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Euthanasie. La vie coupée

10 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Voici, reprises de façon (un peu) ordonnée les réflexions qui ont germé lors de notre café biblique sur l’euthanasie. Il ne s’agit pas ici de trouver quelle serait la position réformée sur l’euthanasie, ni même la position biblique. L’euthanasie est un sujet sensible qui touche à la souffrance de l’humain (aussi bien celle du malade que de ceux qui l’entourent, soignants et familles), il n’est donc pas possible de prendre ici une position de juge.  En revanche il me semble que la Bible donne des éclairages qui permettront à chacun de réfléchir sur le sujet et de prendre sa propre position.

A première vue, on pourrait dire que la  Bible ne parle pas d'euthanasie. C'est un concept apparemment moderne, attaché au progrès de la médecine et à l'allongement de notre durée de vie. Pourtant on l'a vu au cours de la première partie de notre soirée, la question de l'euthanasie soulève de nombreuses questions parallèle :
-qu'est-ce-que la mort et peut-elle être "bonne" ?
-la souffrance
-la valeur de la vie

I) la mort.

Qu'est ce que la mort dans la Bible ? On ne se penche pas beaucoup sur cette question. Lui préférant la question apparement plus "religieuse" : qu'y a-t-il après la mort ?
 Qu'est ce que la mort ? Bien sûr, il ne s'agit pas de chercher dans la Bible une définition biologique, c'est le rôle des médecins et scientifiques. Mais la question que pose l'euthanasie est la question du sens de la mort. La mort est-elle une délivrance ou la marque de notre finitude ? La mort peut elle être "bonne" ?
On trouve, à travers les textes bibliques, deux réponses.
Tout d'abord la mort est vue comme contraire à Dieu. La mort, dans l'Ancien Testament c'est la fin de la relation de l'homme à son Dieu. Dans le nouveau Testament, Paul est encore plus explicite : la mort est l'ennemi de Dieu. La mort n'est donc pas bonne.
Et pourtant...
 

L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement.  Genèse III, 22.

 Ce passage ne dépeint pas un Dieu jaloux de ses prérogatives mais un Dieu compatissant, un Dieu qui ne veut pas que l'homme vive éternellement avec le poids du péché. La mort est donc bien ici une délivrance, un soulagement. C'est d'ailleurs ainsi que la comprennent les grands personnages bibliques qui appellent leur mort. Nous pouvons être mal à l'aise avec cet aspect positif de la mort, mais je crois important de ne pas le perdre de vue que la Bible reconnaît tout à fait que la mort puisse être une délivrance.
Cependant, même quand la mort est délivrance, il n'appartient pas à l'homme de s'approprier la vie. C’est ce que rappelle l’alliance passée avec Noé et l’interdiction du sang (qui représente la vie)

Seulement, vous ne mangerez pas de chair avec sa vie, c’est–à–dire avec son sang. De plus, je réclamerai votre sang, pour votre vie ; je le réclamerai à tout animal ; et je réclamerai à chaque être humain la vie de l’homme qui est son frère. Genèse IX, 4à 6


Or, l'acharnement thérapeutique comme l'euthanasie n'expriment-ils pas le même désir de contrôle sur la vie ?

II) La souffrance .

