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Cette génération ne passera pas...

3 Décembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 3 décembre 2006
Daniel VII 9 à 14
Luc XXI , 25 à 38
I Corinthiens VII, 29 à 31

C'est un texte difficile que cette annonce apocalyptique de Jésus. Difficile non seulement parce qu'il n'est pas agréable à entendre, des paroles qui nous prennent à rebrousse-poil, il y en a bien d'autres dans la Bible. En fait, si ce texte me paraît particulièrement difficile, c'est que par quelque côté qu'on le prenne on se heurte à un obstacle.
Nous allons donc ce matin voir nos tentations face à ce texte avant d’essayer de le comprendre puis de le recevoir.

La première façon de recevoir ce texte a souvent été dans une optique millénariste. Nous vivons actuellement les temps de trouble annoncés : le Royaume de Dieu est donc tout proche. Alleluïa, rendons gloire, chantons l'hymne de victoire. C'est vrai que tout coïncide, les nations s'effrayent du réchauffement de la planète, les disciples du Christ sont moqués et, à travers le monde, persécutés. Tout coïncide. Remarquez, tout coïncidait déjà pour les chrétiens confrontés aux persécutions romaines aux 1ers siècle et pour les protestants aux XVI et XVIIeme siècle. C'est vrai mais maintenant tout coïncide vraiment et il est clair que ce texte s'applique à notre temps. Oui, c'est clair...  A condition de ne pas s'arrêter sur un verset et même de le passer sous silence : "Cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive" affirme Jésus. Et c'est à sa génération qu'il l'affirme, pas à la notre. Bref, si nous voulons recevoir cette annonce pour nous, il nous faut l'amputer d'un verset essentiel, le verset qui nous empêche de repousser l'avènement du Royaume de Dieu aux calendes grecques ou à la saint Glinglin.
Bien, notre pasteur a repoussé du pied une lecture piétiste un peu embarrassante. Nous sommes donc entre gens sérieux et nous pouvons passer à la lecture intellectualisante. A travers ce texte nous avons un indice fort de ce qu'était la prédication de Jésus de Nazareth : l'annonce d'un royaume tout proche. C'est vrai. Mais ce genre d'interprétation à sa place dans une étude biblique, dans une recherche sur le Jésus historique. Mais en prédication, nous voulons autre chose que du documentaire, nous voulons réfléchir sur la façon dont la parole nous atteint dans notre vie.
Alors, peut-être en chaire, vaudrait-il mieux esquiver ces textes et leur préférer des textes un peu plus en relation avec nous. Peut-être... Mais voyez-vous, je reste persuadé qu'il n'y a pas d'"imprêchable dans la Bible", que tous les textes sont porteurs d'une parole pour nous.
Le texte de ce matin nous conduit donc à recevoir que, manifestement Jésus a annoncé quelque chose qui ne s'est pas produit comme il l'annonçait.
Et nous ne pourrons pas nous réfugier derrière l'argument ultime : "c'est sans doute un ajout postérieur". En effet, nous sommes très certainement devant une parole authentique de Jésus. Après tout, ni Luc, ni Matthieu, ni Marc n’auraient eu intérêt à inventer une parole aussi dérangeante pour eux.. En effet, au moment où Luc écrit son évangile, la génération de Jésus est passée entièrement ou presque. La tentation dût alors être forte pour l'évangéliste de taire cette parole qui risquait tellement de disqualifier l'enseignement du maître. Pourtant, il s'y refusa. Matthieu et Marc s'y refusèrent également. Alors s’ils s’y sont tous refusé, s’ils ont tous choisi de s’affronter à cette difficulté. Je ne vois pas très bien pourquoi nous déciderions d’esquiver le coup…

