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Est-il permis ? Est-il juste ?

8 Octobre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 8 octobre 2006
Genèse II, 18 à 24
Hébreux II, 9 à 18
Marc X, 2 à 16

Si vous aimez les débats, placez ce texte entre un catholique et un protestant (pas des agneaux de l’œcuménisme, hein ! choisissez-les de préférences teigneux et bavards) et observez. Bientôt le débat sur le divorce fera rage en deux temps. D'abord une vaine polémique sur la différence entre le divorce et la répudiation. Il est évident que le divorce n'est pas une répudiation (ou en tout cas n'est pas prévu comme tel par notre loi) Mais il est indéniable que ce texte nous oblige à nous interroger sur notre façon de vivre et de concevoir le couple. Ensuite la polémique se portera sur le "c'est parce que votre mauvais  cœurest endurcis" et à ce moment, elle se rapprochera de ce qui est vraiment au cœur du texte. En effet, je crois que la discussion autour du divorce soi-disant accepté par les protestants et soi-disant refusé par les catholiques romain n'est pas la bonne porte d'accès dans ce texte. En effet, la question de la répudiation est à mon avis seconde. La question première, la question de fond, c'est quel rapport à l'Écriture, à la Torah ? La question de la répudiation n’est qu’une application pratique une mise en situation de cette question. Et l’invitation à être comme des enfants vient conclure cette réflexion.

En effet, les pharisiens, nous dit Marc, viennent tendre un piège à Jésus mais où est le piège ? « Est-il permis à un mari de répudier sa femme ? » c’est une question simple… Où est le traquenard ? S’agit-il de savoir si Jésus connaît les écritures ? Certainement pas puisqu’au bout du compte ce sont les pharisiens qui répondent en la question. Non, en fait, il n’y a pas de piège, seulement, Marc introduit toute discussion avec les pharisiens par cette question de piège. Pourquoi ? tout simplement parce qu’il faut bien comprendre que les discussions entre Jésus et les pharisiens sont des querelles de théologiens, des disputes de rabbin, il s’agit toujours de confronter une lecture des Écritures à une autre… Les pharisiens veulent savoir dans quelle école Jésus se situe quant à la répudiation. Deuxième signe , c’est qu’au bout du compte, Jésus ne répond pas vraiment aux pharisiens. C’est à cause de l'endurcissement de votre coeur que Moïse a écrit pour vous ce commandement… Ce n’est pas une réponse. Bref, ici la question est d’abord celle de l’interprétation des textes.
« Ah ? Mais si ce n’est que ça, on peut rentrer chez soi, c’est une affaire de théologiens, et ça ne nous concerne pas… » Pas si vite ! Il n’est pas encore question de mariage mais le sujet nous concerne quand même… « Est-il permis ? demande les pharisiens, autre traduction possible « est-ce possible ?». Mais ce n’est pas leur question véritable. Ils savent bien que c’est permis puisque Moïse leur permet. Les pharisiens n’ont pas besoin de quêter l’approbation de Jésus une fois que moïse a dit ce qu’il fallait faire, ce serait le monde à l’envers. La vraie question des pharisiens c’est « Est ce que c’est bien ? », « Est ce que c’est juste » dans le sens « Est ce que c’est conforme à la volonté de Dieu ? » Et c’est à cette question là que Jésus répond en opposant le projet initial de Dieu à la permission accordée par Moïse. On ne peut être plus clair. La répudiation est permise mais elle ne s’inscrit pas dans le projet de Dieu. Ce qui est légal n’est pas forcément juste. Ce qui est permis n’est pas forcément bien… Le projet de Dieu, c’est le couple et non pas l’homme répudiant son épouse ou la femme quittant son mari. Est-ce que Jésus s’oppose sur le plan légal à la permission donnée par Moïse ? Faut-il prendre le « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu à unis ? » comme une nouvelle loi.  Je ne le pense pas. Si Jésus se permettait de contester ainsi Moïse les pharisiens l’écharperaient. Et surtout Jésus ne conteste absolument pas cette réalité toujours ô combien actuelle :  l’endurcissement de notre cœur, c’est à dire notre imperméabilité , notre incapacité à vivre la volonté de Dieu. Oui nous sommes endurcis de cœurs. Et oui, cette incapacité se traduit même (et peut-être surtout) au sein de nos couples. Oui, il y a des couples qui souffrent, des couples qui se déchirent, des couples qui explosent. Est-ce la volonté de Dieu ? Certainement pas ! Est-ce bon ? Bien sûr que non. Faut-il permettre à ces couples de se défaire quand la solution devient intenable ? je le crois. Je le crois, parce qu’aucune loi, aucune interdiction n’empêchera jamais cette souffrance. Je le crois parce que depuis le déluge, Dieu connaît notre faiblesse. « Je ne maudirai plus la terre à cause des humains, parce que le cœur des humains est disposé au mal depuis leur jeunesse » (Genèse VIII, 21)
Mais ce qui est permis n’est pas ce qui est juste ou ce qui est bien. Je crois qu’il nous faut tenir cela à la fois contre ceux qui voudraient que la loi frappe tous ceux qui ne sont pas des parangons, des modèles de vertus et contre ceux qui croient que tant qu’ils sont dans la légalité, ils sont irréprochables « ce que je fais, c’est permis, alors c’est forcément bien » Ca s’applique bien au delà du divorce, pensez à l’économie par exemple…

