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Prends ton lit et marche !

31 Décembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 31 décembre 2006
Matthieu IX, 1 à 8
Ici, l'année a commencé avec un culte et une prédication sur la bénédiction. Qu'avons-nous fait de cette bénédiction ? Qu'avons-nous fait, qu'allons nous faire de cette année qui s'achève, cette année qui vient s'ajouter à notre histoire ?
Et puis, une question pour le prédicateur : sur quelle parole terminer cette année ?
Eh bien, je vous propose celle-ci : "Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés.  Lève-toi, prends ton lit et marche !"

Prends courage mon enfant
Il est assez rare que Jésus s'adresse à quelqu'un en l'appelant " enfant". En fait, à travers les évangiles, seul le paralytique de Caphernaüm semble avoir droit à qualificatif plein de douceur et de tendresse.
Je sais bien que beaucoup d'entre nous ont encore en tête l'image d'un Jésus tout sucre et miel, appelant tout le monde "mon enfant". Je ne dis pas que cette image est fausse, d'ailleurs. Juste qu'elle ne correspond pas forcément à ce qu'on trouve dans les évangiles. Mais, dans ce cas précis, elle s'applique. Ce paralytique qu'on amène là, cet homme prisonnier de son lit a droit à toute la compassion, à toute la tendresse même de Jésus. Cette tendresse va donner un éclairage particulier à la suite et notamment au pardon des péchés. Nous y viendrons.
Mais avant cela, je voudrai que nous nous arrêtions un instant sur cette tendresse, cette attention particulière à laquelle a droit celui, ou celle qui est sans force, démuni, incapable de se tenir debout. Et cette tendresse n'a rien à voir avec de la pitié ou plutôt de la condescendance. Elle est plutôt une expression de l'amour. En effet, nous avons toujours tendance à exprimer plus fortement notre amour à ceux qui souffre. "Comme une mère préfère un peu son plus fragile enfant" chante J.J.Goldman. Je crois que ce n'est pas faux.
Je m'en voudrai de spolier ceux dont la faiblesse n'a rien de symbolique, ceux qui ont le plus besoin de cette tendresse, mais il me semble que tous nous traversons des moments de lassitude voire d'épuisement. Des moments où nous avons un besoin vital de cette tendresse, d'être appelé mon enfant et, comme un enfant, justement, de pouvoir tout lâcher. Lorsque nous sommes ainsi au bout du rouleau, le seul courage que nous pouvons puiser, nous ne le trouvons pas en nous, mais dans des bras tendus, dans une parole d'amitié. Cette oasis  Jésus nous l'ouvre par une parole : "Courage, enfant".

Je vous l'ai dit, cette parole va donner un éclairage particulier à la suite "Tes péchés sont pardonnés". On ne l'aime pas beaucoup cette suite... On préfèrerait souvent passer directement à la 3ème partie.
Bien sûr, notre réticence n'a rien à voir avec celle des scribes. Nous ne nous scandalisons pas d'entendre Jésus pardonner les péchés, nous n'y voyons aucun blasphème. En fait, bien souvent, nous n'y pensons même plus. Après tout, si nous avons reçu un bon catéchisme, nous savons que Jésus pardonne. C'est peut-être dommage ... Je veux dire ce n'est pas dommage qu'il pardonne, c'est dommage que ce soit devenu pour nous une telle évidence. Ce matin, j'aimerai vous offrir cette question en étrenne : "comment cet homme peut-il dire tes péchés te sont pardonnés ?" Non, pas de grande discours théologique sur le ministère et la personne de Jésus. Juste une question à laquelle je vous invite à repenser.
Mais si nous ne partageons pas les réticences des scribes, nous avons les nôtres propres. Tout d'abord pour les occidentaux sécularisés que nous sommes, la réponse de Jésus paraît quelque peu hors sujet : ce n'est pas pour ça qu'on lui amenait un paralytique... Le but, c'est que le paralytique marche... Vous voyez ! Nous voulons faire l'impasse sur la 2eme étape.
Mais le pardon des péchés et le relèvement du paralytique ne sont-ils pas liés ? Et là, notre réticence se fait encore plus forte. Il n'est pas question que nous  acceptions de relier ainsi paralysie et péché. Pas question que nous admettions que c'est à cause de ses péchés qu'un homme (ou une femme) est paralysé(e), ou aveugle, ou sourd, ou malade de quelque autre façon. Et nous avons bien raison ! Il serait absolument contraire à tout l'Évangile que de laisser entendre que ceux qui souffrent sont plus pécheurs que les autres. Donc si nous entendons ce récit comme un épisode du ministère de Jésus, je pense qu'il convient de séparer pardon et guérison, la seconde ne fait que manifester la réalité du premier. Mais nous pouvons également recevoir ce texte pour nous. Et dans ce cas, comment nier que nos fautes, nos blessures nous paralysent, nous lient et parfois même nous couchent. Et c’est tout particulièrement évident en cette fin d’année. Regardez un peu le nombre de bilan sur l’année 2006 dont on nous abreuve à la télévision ou dans les journaux ! Et il y en a pour tous les goûts ! Que vous préfériez la politique, le divertissement, la comédie, vous serez servis en retrospectives de tous genres. Mais dans ces restrospectives et ces bilans, dans nos petits bilans personnels, il y a tellement de choses qui nous enferment, nous emprisonnent : tous nos raté, nos fautes, nos erreurs… En grec amartiai, nos péchés…
Afientai sou ai amartiai : tes fautes, tes erreurs sont déliées, relâchées. Comment ne pas reconnaître que les fautes et erreurs commises ou subies nous pèsent jusqu’à nous écraser parfois et que nous avons besoin d’en être délivré…
Courage mon enfants, tes fautes sont déliées ! Courage, mon enfant, tu n’as plus besoin de porter ce poids trop lourd pour toi ! Quand nous la recevons pour nous, cette parole de Jésus devient délivrance et mise en marche…