Penchons nous donc un peu sur cette affirmation erronée, ou pire mensongère de Jésus.
Examinons-en d’abord le vocabulaire.
« Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ». Avant que tout cela n’arrive… En fait je trouve ce verbe étrangement faible : « arriver ». Pour une annonce aussi forte, une annonce qui marque la fin des temps, on s’attendrait plutôt à un verbe bien plus fort, un verbe qui marque véritablement l’achèvement, la finition, un verbe bien connu du Nouveau Testament : le verbe « accomplir ». Cette génération ne passera pas avant que tout cela s’accomplisse. Là nous serions dans l’annonce claire et nette de la fin des temps. Mais voilà, le verbe «arriver » nous fait sortir de ce contexte. Nous ne sommes pas ici dans une annonce de la fin des temps. D’ailleurs Jésus dit : « quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume est proche ». « Est proche » pas « est là ». Jésus n’annonce donc pas ici la fin des temps, il annonce des évènements à venir.
Oui, enfin des évènements à venir, mais quand même des évènements qui arriveront selon lui avant que cette génération ne passe. C’est vrai alors observons les évènements annoncés :
- la persécution des disciples, elle a eu lieu,
- la destruction de Jérusalem, elle a eu lieu (que cette annonce soit ou non un ajout postérieur de Luc au discours apocalyptique de Jésus est très possible, voir vraisemblable, mais cela n’est pas notre propos : nous essayons de voir quels événement annoncés par Jésus n’ont pas eu lieu)
- les signes dans les étoiles, le soleil et la lune, je n’ai aucune connaissance des phénomènes astronomiques de cette époque mais après tout nous savons qu’il y a toujours possibilité de voir des signes dans le ciel (cela fait d’ailleurs la fortune des astrologues)
- la terreur des humains, nous savons bien que l’époque des contemporains de Jésus n’était pas vraiment une époque de sérénité (là encore que ce ne soit pas propre à l’époque de Jésus ne change rien)
-  la venue du fils de l’homme venant sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire, c’est arrivé…
Hein ? Ah non ? Je ne m’en sortirai pas comme ça ? Vous avez raison… Alors arrêtons nous un peu ici. On verra le fils de l’homme venant sur une nuée. Ici, Jésus cite l’Écriture, le livre de Daniel VII, 13 pour être plus précis. Or ce passage de Daniel appartient à un genre littéraire précis : l’apocalypse. C’est à dire non pas un texte qui parle forcément de la fin des temps, mais un texte qui essaye d’expliquer le monde et la réalité de Dieu à travers des images humaines. Or le passage de Daniel que cite Jésus parle de la victoire de Dieu sur le mal qui oppresse l’humain. Jésus dit donc à ces disciples qu’ils verront le moment de la victoire sur le mal qui asservit l’humanité. Nous sommes à Jérusalem à quelques jours de la croix. Et c’est sur la croix que s’accomplira la victoire du Fils de l’homme et la libération de l’humanité. Jésus le sait quand il l’annonce à ses disciples. Luc le sait quand une ou deux générations plus tard il rédige son évangile. Les premiers chrétiens le savaient de même que le savaient les camisards et huguenots de toutes sortes. Et nous ? Le croyons-nous encore ?
Si nous recevons ce discours de Jésus non pas comme annonce de la fin des temps mais comme un message face aux difficultés, il devient légitime que différentes générations le reçoivent pour elles en différents temps de troubles. Car ce qui est gênant dans l’interprétation millénariste, ce n’est pas tellement de recevoir le message pour aujourd’hui, c’est de sous entendre que les autres générations, elles, n’étaient pas concernées. Ce message s’adresse à plusieurs génération en même temps et il reste le même : tout comme vous savez que les bourgeons printaniers éclateront en feuilles pour l’été, sachez que les troubles présents disparaîtront et que la victoire de Dieu pour nous est déjà acquise…
J’ai ironisé tout à l’heure sur ceux qui mettent la fin des temps sur leur agenda. C’est vrai que je crois que la Bible nous interdit de dater la fin des temps. Mais je crois aussi qu’il y a une attitude bien pire que planifier la venue du Royaume de Dieu : c’est de ne plus l’attendre.
En effet, ne plus attendre le Royaume de Dieu c’est justement laisser notre cœur s’alourdir dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie, c’est retomber dans l’esclavage en donnant du poids à ce qui n’est qu’éphémère et passager. C’est admettre la défaite de Dieu. En effet, le Royaume vu uniquement comme une possibilité à vivre dans notre vie personnelle ressemble beaucoup à un maigre lot de consolation, je trouve… Un peu comme si nous disions « Le royaume de Dieu, il n’arrivera pas mais au moins Jésus nous invite à vivre différemment dans ce monde de violence » Au contraire, reconnaître le Royaume de Dieu comme tout proche, c’est vivre déjà de cette extraordinaire liberté qui nous est donnée. C’est pouvoir, comme dit Paul, vivre « comme si » le Royaume était déjà là. Vivre comme si le monde ne pouvait plus nous blesser réellement. C’est redresser la tête et ne plus courber sous le poids de nos soucis et de nos peurs, c’est nous tenir debout, confiant en notre salut. Nous ne pouvons pas dater l’avènement du Royaume mais nous pouvons vivre dans la certitude qu’il nous est déjà acquis, qu’il arrive, que demain nous y serons.
Je sais combien il est difficile de croire que nous puissions encore nous attendre à quelque chose qui a mis 2000 ans à arriver. Pourtant je rappelle qu’ici la science vient à notre secours. Jadis estimait qu’environ 5000 ans séparaient Adam de Jésus Christ alors forcément 2000 ans d’attente sur 7000 ans, c’est très long et il devient difficile de croire que la croix fut le moment décisif de l’histoire du salut. Mais la science nous révèle que l’âge de l’humanité se chiffre en millions d’années. Or si nous voyons l’histoire du salut comme l’histoire de la relation de Dieu et de l’humanité, les 2000 ans qui nous séparent de Jésus Christ apparaissent comme un éclair et ne nous empêchent absolument pas de reconnaître que sur cette croix, la victoire fut emportée et que cette victoire nous en verront bientôt tous les fruits.
Frères et sœurs, cette assurance fut donnée au disciples de Jésus, elle fut donnée à la génération de Luc et à bien d’autres générations par la suite. Que dans nos propres difficultés, que dans nos temps de troubles nous vivions à notre tour de cette assurance qui nous donne de n’être jamais abattus et de vivre dans notre monde sans en être esclaves
Amen

