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Fiat lux

10 Janvier 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Prédication du dimanche 7 janvier 2007
Epiphanie
Esaïe LX, 1 à 20
Ephésiens III, 2 à 6
Matthieu II, 1 à 12

En ce dimanche d'Epiphanie, nous n'allons pas parler de rois mages, ni de galettes, ni de fèves, mais de lumière. Epiphanie signifie en effet manifestation, rayonnement.Il est donc intéressant de voir ce que nous disons lorsque nous affirmons comme souvent que Dieu est lumière…

En premier lieu, il faut bien reconnaître que cette prophétie d’Isaïe est une prophétie guerrière et qu’ici, c’est soumises et non en chantant des psaumes que les autres nations viennent vers Jérusalem. Le cortège auquel nous assistons est celui de pays vassaux venant apporter une rançon à l’état dominant… Je sais bien ce que cette image peut avoir pour nous de dérangeant. Mais nous sommes ici face à l’indéniable caractère humain de la Bible. Le peuple hébreux, vaincu et humilié rêve de revanche, rêve aussi bien du retour que du moment où les peuples devront à leur tour se soumettre et payer un tribu.
Rêves très humains, mais dont nous savons que Dieu réalisera de manière inattendue. L’évangile selon Matthieu nous le dit, c’est à un enfant démuni et non pas à un roi victorieux que des mages venus d’Orient viendront apporter des cadeaux. Ce n’est pas dans le Temple d’une cité glorieuse mais dans un condamné à mort que Dieu se manifeste à l’humanité. Et Paul nous enseigne que ce n’est pas soumis à Israël mais au bénéfice du même héritage que les peuples s’avanceront vers Dieu.
Bien sûr, il ne s’agit pas ici de pointer du doigt le désir de revanche et de conquête du judaïsme archaïque et barbare pour célébrer le christianisme universaliste et pacifique. Hélas, sur la violence et la soif de domination, le christianisme n’a pas grand chose à apprendre. Et il pourrait difficilement se poser en donneur de leçon quant au pacifisme et à l’accueil de l’autre… Ce texte nous rappelle à tous, notre humanité avec ses instincts les plus sombres. Mais à travers cette imagerie guerrière, on découvre une autre image, celle de la lumière qui rayonne et c’est ce symbole de la lumière qui nous parle aujourd’hui dans la prophétie d’Isaïe

Dieu est lumière, c’est bien connu et aux moments des fêtes de Noël on nous le répète à satiété. Mais pour bien comprendre tout ce que ce symbole biblique de la lumière peut signifier, nous pouvons commencer par quelques considérations d’ordre général sur la lumière.
Tout d’abord l’homme est un animal diurne. C’est une telle évidence que nous avons tendance à l’oublier. Même le plus troglodyte des noctambules a besoin de lumière. Et même si notre organisme de nordiques vivant loin du soleil d’Afrique nous permet de palier quelque peu la pauvreté de l’ensoleillement de nos contrées, nous savons bien que nous fonctionnons aussi à l’énergie solaire… Il suffit de voir à quel point nous nous sentons mieux lorsque le soleil brille…
D’ailleurs notre caractère diurne se manifeste clairement dans notre peur de l’obscurité… Je sais bien que pour la plupart d’entre nous, nous n’avons pas besoin d’une veilleuse pour dormir. Mais, il faut dire aussi que nous sommes très peu confrontés à l’obscurité réelle. Une des conséquences de nos progrès techniques, c’est que la lumière à tout envahi : nous éclairons nos maison (c’est normal) mais aussi nos rues, nos routes et chaque endroit que nous touchons. Nous avons tellement peur de l’obscurité que notre première action d’animal technologique a été de faire reculer l’obscurité. A tel point qu’on parle dorénavant de pollution lumineuse…
Après ces remarques anthropologique qui nous rappellent que la lumière nous est vitale et qu’elle estompe nos peurs, (ce qui est déjà intéressant pour comprendre ce que nous affirmons en disant que Dieu est lumière), voyons un peu ce que la science nous dit de la lumière. Je trouve toujours passionnant qu’une avancée scientifique augmente la portée d’une affirmation biblique. Or à l’époque de la rédaction de la bible on considérait la lumière comme une matière, et les ténèbres comme une autre matière. Aujourd’hui, on sait que la lumière peut se concevoir comme une onde ou comme un flux de particule, c’est à dire comme un déplacement. La lumière est donc avant tout une dynamique un mouvement.