Tout d'abord, il nous faut l'affirmer fortement : la souffrance n'est pas un châtiment, ni une mise à l’épreuve. Lorsque les amis de Job lui proposent ces explications, leur réponse est sévèrement réfutée. De même la souffrance n’est pas rédemptrice : nous n’avons pas un Dieu sadique qui se repaît de la souffrance. En fait la réponse à la question : pourquoi la souffrance est bien plus insupportable que tout ce que nous pouvons imaginer : nous ne savons pas. La souffrance existe mais elle est absurde. Elle n’a pas de sens et cela la rend peut-être encore plus inacceptable. (bien sûr certains voient leur souffrance les transformer et leur montrer ce qui est essentiel, mais attention, ce constat n’est pas un appel à s’infliger de la souffrance, cela nous dit juste que des pires maux, Dieu peut tirer un bien)
Si la Bible n’explique pas la souffrance, elle nous dit en revanche toute l’importance qu’il y a à exprimer cette souffrance (qu’elle soit physique ou morale, à la dire). Elie demande la mort ; Jérémie et Job maudissent le jour de leur naissance (ce qui est équivalent à souhaiter la mort et qui est même blasphématoire dans la culture hébraïque). Mais voilà, tout est bon pour que la souffrance s’exprime. C’est un aspect qu’il ne faut jamais perdre de vue lorsque nous parlons de l’euthanasie. Le bien-portant n’a aucun droit de juger celui qui souffre. Il est légitime de souhaiter sa mort ou même de souhaiter la mort de celui que l’on aime et qu’on ne veut plus voir souffrir. Le souhait d’une euthanasie doit être entendu et accompagné et non pas rejeté et condamné.
Nous voyons ici une conséquence importante de cette mort libération affirmée par la Bible : n’y a pas de culpabilité à avoir pour se sentir soulagé à la mort d’un proche, pas plus qu’il n’y a de culpabilité à avoir de souhaiter mourir dans des temps de profonds désespoirs. Certains objectent qu’il vaut mieux culpabiliser le suicide (et tout acte s’en approchant) pour le combattre. La Bible n’opte pas pour cette solution apparemment raisonnable. Elle prend le risque de l’humanité : affirmer qu’il n’y a pas à se sentir coupable d’avoir des envies de suicide, c’est permettre au suicidaire d’exprimer son envie. Or, on sait aujourd’hui que pouvoir parler, pouvoir dire son envie de mort est souvent salutaire (plus en tout cas que de la garder pour soi en y ajoutant de la culpabilité). Ainsi, face à la souffrance, physique ou morale, la Bible nous invite à dire « J’ai mal ».
Bien sûr permettre à celui qui a mal de dire sa souffrance est nécessaire mais pas suffisant, la souffrance doit être combattue. On voit d’ailleurs dans la Bible l’ancêtre des soins palliatifs

Donnez de l’alcool à celui qui va disparaître, du vin à celui qui est amer ; qu’il boive et qu’il oublie sa pauvreté, qu’il ne se souvienne plus de sa peine ! (Proverbes XXXI, 6)

 Ainsi donc même quand on ne peut ni soigner ni guérir, nous sommes appelé à combattre la souffrance sous toutes ses formes.

III) La valeur d’une vie

L’euthanasie pose enfin la question de la valeur d’une vie.
Qu’est ce qui, dans notre société, fait la valeur d’une vie humaine. Il me semble que le film de Clint Eastwood : Million dollar baby donne une bonne réponse à cette question. L’héroïne est une jeune femme que seule la boxe avait permis d’exister et lorsque après un match  elle se retrouve paralysée, à jamais incapable de remonter sur un ring, elle demande à son coach de la tuer. Ainsi, la valeur d’une vie se trouve-t-elle dans son potentiel, dans ce qu’on peut faire. On retrouve la même idée dans la ballade de Narayama : une vie peut être accomplie, tout ce que la personne pouvait faire à été fait, les objectifs ont été atteint maintenant pour ne pas qu’elle devienne une charge pour les autres (La ballade de Narayama) ou pour elle-même (Million dollars baby), il faut que cette vie s’arrête.
La valeur d’une vie n’est donc plus dans ce qu’on a, elle est dans ce qu’on fait ou dans ce qu’on peut faire. Dans ces conditions, la question peut se poser « que vaut la vie du vieillard dans sa démence sénile », « que vaut la vie du comateux qui n’est plus qu’un légume ? », « que vaut la vie de ce jeune homme qui ne peut plus rien faire de ce qu’il aimait ? ». A ces question, l’euthanasie répond « rien ». Et raisonnablement, elle n’a pas tort.
La Bible quant à elle donne une autre image de la valeur d’une vie

En effet, lorsque nous étions encore sans force, le Christ, en son temps, est mort pour des impies. A peine mourrait–on pour un juste ; peut–être quelqu’un aurait–il le courage de mourir pour un homme bon. Or voici comment Dieu, lui, met en évidence son amour pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Romains V, 6 à 8

Ainsi notre vie n’a pas de valeur pour ce que nous avons, ni pour ce que nous sommes, ni pour ce que nous en faisons. Elle n’a même pas de valeur parce qu’elle est don de Dieu. Ce qui fait la valeur de la vie de tout homme et de toute femme, c’est que Dieu a considéré que cette vie valait le coup qu’en Jésus Christ, Il se fasse homme et se dépouille de son humanité pour aller jusqu’à al mort. Notre valeur est dans cet amour dont tous, nous sommes aimé.

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JJMONDE 16/01/2007 15:51

Juste ajouter un lien qui pointe vers cette artivle du monde sur la petite Ashley.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-855897@51-856026,0.html
Je me garderais bien de donner un avis mais cela me fait quand même peur et me laisse avec pleins de questions.