Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. II : Les paroles et les gestes

5 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Les pièces du puzzle commencent à se mettre en place. Au minimum, Jésus était perçu par d'autres et par lui même comme un prophète eschatologique au sens large. Il proclamait la venue imminente de la souveraineté royale de Dieu et de son règne. Mais, contrairement au Baptiste, Jésus proclamait et célébrait le royaume de Dieu déjà présent dans son ministère. Ce royaume était présent dans la puissance de sa prédication et de son enseignement, dans la communauté de table offerte à tous, y compris aux collecteurs d'impôts et aux pécheurs ; mais, pour ses auditeurs juifs, il était étonnament présent, palpable, efficace dans ses miracles. Ces miracles, en particulier ceux que l'on pensait être des miracles de résurrections de morts, donnaient presque inévitablement à Jésus le rôle d'Elie ou d'Elisée. Un prophète itinérant et un thaumaturge, un prophète dont le territoire était surtout celui du nord d'Israël, un prophète qui parlait au lieu d'écrire, autant de traits qui renforçaient le rapprochement (...) Tout cela contraste fortement avec un portrait populaire du Jésus historique que l'on trouve dans la littérature actuelle, un Jésus gentil qui prêchait la douceur et l'amour à la manière d'un rabbi Hillel (...) Ce Jésus est instantanément pertinent et utilisable aujourd'hui en morale, dans les homélies, dans les programmes politiques et dans les idéologies de divers niveaux. Par contre un juif du 1er siècle qui se présente comme le prophète eschatologique de l'arrivée imminente du Royaume de Dieu, un royaume que le prophète rend présent et effectif par des miracles évoquant Elie et Elisée, n'est pas directement pertinent et utilisable. Mais pour le meilleur ou pour le pire, cet étrange juif marginal, ce prophète eschatologique, ce thaumaturge, est le Jésus accessible par les méthodes historiques modernes, lorsqu'elles sont appliquées aux données avec pondération.

John P. Meier. Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. II : Les paroles et les gestes

Je vous proposais il y a quelque temps une note sur le premier tome de Un certain juif Jésus, les données de l’histoire : les sources, les origines, les dates. et j’en recommandais chaleureusement la lecture. A raison, me dit une de mes paroissiennes qui l’a lu (c’est assez rare, d’habitude quand je recommande la lecture d’un pavé de théologie de 500 pages en disant que c’est passionnant, les gens me regardent d’un air un peu dubitatif… Je ne sais pas pourquoi…).
Je serais un peu moins enthousiaste pour le second tome : Les paroles et les gestes. Pas qu’il soit moins bien écrit ou moins intéressants que le premier. Mais d’une part, il est nettement plus long (1250 pages dont 500 de notes) et d ‘autre part, si je trouve généralement fascinante l’explication des méthodes de recherche, la description de leur mise en application me paraît souvent un peu plus fastidieuse. Notamment dans la dernière partie sur les miracles où chaque récit de miracle est passé au crible des 5 critères de présomption d’historicité  (l’embarras (les actions et parole de Jésus embarrassantes pour l’Église primitive), la discontinuité (ou dissemblance) (les paroles et les actes de Jésus ne pouvant dériver ni du judaïsme du temps de Jésus ni de l’Église primitive), l’attestation multiple (paroles et actes de Jésus attesté par plus d’une source littéraire indépendante), la cohérence (paroles et actes de Jésus en harmonie avec la base de donnée établie au moyen des trois critères précédents), le rejet et l'exécution  (actes et parole menaçant, dérangeant, exaspérant les gens notamment les autorités)). Ceci dit, je trouve assez audacieux de la part de Meier de signaler que réfuter systématiquement l’historicité des miracles au nom des lois scientifiques n’est pas une attitude d’historien mais déjà une prise de position confessante…

L'historien peut déterminer si un évenement extraordinaire a eu lieu dans un contexte religieux, si quelqu'un a affirmé qu'il s'agissait d'un miracle, et dans le cas où les témoignages le permettent, si une intervention humaine, des forces physiques existant dans l'univers, une erreur d'interprétation, une illusion ou une supercherie sont susceptibles d'expliquer l'événement. Si toutes ces explications sont exclues, l'historien peut conclure qu'un événement reconnu comme miraculeux par certains, ne trouvent d'explication raisonnable ou  de cause plausible dans aucune activité humaine ni dans aucune force physique. Si l'on va au-delà de ce jugement pour affirmer soit que Dieu est intervenu directement pour produire cet événement étonnant soit que Dieu n'a pas fait celà, on dépasse les limites de ce que peut affirmer un historien en sa qualité d'historien et on entre dans le domaine de la philosophie ou de la théologie

