager cet article

Commenter cet article

Olivier C 16/07/2010 14:14



"Nous ne ressentons pas besoin de cloisonner la foi dans des dogmes"


 


Formulée de cette manière je vous comprends, cette définition étant à l'opposé de ce qu'est un dogme, du
moins dans une perspective catholique.


 


Mais pour ce qui est de votre manière de percevoir le système hiérarchique catholique focalisé
avant tout sur l'aspect doctrinal je vous rejoins entièrement, en effet la hierarchie catholique ne tire sa légitimité que de l'enseignement, les pouvoir de gouvernement et de sanctification
étant relatifs à celui-ci.


 


Avant Vatican II il y eu bien une longue période de tentation visant à établir un aspect disciplinaire
apriori, mais heureusement, avec le renouveau patristique et scipturaire nous sommes revenu à une ecclésiologie dont la légitimité de la hierarchie se base sur la garantie du dépôt de la foi. Ce
qui pour moi est plutôt positif...



Olivier C 12/07/2010 08:42



Bonjour,


 


Merci de votre réponse. Donc l'exgégèse, ou plutôt les exégètes, ne remplacent pas la Tradition contrairement à ce que j'aurais eu tendance à penser. Mais alors comment définiriez-vous ce qui
fait votre spécificité ? Je ne suis pas très clair, je vais essayé de m'expliquer : vous reconnaissez le crédo (quelque soit le statut que vous lui accordez), un canon pour la bible, vous vous
reconnaissez aussi en tant qu' "Église réformée" ***. Vous avez donc bien des critères qui vous spécifient, comment les établissez-vous ?


 


(*** Il me semblait aussi que dans chaque communauté il y a un système d'anciens chargé de recruter un pasteur, etc... mais je ne sais pas si c'est le cas dans votre Eglise)


 


Si vous connaissez de la documentation présentant votre Eglise par cet aspect n''hésitez-pas à me renvoyez dessus, c'est juste pour comprendre un peu mieux comment vous fonctionnez.


 


Bien à vous



Eric George 16/07/2010 12:36



L'Eglise Réformée de France fonctionne sur un principe presbytero-synodal, c'est à dire un mode de synergie entre le presbytéral Eglise Local et le synodal : l'Union. Chaque communauté élit un
conseil presbytéral qui envoit des représentant à un synode qui prend des décisions pour l'ensemble de l'Eglise (ces décisions sont rarement de l'ordre doctrinal, ce qui constitue une différence
importante avec l'Eglise Catholique romaine : nous ne ressentons pas besoin de cloisonner la foi dans des dogmes). Pour la nomination des pasteurs, par exemple et en simplifiant : l'Union
reconnaît la vocation des ministres et les propose aux communautés locales qui peuvent ou non les accepter mais une communauté locale ne peut pas nommer son propre pasteur qui ne serait pas
reconnu par l'union.


PLus de précisions ici



Olivier C 11/07/2010 13:03






Bonjour,


 


Je suis catholique. Effectivement, à la lecture de votre article on s’apperçoit que vous n’êtes pas fondamentaliste ! Je pense qu'il était bon de replacer le concept de sola scriptura
dans son contexte : une réaction à l'autorité de la Tradition. Ce que je retiens de votre article rejoint aussi ma propre conclusion sur la sola scriptura sauf que je la tire dans un
sens plus négatif :


 


Finalement cette clef de lecture qu'est la Tradition et que les catholiques revendiquent des apôtres n'a ni plus ni moins été remplacée par une exégèse scientifique ***. Le problème étant de
savoir si cette exégèse est aussi objective qu’elle le pense.


 


En ce qui me concerne, et pour avoir pratiqué ces disciplines, la réponse est clairement non : dans toute science il y a une part de subjectivité. En effet, toute science se fonde sur des
critères et il me semble utopique de croire en une objectivité absolue pour l’établissement de ces critères.


 


Prenons un exemple en critique textuelle : tel verset ou péricope a été ajouté après coup dans tel livre biblique (ce que je ne récuse pas). Comment va t’on statuer sur ces ajouts ? Une exégèse
historico-critique cherchera à identifier ces ajouts et certains auteurs irons jusqu’à les dévaluer, à contrario les exégètes narratifs prendront le texte dans son ensemble, tel qu’il a été reçu
par les communautés chrétiennes. Ces disciplines ne s’opposent pas forcément (je les pratique toutes les deux) mais force est de constater qu’elles ne vont pas statuer sur les péricopes
concernées de la même manière.


 


En ce qui me concerne l’exégèse est un outil, un très bon outils, qui permet notamment de comprendre le sens d’origine d’un texte dans son contexte culturel, mais cette science reste un outils et
en aucun cas une clef de lecture normative pour la foi, je pense que les disputes christologiques des premiers siècles l’ont suffisamment démontré.


 


Bien à vous



Eric George 11/07/2010 15:32



Bonjour


Je suis en tout point d'accord avec vous quant à l'exégèse qui est un outil au service de la prédication et certainement pas objective.