 

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Matthieu 06/12/2006 16:28

Sur la "Toute-Puissance de Dieu", je vous renvoie à mon commentaire n°8 publié à la suite d'un article de Miky sur son Blog :
http://metazet.over-blog.com/article-2024566-6.html
Pour le reste, je suis heureux que vous considériez la lettre de St Jacques comme faisant partie du corpus biblique!

Eric George 06/12/2006 22:32

Ma réaction portait moins sur la "toute puissance" (que nous semblons effectivement comprendre) de la même manièreque sur le "laisser-faire"Bien sûr que je reconnais la canonicité de la lettre de Jacuqes, aucun protestant ne croit que Luther était infaillible... D'ailleurs ma prochaine prédication portera sur celle-ci...

Matthieu 06/12/2006 13:55

Chère Blanche-Marie,
Il faut être vigilant au vocabulaire que l'on emploi, sinon l'on risque bien de véhiculer une image de Dieu absolument abominable et repoussante. Comme disait le Père Stan Rougier, les caricatures de Dieu "portent en germe l'athéisme comme les nuages portent la pluie".
Or, la Bible nous révèle que Dieu est absolument étranger au Mal, et qu'il n'en est pas l'auteur ni la source. Que Dieu permette mystérieusement au mal de se déployer dans notre temps n'en fait pas de lui la cause. Dieu est l'Innocent par excellence.

Eric George 06/12/2006 15:09

:) Voilà que Matthieu me devance pour opposer la Bible à l'enseignement des saints. Ceci dit, je continue à penser que l'équation "Dieu est tout puissant mais laisse faire" n'est absolument pas satisfaisante et ne permet pas d'en faire l'innocent par excellence. La théologie du Process pose  bien mieux l'innocence de Dieu à mon avis.Blanche Marie, le Nouveau Testament abandonne définitivement l'idée vétérotestamentaire d'un Dieu qui met à l'épreuve. Je me permets de vous renvoyer à la lettre de Jacques I, 13 : Que personne, lorsqu’il est mis à l’épreuve, ne dise : « C’est Dieu qui me met à l’épreuve. » Car Dieu ne peut être mis à l’épreuve par le mal, et lui–même ne met personne à l’épreuve.

Blanche-Marie 06/12/2006 09:43

Mon Dieu est le même que le vôtre, Eric. Les témoignages de nombreux Saint  relatent la souffrance par laquelle Dieu les a éprouvés afin qu'ils se soumettent à Sa Volonté. Pourquoi dites-vous qu'Il n'en est pas la source? Dieu est Amour et ses desseins pour nous sont justes et doux quels qu'ils soient.

Blanche-Marie 05/12/2006 17:31

La véritable persécution se situe dans la tentation. Vous priez pour que cela n'arrive pas? Alors comment voulez-vous que Dieu vous mette à l'épreuve?

Eric George 05/12/2006 19:52

Je ne sais pas qui vous êtes Blanche-Marie, ni quel est votre Dieu. Le Dieu de Jésus Christ aime, libère et sauve, Il nous soutient dans l'épreuve, Il n'en est certainement pas la source.

Blanche-Marie 05/12/2006 10:28

Vous dites que la persécution des disciples a eu lieu? En tant que pasteur, vous jouez le rôle de l'un d'entre eux. Alors pourquoi n'êtes-vous pas persécuté?...

Eric George 05/12/2006 10:52

J'avoue ne pas du tout comprendre votre question. Tout d'abord, le fait d'être pasteur ne fait pas de moi un disciple de Jésus Christ plus que n'importe quel autre chrétien. Ensuite, je relève simplement que Jésus annonce à ses disciples, ceux qui l'entouraient à ce moment qu'ils seraient persécutés et que cela s'est produit. Peut-être, un jour, serais-je persécuté pour ma foi. Je prie pour que cela n'arrive pas (ce que Jésus recommande à ses disciples de faire). Et si cela doit arriver, je prie pour que Dieu me donne le courage et la force de la persévérance.Mais en aucun cas je ne fais de la persécution un but, une preuve ou un moyen de salut.