Attention, si je suis moins enthousiaste que pour le premier volume, je ne dis pas que le livre soit mauvais, loin de là ! L’enquête historique reste passionnante, elle me paraît juste un peu moins accessible, un peu plus rébarbative… A travers une étude détaillée des données sur Jean le Baptiste, sur l’enseignement de Jésus et sur les miracles, Meier nous propose donc le portrait d’un juif marginal, issu du groupe du Baptiste et marqué par l’enseignement de celui ci. Un thaumaturge reconnu par les foules et singularisé par son annonce d’un Royaume de Dieu comme un événement immanent mais en même temps comme une réalité concrète déjà bien présente, dont il est possible de faire l’expérience dans sa propre existence… Le portrait ainsi dressé ne me paraît pas vraiment révolutionnaire (mais peut-être semblera-t-il quelque peu nouveau à quelqu’un de plus extérieur au sérail théologique). Mais le principal intérêt n’est pas là : le travail de Meier reste une mine d’informations sur les méthodes de la recherche historique, sur la composition des évangiles et sur l’époque de Jésus, un Advanced Corpus Christi, en quelque sorte… Le troisième tome doit aborder les relations de Jésus avec les judaïsmes de son époque, j’en salive d’avance…

John P. Meier. Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. Tome II : Les paroles et les gestes. Edition Cerf

Partager cet article

Commenter cet article

david 09/10/2006 19:14

Jésus Christ n'a jamais existé, Luigi Cascioli le résente dans son livre La Fable du Christ. Une démonstration de l'historicité de Jean de gamala et de la fausseté historique de christ. Cette vérité ne doit pas vous déranger, l'histoire n'en est que plus intéressante. Comme si nous connaissions qui est à l'origine du mythe de Hercule, autant que nous savons qu'il y vait un Arthur ou plusieurs pour faire le mythe du roi arthur. Tous ces personnages repris par la secte chrétienne pour sa faire des héros. Jésus christ est une de ses héros qui n'ont jamais eut de réalité. Tous les personnages mythologiques n'ont pas existé. Votre Jésus christ est un personnage qui n'a jamais été humain.
je vous laisse l'adresse d'un de mes blogs.
http://pressgino.blog4ever.com/blog/article-57142.html

Eric George 09/10/2006 20:02

Ah : La fable de Cascioli, je l'attendais celle-là... Pour le moment je n'en ai lu qu'un passage où on trouvait cette très jolie perle :
L’appellatif Barjona donné à Simon, qui en araméen signifiait recherché ou contumace, en profitant du fait que “bar” en araméen signifiait “fils de”, ils le décomposèrent en bar et jona de façon à changer la signification en “fils de Jona”. Par conséquent apparut une expression dépourvue de sens dans les deux langues: en araméen, parce que “jona” n’existait pas ni comme nom propre ni comme nom de chose, en grec, parce que le mot “fils” ne se dit pas Bar mais plutôt “uios”.
Donc Cascioli ignore que Jona est le nom hébreux de Jonas, un des prophètes de l'Ancien Testament. Nous serons d'ailleurs d'accord pour dire que le livre de Jonas est une légende. Mais voilà, il est connu des galiléens du 1er siècle et l'usage  de donner à l'époque des prénoms de héros de l'Ancien Testament est clairement attesté par toutes les sources. Jona est donc un nom propre tout à fait plausible pour un juif de cette époque... Vous me pardonnerez mais à un athée militant qui est capable d'écrire que L'évangile de Marie de Magdala "est un des plus anciens évangiles" alors qu'il est daté de la fin du IIeme ou du IIIème siècle, je vais continuer à préférer le travail d'un historien même chrétien qui cite ses sources et qui nuance ses propos... Et puis vos comparaison avec Hercule et Arthur sont intéressantes, quand l'humanité s'invente un héros elle le choisit fort ou elle en rajoutte sur sa force, en dépit des miracles, le Jésus de Nazareth que montrent les évangiles n'a rien d'héroïque... Vous qui êtes si prompt à parler de gourous, vous devriez être beaucoup, beaucoup plus prudent quant à vos sources, plus prudent aussi dans vos affirmations :en histoire de l'antiquité, il vaut mieux parler de possibilité voire de forte probabilité qu'en affirmation, ça fait moins sectaire...
Faites donc un tour sur le forum du cercle zététique et vous vous apercevrez que même pour des athées militants, Cascioli est particulièrement sujet à caution...

Jean Sebastien 06/10/2006 16:12

Cher Pasteur,
J'ai lu le premier tome de Mr Meier que j'ai trouvé passionnant. Etant un nouvel arrivant dans le monde protestant (ancien catholique), je l'ai trouvé très accessible. Je suis entrain de me débattre avec le second qui est un peu plus ardu. Pour le troisième tome il se rapproche d'un ouvrage similaire que j'ai rarcouru dernièrement : un ouvrage de Peter Tomson Jesus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaisme.  Cela m'a bien aider car j'ai pu assister un colloque à Paris du 21 au 23 Septembre qui traitait de la Concorde de Leuenberg.
Merci pour votre Blog et bon courage.
Dieu vous bénisse.
JS
 

Eric George 07/10/2006 07:51

Tout d'abord bienvenue ici Jean Sébastien (et dans le club des anciens catholiques si j'ose dire). Pour le deuxième tome de Meier, en fait, ce que je recommanderais c'est peut être de ne pas s'acharner à lire le traitement de chaque miracle (c'est là, la partie la plus fastidieuse), bref de passer les chapitres 20 à 22 en n'en lisant que les conclusions... Mais c'est vous qui voyez bien entendu...
Merci pour vos encouragements