Mais cela s’applique aussi au divorce et je ne m’en tirerais pas à si bon compte… Parce qu’à l’écart des pharisiens, les disciples reviennent à la charge et interroge Jésus et ils ne l’interrogent pas sur l’Écriture, ils l’interrogent sur le divorce ; La réponse de Jésus en est une preuve : « Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l’adultère envers la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère » Nous ne sommes plus dans le cadre d’une discussion sur la loi. Il est impossible de prendre ce commentaire de Jésus comme une règle juridique. Même l’Église catholique romaine ne le fait pas puisque si elle récuse le divorce (ou plus exactement le remariage des divorcés), elle se garde le droit (et en use) de déclarer nul un mariage …
Si elle ne se pose pas comme une règle, la réponse de Jésus nous renvoie cependant à notre vie personnelle. Et elle nous rappelle une fait douloureux mais indéniable : la blessure ressentie par celui ou celle que nous avons quitté (ou qui nous a quitté, ça n’a aucune importance). En effet, si nous nous contentons, comme souvent, de parler du divorce simplement d’un point de vue juridique, statistique ou sociétal, nous perdons complètement de vue la réalité de la souffrance de ceux qui le vivent. Et le fait qu’aujourd’hui le divorce soit mieux admis dans notre société n’enlève rien à cette souffrance. Jésus lui quand il parle de divorce et de remariage nous renvoie à la souffrance de l’autre. Il ne s’agit pas ici de nous culpabiliser ou de nous interdire de repartir après un échec (ce serait contraire à tout le message de l’Évangile) mais de nous décentrer, de nous pousser à regarder aussi à l’autre. Il ne s’agit pas de nous faire vivre dans la crainte de l’enfer et de la damnation éternelle mais regarder aux souffrance que nous causons, c’est aussi nous permettre de dire une déchirure profonde : « je ne parviens pas à ne pas faire de mal aux gens que j’aime ou que j’ai aimé ».

Et cette escale se termine sur « Le royaume de Dieu est à ceux qui sont comme des petits enfants ». Bien sûr, il serait complètement anachronique d’associer ici la discussion sur le divorce avec l’accueil des enfants en se disant que dans un divorce ce sont les enfants qui souffrent le plus. Bien sûr il n’est pas question d’oublier que Jésus n’a jamais été un fervent défenseur de la cellule familiale. Mais cependant, je crois que cet accueil des enfants vient comme une conclusion à tout cet échange et à cette blessure révélée : « je blesse les gens que j’aime ». L’enfant n’est pas celui qui est asexué, la psychanalyse nous l’a prouvé depuis belle lurette. Il n’est pas non plus celui qui gobe tout ce qu’on lui raconte sans poser de question ni chercher à comprendre. Il suffit de discuter avec un enfant pour s’en convaincre. En revanche, l’enfant est celui qui a tout particulièrement besoin de se sentir aimé quand il a commis une faute. Il est celui qui dit sa peur de ne plus être aimé. Il est celui qui a besoin de ses parents.
Être comme un enfant c’est renoncer à plastronner, renoncer à toujours essayer de justifier nos actes même les moins justifiables, renoncer à toujours prouver que nous sommes des gens biens. Être comme un enfant, c’est accepter simplement que nous avons besoin d’être aimé, tel que nous sommes. Il est impossible (pas comme une punition) de prétendre entrer dans la Royaume de Dieu par nos propres forces, par notre propre justice.

Frères et sœurs, il est bon que nos lois tiennent compte de nos faiblesses et nous permettent d’assumer nos échecs. Mais n’oublions jamais qu’être dans la loi ne fait pas de nous des justes, des gens irréprochables. Rappelons-nous surtout que comme une mère aime son criminel de fils, Dieu ne nous prive jamais de son amour.

Amen

 

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