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La pièce manquante

1 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 1er octobre 2006
Luc XV, 1-2, 8-10

Il accueille des pécheurs et il mange avec eux ! murmurent entre eux les pharisiens. Cela fait un peu partie de ce qu’on a l’habitude d’entendre. Les méchants pharisiens sont des hypocrites qui condamnent les gens et les mettent à l’écart alors Jésus va vers ceux qu’on considère injustement comme pécheurs…Mouais… Sauf que « les collecteurs des taxes et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre » ici ce ne sont pas les pharisiens qui parlent, c’est Luc. Et c’est une précision importante. Les pécheurs vers qui se tourne Jésus sont vraiment des pécheurs, des gens « pas bien » en tout cas moins bien au regard de la morale et de la loi que ne l’étaient les pharisiens… Inutile de faire ici de l’angélisme. Taxer d’hypocrisie les pharisiens en niant le péché de ceux vers qui Jésus se tourne équivaut justement à partager l’indignation des pharisiens : il est impossible que Jésus fricote avec des gens aux mœurs douteuses…
Et pourtant, Jésus va vers ces gens là. C’est important à préciser car bien souvent, au nom de l’amour évangélique, nous avons tendance à minimiser les reproches qu’on pourrait faire à telle ou telle personne, à chercher des excuses. C’est souvent très bien et tout à fait justifié de trouver des circonstances atténuantes, et des explications à telle ou telle faute. C’est souvent très bien, et puis convenons-en ça nous arrange aussi un peu. Trouver des justifications à quelqu’un, c’est aussi se donner de bonnes raisons de ne pas nous détourner de lui. Mais ce n’est pas là, l’attitude de Jésus le Christ. Il ne cherche pas d’excuses au collecteur d’impôt, il ne va pas établir de grandes théories pour voir si le pécheur qu’il rencontre est victime de la société, il ne cherche pas par de beaux raisonnements à atténuer le scandale qu’il provoque, il se tourne vers ceux qui sont coupables et nous montre ainsi que même le pire des salauds est toujours au bénéfice de l’amour de Dieu…
 Et, aux gens biens qui, à juste titre, s’indignent, il répond par trois paraboles : la parabole de la brebis perdue, celle de la pièce manquante (qui nous intéresse ce matin) et celle du père et de ses deux fils. A travers la parabole de la pièce perdue, Jésus nous parle d’un Dieu différent de nos images, un Dieu qui veut tout et qui cherche, un Dieu qui trouve et se réjouit.

La parabole de la pièce perdue est la moins connue des trois, la moins couramment citée et on la voit souvent comme une version féminine de la parabole de la brebis perdue. Pourtant, elle présente justement un intérêt particulier. Comparer Dieu à un berger ou à un père de famille, c’est rester dans les catégories bibliques classiques. Le comparer à une femme, en revanche est un peu plus inattendu. Ce n’est pas complètement exceptionnel, certes, rappelez-vous de l’image de la Sagesse dans les proverbes. Mais c’est tout de même bien plus rare. Comme si, après avoir rencontré les pharisiens sur leur terrain avec la parabole de la brebis perdue (rappelez-vous que les pharisiens sont familiers des paraboles qui sont leur mode d’enseignement), Jésus les invitait à voir que Dieu n’est pas enfermé dans les images que nous en avons. Et voici que le berger d’Israël se transforme en ménagère de moins de 50 ans, armée d’un balais et d’une lampe à huile pour retourner toute sa maison… Un rappel important que Dieu n’est pas mâle et qu’il reste toujours inattendu…
Deuxième étrangeté de la parabole, cette femme peut sembler particulièrement vénale puisque c’est de l’argent qu’elle cherche. Elle retourne toute sa maison pour une malheureuse drachme, juste une petite pièce… D’ailleurs, je trouve assez remarquable que dans nombre de paraboles, il soit question d’argent. Vous n’avez jamais remarqué ? La pièce perdue, le gérant malhonnête, le débiteur impitoyable, les talents, le fils prodigue, les ouvriers de la 11eme heure et dans une moindre mesure les vignerons assassins et les invités à la noce.. Bien sûr il a deux explications assez simples. La première c’est que les paraboles s’inscrivent dans la vie quotidienne, il est donc normal que l’argent y tienne une grande place. La deuxième raison c’est que la parabole vise à faire réfléchir en créant la surprise . Or, se placer dans le domaine de l’économie est sans doute la meilleure façon de montrer à quel point l’amour absolument gratuit de Dieu est surprenant et déroutant…

