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Jeudi 9 novembre 2006
Bénie soit entre les femmes Yaël, femme de Héber, le Caïnite ! Bénie soit–elle entre les femmes qui habitent sous la tente !
Juges V, 24

"Mais comment as-tu pu donner à ta fille le nom d'une meurtrière pareille?" C'est une question qui revient de temps en temps (surtout quand les gens lisent Juges IV et V)
Généralement, je réponds que ça me paraît une histoire sympa à raconter à un futur petit ami un peu trop pressant sur le mode : "Tu tiens vraiment à rester dormir à la maison ?" (j'aime beaucoup anticiper la jalousie paternelle)
Plus sérieusement, s'il est évident que selon nos critères (notamment celui de loyauté) la légende de Sisera tué par Yaël est affreuse, replacée dans le contexte du livre des juges, elle donne un éclairage théologique intéressant. A cette époque le juge (c'est à dire, en simplifiant, le chef) en Israël est une femme : Déborah. Celle-ci ordonne à Barak de mener Israël contre l'armée des cananéens conduite par Sisera, Barak accepte à condition que Déborah vienne avec lui. Réponse de Déborah : "d'accord mais Sisera tombera sous la main d'une femme". Et effectivement, son armée en déroute, Sisera trouve refuge chez Heber le Kenite et est assassiné pendant pendant son sommeil par l'épouse de celui-ci : Yaël.
Une histoire pas vraiment morale, donc, mais une histoire à forte teneur théologique.  En effet, ici, les hommes n'ont pas le beau rôle et c'est par deux femmes (Deborah et Yaël) que s'accomplit la délivrance d'Israël. Mes lectrices me pardonneront mais je pense qu'une lecture féministe serait anachronique. Ici, il s'agit surtout d'affirmer que ce n'est pas à sa force qu'Israël doit sa délivrance (la femme est ici symbole de la faiblesse) mais à l'action seule de Dieu.
A cette inteprétation théologique classique, je voudrais ajouter une autre lecture, un peu plus risquée. Il me semble que le récit de Yaël permet également un timide premier pas vers la non-violence, en mettant fin à une certaine image de la guerre d'abord et en célébrant la ruse ensuite. En effet, la violence de l'assassinat de Sisera se pose en opposition au mensonge de la "guerre honorable". Il est très révélateur et très honnête que la mort de Sisera soit célébrée comme un fait de guerre. Ainsi disparaît l'image des héros s'affrontant noblement sur le champs de bataille. Ce texte vient nous dire que la guerre n'a rien à voir avec cela. La guerre, ce n'est pas de l'héroïsme et de la loyauté mais c'est de la trahison, c'est du carnage, c'est de la fin de toute valeur humaine. La guerre n'est pas ce qui élève les hommes au rang de héros mais c'est ce qui fait que la meurtrière est célébrée comme une héroïne. Ce désenchantement absolu de la guerre me paraît nécéssaire si on veut un jour y mettre un terme. En chantant La guerre de 14-18 Brassens dénonçait, avec beaucoup de finesse, la célébration martiale.  Pour moi, les chapitres IV et V du livre des Juges procèdent de la même idée.
De plus, l'histoire de Yaël est aussi un récit de victoire de la ruse contre la force brutale. Yaël est une lointaine cousine d'Ulysse : le cheval de Troie n'est pas plus justifiable du point de vue de la morale et de la loyauté que le meurtre de Sisera. Or, affirmer la superiorité de l'intelligence sur la force brute, c'est ouvrir la voie de la non-violence. En effet, l'intelligence finit par mettre en évidence l'absurdité de la violence et la necessité absolue de mettre fin à cette spirale.

N.B. : "Notre" Yaël a 6 ans aujourd'hui. J'espère qu'elle n'aura rien à voir avec son homonyme et que c'est par sa tendresse et son rire qu'elle fera reculer la violence.
Elle porte ce prénom parce que c'est un prénom que j'ai aimé bien avant d'en connaître l'histoire.

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Commentaires

Bonne anniversaire Yael. Vous avez vraiment de la chance Eric, d'avoir une petite fille aussi joli. Que votre famille soit bénie.