Seulement, chez les protestants, l'exégèse, qu'elle soit structuraliste ou historico critique ou n'importe quoi d'autre n'a absolument pas vocation à remplacer la Tradition et encore moins à dire
"voilà comment il faut comprendre le texte". D'ailleurs l'Eglise Réformée ne prétend pas privilégier une interprétation plutôt qu'une autre ni même une technique d'exégèse plutôt uq'une autre.


 


Fraternellement en Christ



Miky 01/10/2006 11:48

Salut Eric,
Finalement, peut-on dire que le "Sola Scriptura" est une sorte de recalibrage ? Là où les catholiques confèrent au Magistère et à la Tradition (et accessoirement à la Bible) une autorité absolue (qu'ils voilent sous le faux prétexte d'une défense d'un réalisme mal compris et d'une critique d'un soi-disant relativisme qui n'existe que dans leur conception erronée du réalisme... comme si l'Eglise Romaine était un compagnon de route de Sokal et Bricmont !...), les protestants refuseraient toute autorité (même celle de la Bible), mais auraient davantage confiance en l'aspect hésitant, tortueux et j'oserais dire "anarchique" de la Bible, qu'en la dogmatisation figée de celle-ci par l'Eglise Romaine, et la promulagation, par un seul homme de soi-disantes vérités immuables et incontestables "sorties d'un chapeau" ?
Tu dis :
"toute doctrine doit pouvoir s'appuyer sur l'Ecriture et sur une interprétation intelligente et argumentée"
Or tu dis aussi :
"ces textes nous sont donnés comme témoignages, c'est à dire des propos subjectifs, inscrits dans une époque et un contexte donné, écrit dans un but précis"
Ce qui semble impliquer qu'après qu'ait été écrit le dernier livre de la Bible, il n'y a plus eu de témoignages authentiques de la révélation divine.
Autant l'on peut contester avec raison l'absolutisation et la systématisation rigide et artificielle des Ecritures et des témoignages postérieurs à l'Ecriture, autant je pense qu'en toute logique, on ne peut rejeter d'emblée des témoignages de contacts avec le divin qui seraient postérieurs à la Bible (ce qui implique donc d'examiner à la loupe aussi bien le Coran, que la dite "Histoire Sainte", les soi-disant "miracles" et "apparitions" liés à l'Eglise Romaine, le livre de Mormon, le livre des Esprits, les écrits de Swedenborg, les récits de NDE, etc.)
Bien sûr, je me place là dans la perspective croyante qui est la tienne et celle de Matthieu (mais que je ne partage pas).
Amicalement,
Miky

Eric George 01/10/2006 18:14

Tiens, Micky ! Heureux de voir que tu ne t'es pas désintéressé totalement du débat théologoblogistique :o)Alors, il est clair qu'à l'origine Martin Luther espérait un recalibrage (ou plutôt une réforme en profondeur de l'Eglise catholique romaine... Les choses se sont passées un peu différemment (et hormis pour le sang versé, je ne suis pas certain que ce soit vraiment une mauvaise chose)Cependant, après Vatican II, je crois qu'on ne peut pas dire que l'autorité de la Bible n'est qu'accessoire (même si par certains aspect autres que la polémique avec les musulmans, le discours de Ratisbonne m'a inquiété sur ce point là : sans affirmer qu'il ya divorce complet entre la sagesse biblique et la philosophie grecque, subordonner à ce point la révélation biblique aux catégories hélènistique me surprend). Quant à la confiance en l'aspect anarchique (le terme me va très bien) de la Bible, si je me retrouve bien dans cette formulation mais je m'empresse de préciser que sur ce point je ne représente certainement pas le protestantisme dans sa totalité et dans sa diversité. D'autres attachent une importance ausi grande à la Bible tout en la voyant d'une autre manière...Enfin, tu auras remarqué qu'il y a dans mon texte deux aspect, celui de l'intelligence et du raisonnement d'une part et celui de l'Esprit d'autre part, ils ne sont certes pas opposés, ils interfèrent l'un avec l'autre mais ils sont cependant distincts. Aussi libéral sois-je (et je le suis plutôt moins que certains des libéraux les plus connu), je m'inscris quand même dans le domaine de la foi chrétienne. C'est à dire que je crois que Jésus le Christ est la Vérité et l'accomplissement du projet de Dieu. Du coup, je crois qu'après Jésus Christ aucune révélation n'est plus nécessaire. Et la Bible telle que le canon nous la transmet me paraît être un témoigne suffisant de Jésus Christ, justement à cause de la palette d'interprétations qu'elle suscite. Alors je pourrait peut-être me lancer dans une grande démonstration que la Bible est, au regard de la raison, un témoignage plus probant que les autres textes que tu cites. Mais celà serait trahir une de mes convictions quant à la foi, celle-ci est un don et pas le fruit d'une démonstration logique, c'est pourquoi elle ne peut pas être imposée ni par force, ni par raison.Ceci n'est pas une pirouette destinée à museler toute critique raisonnée (la question que tu poses est une question constante pour le croyant que je suis : pourquoi ce texte et pas d'autre) mais plutôt l'aveu d'une faiblesse et d'une fragilité : je ne peux pas te prouver que j'ai raison de croire.