Et donc notre femme est en train de retourner toute sa maison pour une malheureuse pièce. Je ne sais pas s’il vous est arrivé de chercher quelque chose au point de retourner toute votre maison. Oh, je ne parle pas de clefs ou de carte bleue, non je veux parler de quelque chose de bien moins important. Je m’excuse auprès des gens ordonnés et méticuleux parmi vous, vous n’allez pas comprendre ce que je vais dire… Mettons que vous vous aperceviez qu’il manque un livre dans votre bibliothèque, pas une édition rare ou un incunable, non juste un livre de poche. Vous l’avez lu, vous saviez qu’il était dans votre bibliothèque et il a disparu. Peut-être l’avez vous prêté, rangé ailleurs ou a-t-il glissé sous un lit ou sous un meuble. Il n’est plus là. Et voilà que ce livre va prendre d’un seul coup une importance immense. Constamment, la question va vous tarauder : « Mais qu’est ce que j’ai pu en faire ? Ou a-t-il pu passer ? » Vous avez l’avez déjà lu et vous avez plein d’autres livres à lire. Mais le livre manquant devient d’un seul coup LE livre.. Et bien voilà pourquoi cette femme cherche sa pièce. Elle en avait 10. Dix, c’est un tout, bien plus que 8 ou que 9, tous les commerciaux vous le diront (regardez les étiquettes, 9,90). Et voilà que cette totalité est anéantie : il en manque une !
Vous savez qu’en ce moment la mode (en musique, en vidéo ou en livre) est aux intégrales. On vend des coffrets ou des œuvres complètes (tout Mozart, tout Brel, tout Victor Hugo, tout Hitchcock, Starsky et Hutch, l’intégrale des épisodes) et même, en dvd, on vous propose la version intégrale du film. Eh bien, dans cette parabole, Dieu se révèle comme un collectionneur d’intégrale. Il ne veut pas des morceaux choisis, d’une anthologie de l’humanité dans laquelle il ne prendrait que les plus beaux spécimen. Il veut l’humanité toute entière. Au temps pour notre volonté de toujours poser des étiquettes, regrouper les individus par catégories. Et si nous cessions de décréter à la place de Dieu qui est valable et qui ne l’est pas ?
Dieu veut l’humanité toute entière, et il ressent le moindre manque comme une perte irremplaçable. Sans préciser d’avantage cela pourrait conduire au pire des totalitarisme religieux : puisque Dieu veut tout, conquerrons le monde entier et apportons à tous le Christ de façon plus ou moins pacifique, sauvons leurs âmes au fil de l’épée s’il le faut. Ou de façon moins extrême, harcelons nos proches jusqu’à ce qu’ils se convertissent. Attention ! La femme de la parabole n’envoie pas une escouade de serviteurs à la recherche de sa pièce. Dieu nous appelle à témoigner, certes ! mais ce n’est pas à nous de lui ramener les pécheurs, ce que nous dit la parabole c’est que c’est lui qui s’est lancé à leur recherche. Cela me paraît suffire à nous mettre en garde contre tout moyens, pacifiques ou non, que nous serions tenté d’utiliser pour obtenir la conversion des foules. Et si nous cessions de vouloir faire l’œuvre de Dieu à sa place ?
Dieu veut tout. Cela est valable pour l’humanité en tant qu’ensemble d’êtres humains. Cela est valable également pour l’humanité de chacun d’entre nous. Bien souvent quand il s’agit de présenter notre vie à Dieu, nous comportons un peu comme un primeur. Dieu est un client important, alors il convient de ne lui donner que nos plus beaux fruits. Eh bien non ! Dieu prend tout le lot ! Il est présent avec nous à chaque instant de notre vie, même, et surtout dans ceux où nous préfèrerions qu’il soit loin, dans ceux que nous préfèrerions garder secret. Mais ce n’est pas comme un accusateur qu’il est là, c’est avec amour et pour nous guérir de ce qui nous fait du mal. Même les pires aspects de notre personne, même ce que nous croyons être sans rémission, tout à fait perdu pour Dieu et pour les hommes, Dieu veut les retrouver et les guérir. Et si nous cessions de déclarer à la place de Dieu ce qui est réparable en nous et ce quine l’est pas ?
Et là encore, il faut se rappeler de qui cherche et trouve. Puisque Dieu veut tout, puisqu’il voit tout de ma vie, il me faut rendre celle-ci irréprochable devant lui, afin qu’il puisse la recevoir dans son entier. Il me faut me purifier pour me rendre digne de lui. Attention ! Ce n’est pas la pièce perdue qui se précipite sur sa propriétaire, ce n’est pas la pièce perdue qui fait l’effort, c’est la femme qui retourne toute sa maison jusqu’à ce qu’elle ait retrouvé sa pièce. Et si nous cessions de vouloir faire l’œuvre de Dieu à sa place ?

Frères et sœurs, ma dernière partie sera ma conclusion. Dieu se lance à la recherche active de l’humanité toute entière nous dit la parabole. Cela nous invite à reconnaître que tous, nous sommes irremplaçables à ses yeux (car si nous nous indignons parfois de voir tant d’énergie dépensée à la recherche d’une simple pèce, nous oublions que cette pièce, ce peut-être nous).
La parabole nous dit aussi que Dieu trouve et se réjouit et cela nous apporte une espérance immense, celle de savoir que rien n’est à jamais perdu pour Dieu et que sa volonté de rassembler l’humanité toute entière et de ne laisser perdre aucune pièce s’accomplira.

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