Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lâchers de colombe

26 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Canevas détaillé de la prédication du dimanche 26 novembre 2006
Genèse VIII, 1 à 14
Matthieu XI 28 à 30

En hébreux, le verbe tendre la main est le même que pour envoyer ou lâcher. Pour garder une certaine fidélité au texte hébraïque, il faudrait donc dire « Noé envoya la colombe » et « Noé envoya la main pour recueillir la colombe ». Oui, je sais qu’il peut être un peu mal venu de donner un cours d’hébreux lors d’un culte des familles mais ici c’est important parce que justement ce texte nous parle d’accueil.
Et la première chose qu’il nous dit c’est qu’accueillir, c’est aller vers. Noé envoie sa main pour accueillir la colombe. On en peut pas accueillir en restant recroquevillé sur soi-même.

Il y a dans ce texte trois accueils.

Premier « lâcher » de colombe
Tout d’abord Noé envoie sa main pour accueillir la colombe qui n’a trouvé nulle part où se poser.  Elle n’a rien trouvé et revient porteuse seulement de sa fatigue La Bible nous dit qu’elle n’a pas trouvé de repos pour sa patte. Le terme de repos c’est d’ailleurs la même racine que Noé. Noé c’est donc le refuge, le repos et notre Église devrait être d’abord cela, le lieu de repos pour tous ceux, toutes celles qui n’ont pas trouvé d’endroit ou s’arrêter, qui se sentent abandonnés ou sans intérêts. Celles et ceux qui croient qu’ils n’ont rien à offrir : comme la colombe qui revient les pattes vides parce qu’elle n’a rien trouvé, parce qu’elle n’a pas de bonne nouvelle à annoncer. Toi qui n’as rien à donner, rien à nous apprendre, tu es le bienvenu dans cette communauté, tu es ici chez toi.

Deuxième lâcher de colombe
Ensuite c’est porteuse d’un branche d’olivier que revient la colombe. Et cette branche d’olivier, c’est un signe, un message. C’est le signe que l’eau baisse, que la terre réapparaît. Le signe aussi de l ‘apaisement de Dieu. Et Noé reçoit ce rameau d’olivier de la colombe, il comprend ce que cela signifie. Accueillir, c’est ici recevoir de l’autre. Accepter la parole, le témoignage dont il est porteur. Cet accueil aussi nous devons l’apprendre, non seulement recevoir l’autre mais recevoir de lui, nous enrichir de ce qu’il nous apporte, le laisser nous annoncer son espérance. Souvent nous nous disons qu’être chrétiens c’est savoir donner, c’est vrai. Mais c’est aussi savoir recevoir et ce n’est  pas forcément la dimension la plus facile de l’accueil, surtout de l’accueil par une communauté : savoir écouter chacun, savoir lui dire : « nous sommes riches de toi », ne pas chercher toujours à apporter pour prendre le temps de recevoir

Troisième lâcher de colombe
Enfin, Noé lâche une dernière fois la colombe et cette fois, elle ne revient pas. Une façon de nous dire qu’accueillir, ce n’est pas capturer ni saisir. Accueillir, ce n’est pas vouloir à tout prix que l’autre devienne des nôtres. Accueillir c’est laisser venir mais aussi laisser partir. C’est un geste de confiance, nous croyons que celui qui part nous laisse ce qu’il nous a apporté. Nous croyons que ce qu’il a reçu de nous germera et portera du fruit. C’est toujours important en Église : croyons-nous que la parole dont nous sommes témoins a besoin de nous ? Ou croyons-nous qu’elle peut vivre et porter du fruit en chacun au delà de nous ?

La colombe disparaît donc. Et pourtant il me plaît de croire que nous la revoyons cette colombe, que nous la retrouvons bien plus tard dans la Bible. La colombe a annoncé à Noé que la terre était proche où il pourrait enfin se poser. Et je crois que nous la retrouvons bien des pages après, bien des siècles plus tard, lors du baptême de Jésus. Elle est là, au dessus de lui, nous indiquant à notre tour qu’il est un lieu, une terre ou nous pouvons poser nos bagages, nous soulager de notre histoire, un lieu de repos pour nos jambes fatiguées de nos errances. En effet, j’ai dit comment nous pouvions accueillir, mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’avant tout nous sommes accueillis. Qu’un endroit nous est offert où nous pouvons nous installer même si nous n’avons rien, même si nous nous sentons désespérément vides. Un endroit où nous sommes accueillis tels que nous sommes, loin de toutes les étiquettes qu’on nous impose, loin des fausses images que nous avons de nous-même. Cet endroit que la colombe nous indique, c’est un homme, ce Jésus que nous appelons le Christ. C’est lui qui tend la main, envoie la main vers nous pour nous accueillir et nous offrir un lieu pour le repos de nos pieds.

Amen

Partager cet article

Commenter cet article