Eh bien, je crois que, sans du tout trahir l’esprit du texte, cette considération scientifique de la lumière, lui confère toute sa richesse. En effet, l’opposition lumière/ténèbres ne représente plus l’éternelle opposition bien/mal. La Bible n’est pas dualiste, elle nous raconte un acte créateur. Les ténèbres ne sont pas le lieux des forces du mal opposées aux force du bien, on n’est pas dans Star Wars. Les ténèbres ne sont plus que l’incréé, elles ne sont pas un refus, une fermeture, une impossibilité mais un « pas encore ». On retrouve ici l’affirmation de la Genèse, les ténèbres c’est ce qu’il y a avant que Dieu agisse. Et Dieu seul agit. C’est pour cela que nous pouvons dès maintenant être sur de sa victoire : la nature de la lumière c’est de se propager et l’obscurité ne peut que reculer…
De plus, cette assurance de victoire ne se reçoit pas dans une optique de combat et d’éradication mais dans une optique de construction. Si nous comprenons, comme le dit la Bible que l’obscurité n’est pas le mal mais l’incréé, alors dire que les nations sont dans les ténèbres, ce n’est plus les associer à un mal qu’il faut soumettre ou éradiquer mais les comprendre comme un « pas encore » et donc comme une promesse. Ainsi, la prophétie d’Isaïe rejoint bien l’annonce de l’Évangile et l’affirmation de Paul. Les nations viendront à leur tour à la lumière (ou plutôt la lumière brillera  et profiteront à leur tour de l’amour de Dieu.
Et bien sûr, il faut rappeler que la seule vraie lumière est pour Isaïe celle de Dieu : ce n’est plus la lumière variable du soleil et de la lune qui t’éclaireront dit le prophète. Mais à cette époque, pour bien des peuples, le soleil et la lune sont des idoles. Cette promesse n’est donc pas à prendre comme une description physique du royaume de Dieu mais comme l’annonce de la fin des idoles. Une annonce qui nous touche aussi : vous ne serez plus éclairés par les fausses lumières de vos faux dieux : volonté de puissance, nécessités économiques, raisons d’état, mais par la seule lumière du Dieu d’amour…
Et puisqu’on parle de diffusion de la lumière, peut-être pouvons nous rester dans cette image et parler un peu du témoignage… Quand la lumière rencontre un obstacle, il y a quatre possibilité : celui-ci est transparent et elle le traverse, il est
Opaque réfléchissant et elle rebondit contre lui, il est opaque absorbant et elle est se perd en lui, il est opaque diffusant et renvoie une partie de la lumière…
L’objet transparent, c’est l’athée. Je sais bien qu’une telle comparaison a de quoi surprendre. En général, c’est plutôt l’opacité qu’on associerait à l’athée. Mais ici, je ne parle pas de la réception intérieure mais bien du témoignage. Imaginez un monde ou tout est transparent : la lumière serait bien là, mais il nous serait impossible de la voir, nous n’en aurions nul témoignage. De plus l’athée est, comme nous tous, touché par Dieu mais sans en avoir conscience, sans que cela ne laisse aucune trace sur lui. A l’inverse, l’objet réfléchissant renvoie parfaitement la lumière. C’est donc le témoin parfait, celui qui donne une image totale de Dieu, une image tellement parfaite, tellement juste qu’au bout du compte, il est Dieu lui-même. L’obstacle réfléchissant, le témoin parfait, c’est Jésus, le Christ. Je ne crois pas qu’il existe des opaques absorbants, des gens qui recevraient complètement Dieu mais le garderaient pour eux même, en eux-même : on n’allume pas une lampe pour la mettre sous un seau… Pour la plupart d’entre nous, nous sommes « opaques diffusant ». Nous sommes touchés par la lumière de Dieu, éclairé par elle et nous en renvoyons une partie. Mon utilisation des mécanismes optiques s’arrête ici puisque au contraire des vrais objets opaques diffusant (qui reflètent la partie de la lumière qu’ils n’absorbent pas), nous, nous renvoyons de Dieu l’image qui nous atteint, l’aspect de lui que nous percevons le mieux… Et c’est pour cela que la multiplicité et la diversité des témoins est cruciale : pour qu’à nous tous, nous reflétions tout le « spectre de Dieu », pour que nous nous rappelions les uns aux autres que nos images de Dieu sont toujours incomplètes et donc fausse et que ce n’est que pris tous ensembles dans le respect de notre individualité que nous portons vraiment un témoignage…

Alors frères et soeurs, laissons nous atteindre par ce Dieu lumière qui est dynamisme et éclairage. Et, pour que ceux qui nous entourent profitent de cette épiphanie, soyons opaques diffusant.

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