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Sans le latin, sans le latin...

13 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Dans les églises il se sont battus à coup de poing dans les églises, je vous l'donne en mille encore une fois, c'était pour savoir dans quelle langue il fallait dire la messe !
Coluche

On disait la messe en latin
Ca avait une autre gueule c'est certain...
Anne Sylvestre

Je suis, depuis quelques temps, sur le blog de Témoignage chrétien (Une autre Eglise est possible) la controverse autour du retour du rite tridentin. Ou plutôt si j'ai bien compris sur la possibilité qui pourrait être donnée aux prêtres le désirant de célébrer selon ce rite sans la permission de leur évêque.
Bon c'est une affaire strictement romaine et il va de soi que je regarde tout celà d'un oeil assez lointain (quoique, quand un catholique "moderniste" écrit des choses telles que "ouvrons grand la porte de l'Eglise à nos frères protestants" j'ai un peu envie de lui répondre "c'est gentil, mais nous sommes très bien là où nous sommes (dans l'Eglise, donc) et nous ne voyons aucun intérêt à venir dans le girond du Vatican" et j'en connais qui diraient "et les soeurs protestantes, on les laisse dehors ?", je préfère encore les intégristes qui parlent de messe protestante, en fait ils ont raison, notre culte est bien le contraire de la messe telle qu'ils l'entendent...)
Pourtant, je ne peux m'empêcher d'être surpris de la violence des propos de part et d'autres (bon allez j'avoue la violence des modernistes me surprend plus que celle des traditionalistes... Préjugés, préjuges...) Je sais bien qu'il y a d'autres enjeux plus graves que le latin, mais bon, quelque soit le danger,  la violence verbale, l'invective ne devraient jamais être l'arme de ceux qui professent l'Evangile. Au contraire, plus la situation est grave plus l'effort devrait être profond de poser avant tout le respect des personnes...
Mais surtout, il y a chez les pro-tridentin (j'aime beaucoup le mot tridentin, je pense que je vais l'employer tout le temps dorénavant), un argument récurrent me surprend toujours autant : le besoin de mystère. Comme si une messe à laquelle on comprenait tout n'était plus une messe. Ce besoin de mystère, de magie disons le mot,est sans nul doute propre à l'homme. Brassens et Anne Sylvestre l'ont tous les deux très bien chanté. Mais je suis toujours surpris de voir à quel point il peut revenir dans le discours chrétien alors que l'enseignement de Jésus visait si manifestement l'inverse. Les évangiles n'ont pas été "écrit dans une langue ecclésiastique mais dans le grec qui leur donneraient la plus grande chance d'être saisis par tous. Jésus n'a pas parlé par allégories mystérieuses, décodables par les seuls initiés mais par paraboles, des récits de la vie courrantes qui forçaient ses auditeurs à réflechir, à sans cesse reconsidérer leur point  de vue. Il n'a pas institué des rites magiques mais a posé des gestes simples (limmersion et le partage du pain et du vin) déjà pratiqué par les gens de son époque et leur a donné un sens nouveau.  Et ces rites n'ont certainement pas pour visée de permettre à l'homme de rejoindre Dieu mais plutôt d'affirmer le contraire : c'est Dieu qui vient à l'homme.
 Alors il est certain que sans le latin, le presbytère à perdu de son charme, mais avoir du charme, assouvir notre soif de magie, est-ce bien le but de la Bonne Nouvelle ?

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Yves 23/11/2006 20:45

Excusez-moi M. le Pasteur mais si on suit la logique, on devrait dire la messe en araméen... ou en hébreux pour les textes de l'AT et en grec pour les textes du NT ???
N'oublions pas que les lectures sont quand même faites en français dans le rit tridentin... Même certains cantiques aussi !
Volonté d'afficher un mystère ? Pas du tout... La seule volonté, c'est d'accomplir le mystère du saint-sacrifice de la messe... Les catholiques n'ont pas perdu la FOI en la présence réelle de NSJC...