Js

Commentaire n°1 posté par Jean sebastien le 09/11/2006 à 15h56
Merci Jean Sebastien. Je ne transmettrai pas à Yaël qui sait déjà tout à fait faire marcher son père sur la tête, mais merci :)
Réponse de Eric George le 09/11/2006 à 22h52
Bonjour ami!

J'aime décidément beaucoup votre blog (ton blog)!

Bon anniversaire à Yaël!

Bravo!
Commentaire n°2 posté par Philippe Lestang le 09/11/2006 à 17h40
Merci pour elle ! Et j'ai survolé ton (voytr ?) site avec intérêt.
Réponse de Eric George le 09/11/2006 à 22h51
Je m'appelle Yaël et si cela peut vous rassurer j'ai aujourd'hui 19ans et je ne fais qu'utiliser des mots et des sourires..!
Notre Homonyme a fait ce qui était juste à son époque. c'est un exemple de ruse à suivre dans l'idée et non dans les actes !
Commentaire n°3 posté par Yaël le 18/03/2007 à 15h13
Bonjour,

Bravo pour votre site.Nous avons appelé notre petite fille (âgée de 6 mois)  par ce très beau prénom: Yaël...
votre texte est superbe!!!!
Commentaire n°4 posté par girier le 02/02/2008 à 17h00
Merci. Et bravo pour votre choix de prénom ;o). En souhaitant à "votre" Yaël une vie sous la bénédiction de l'Eternel.
Réponse de Eric George le 03/02/2008 à 07h58

Ravie de trouver votre commentaire. Chaque jour je lis une méditation de Armand Delille et là, il y fait éclater un grand coup de gueule. Le livre étant rentré dans le domaine public, je le partage avec vous : "

Juges 4, 17-22 : Jahel et Sisera.

 

Il y a deux circonstances aggravantes dans le cas de Jahel.

Sa maison est sur un pied de paix avec celle de Jabin. Nous savons ce que signifie en Orient une telle alliance entre deux familles ; elles se donnent secours et assistance et surtout elles remplissent à l’égard l’une de l’autre le devoir à jamais imprescriptible de l’hospitalité.

De plus, Jahel va au-devant de Sisera et l’invite d’une manière pressante et réitérée à entrer dans la tente. Il s’y rendrait déjà comme dans un refuge assuré ; il peut y dormir tranquille. N’est-il pas deux fois son hôte ?

L’action de Jahel est profitable au peuple d’Israël ; à ce point de vue, il peut s’en réjouir et la vanter. Mais en soi elle est odieuse. Que Jahel soit bénie dans les tentes du désert, là où l’esprit nouveau n’a pas encore pénétré ; mais, là où il règne et où il a changé les sentiments et les dispositions du cœur, qu’on ait le courage de flétrir cet acte comme un lâche assassinat." Méditations matinales " Armand Delille.

Yaël est quand même un lourd prénom à porter non ?

merci pour votre blog.

amitiés

Commentaire n°5 posté par ALMERAS JOELLE le 20/08/2008 à 21h55
Il me semble qu'Armand Delille et moi n'avons pas tout à fait la même optique de lecture : lui prend le texte tel qu'il est et tel qu'il parlait à l'époque. Pour ma part, j'essaye d'entirer une substance aujourd'hui... Yaël reste un prénom joli à l'oreille et assez répandu dans le monde juif je crois...
Réponse de Eric George le 27/08/2008 à 10h38
Bonjour,

Je m'appelle Yaël, mes parents ont choisi ce prénom dans les années 70, je suis très fière de le porter depuis 37 ans, et j'avoue : je connaissais plus ou moins l'histoire de ce prénom et elle collait assez bien à mon personnage de "battante" ! Cependant, cette histoire est nettement contre-balancée par la traduction en hebreu de Yael : ce prenom veut dire "petite biche" ! :-) Moralité : les Yaël sont de petites biches qui savent se battre et remporter les plus belles victoires s'il le faut !!!
Commentaire n°6 posté par Yaël le 03/06/2009 à 23h07

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