Lève-toi, prends ton lit et marche. Lève-toi et marche, pas de soucis, tout le monde connais. Mais on s’arrête rarement sur ce prends ton lit… Pourtant, il est surprenant ! Toi qui étais paralytique prend ce lit dont tu n’auras plus besoin… Toi qui étais clopé, porte encore tes béquilles, toi qui étais aveugle, n’oublie pas tes lunettes noires et ta canne blanche… Il ne s’agit certainement pas ici de l’équivalent nazaréen de « Range tes affaires », Jésus n’invite pas le paralytique à ne pas laisser traîner son lit, les évangiles ne sont jamais aussi futilement précis, or ce « prends ton lit (ou ton grabat) et marche » adressé à un paralytique se retrouve dans les quatre évangiles (Luc V, 24, Marc II, 9, Jean V, 9)… A quoi bon porter encore ce dont le paralytique n’a plus besoin ? A quoi bon porter encore ce dont nous sommes libre ?
Eh bien, exactement comme le paralytique peut porter son brancard parce qu’il est désormais guéri, nous pouvons porter notre passé parce que nous en sommes libres. Jésus guérit le paralytique mais il ne gomme pas son histoire : c’est un homme neuf qui se lève mais ce n’est pas un homme sans passé. Le malade est guéri certes mais sa maladie fait aussi partie de ce qui a fait de lui l’homme qu’il est. Il en va de même pour nous, nous sommes libérés de notre passé et parce que nous en sommes libres, nous pouvons nous en souvenir, nous pouvons le porter avec nous. Un exemple : peut-être vous souvenez-vous d'avoir été, lorsque vous étiez enfants, surpris par l'incohérence des adultes. Rappelez-vous, vous veniez de faire une grosse bétise et vous vous êtes fait passer un savon monumental par vos parents et les voici 2 semaines plus tard en train de raconter votre bétise en riant à gorge déployée... Pourtant, deux semaines plus tôt, ils ne riaient pas du tout. Pour l'enfant que nous étions, la bétise commise restait bien présente, mais nos parents, eux en étaient libres, elle était passé au rang de l'anecdote du souvenir. On pourrait trouver bien d'autres exemples dans ce style, tous montrant qu'un évènement même malheureux peut être guéri, peut appartenir aux souvenirs légèrement. C'est le miracle du pardon. Notre passé n’est plus le fardeau qui nous oppresse et nous empêche d’avancer, nous n’appartenons plus à notre histoire mais elle nous appartient. Elle ne nous écrase plus de culpabilité et de remords mais, par l’expérience, elle nous construit et nous met debout. Si nous sommes construit par notre passé, il ne nous conditionne pas. Pardonnés, déliés, nous pouvons toujours construire du nouveau.

Frères et sœurs, voici qu’une parole de pardon vient tout changer dans notre vie et nous reconstruire complètement en nous laissant être nous-même… Mon frère, ma sœur, tu es libre de l’année qui s’achève et de celles qui précèdent. Elles appartiennent à ton histoire, elles t’enrichissent d’expériences mais elles ne conditionnent pas ton avenir.

Amen

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