Eric George 24/11/2006 07:35

Je me contentais de répondre à votre objection quant aux juifs et aux musulmans et de préciser que la logique de l'Eglise (y compris catholique romaine) est d'être toujours allé dans le sens d'une meilleure compréhension, y compris lors du premier passage au latin comme langue liturgique en abandonnant le grec que plus personne ne comprenait. Le retour du rite tridentin pour la liturgie marque donc un retour en arrière plus qu'un sur place puisque il ne s'agit pas de refuser d'abandonner mais de revenir vers une langue qui n'est plus comprise. Mais ce n'est pas vraiment à moi de m'exprimer sur le sujet.De la même manière, je n'ai pas dit que tous les partisans du rite tridentin réclamaient du mystère, je me suis juste étonné de voir cet argument revenir aussi souvent dans leur bouche sur le blog de Témoignage Chrétien.Quant au saint sacrifice de la messe, c'est effectivement sur ce point que nous différons complètement.  Et je ne compte pas rentrer dans le débat à ce sujet maintenant. Ceci-dit, si nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de perpétuer le sacrifice du Christ, si les protestants ne croient pas tous à la présence réelle (je rappelle tout de même qu'un bon nombre de protestants y croient (les luthériens et pas mal de réformés en tout cas, pour les évangéliques, j'avoue mon ignorance), nous croyons néanmoins à la présence véritable de Jésus Christ durant la Cène.

Yves 22/11/2006 21:16

Je dois vous avouer que j'ai un peu de mal à comprendre votre "glissement" de la langue latine à la magie... Mais bon... Suivant votre raisonnement, les musulmans priant en arabe et les juifs en hébreux sont donc aussi des 'magiciens modernes'...

Eric George 22/11/2006 23:18

Non. Les juifs prient en hébreux parce que c'est la langue de la Torah (et donc la lanuge dans laquelle Dieu s'adresse aux hommes). Les musulmans en arabes parce que c'est la langue du Coran (avec la même réflexion que pour les juifs en l'accentuant encore). Or le latin n'est pas la langue de la Bible et je ne crois pas qu'aucun chrétien (fut-il catholique traditionaliste) ne  dirait que le latin est la langue divine. Donc, la messe en latin n'a pas grand chose à voir avec la prière en hébreux ou en arabe des juifs et des musulmans, la liturgie grecque des orthodoxes en est bien plus proche à mon avis...Au sujet de magie, relisez-moi, je ne parlais pas du latin en tant que tel mais bien du rite tridentin (ce n'est pas pareil) et sur l'insistance que mettaient beaucoup de ses partisans (pas tous) sur le mystère et je m'interrogeais sur cette volonté affichée de ne pas comprendre qui me paraît très éloignée de la dynamique chrétienne première qui, depuis la prédication de Jésus jusqu'à la traduction de la Bible en latin par Jérôme en passant par la Pentecôte, vise à ce que la Parole soit reçue et comprise par le plus grand nombre...

l'homme dans la lune 16/11/2006 20:00

Il est arrivé à Jésus de parler l'araméen ou l'hébreu, sur la croix par exemple, alors qu'une partie des gens de l'époque ne parlait que le grec!

Eric George 16/11/2006 21:51

Jésus parlait certainement araméen puisque c'était la langue la plus parlée à travers la Palestine. Il est également probable que comme beauicoup de ses compatriotes, il ait parlé un peu de grec. Les évangiles ont été écrits en grec afin d'être compris de manières plus larges (et ils ont sans doute été traduits dans d'autres langues toujours afin d'être compris)Quant à l'hébreux, c'était la langue de l'Ancien Testament (très vraisemblablement encore comprise à l'époque) or, quand Jésus parle hébreux sur la croix, c'est pour citer le psaume XXII.Bref je ne vois rien là qui infirme l'idée que le but premier de la Bonne Nouvelle fut d'être comprise par le plus grand nombre... Pour la petite histoire c'était d'aileurs le but qui a conduit Saint Jérôme à traduire la Bible en latin : la rendre accesible au plus grand nombre. C'est certainement aussi ce qui a conduit les liturgies à passer du grec au latin, mais là, je ne suis pas un spécialiste du rite romain...