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Mauritanie tour (7)

4 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

27 janvier
Dernier lever après une nuit sous la tente. Nous n’avons que quelques dunes à franchir avant d’atteindre Chenguetti. Et là, un peu de tourisme. Tout d’abord nous avons rendu visite à un musicien de Chenguetti, un célèbre en plus, qui nous parle de la musique mauritanienne. C’était intéressant mais j’avoue que je serais bien en peine de vous rendre compte de ses explications : la musique n’est pas du tout mon domaine, je n’ai pas tout compris et j’ai bien peur d’avoir déjà presque tout oublié. La musique mauritanienne se déclinerait sur 5 modes et pour chacun c’est le Sol qui change ou quelque chose comme ça… Ah et puis il a aussi trafiqué sa guitare (la guitare a été importée en Mauritanie dans les années 60) pour avoir plus de demi-tons. Bon c’est très confus, mais pourtant c’était vraiment intéressant et puis une chose m’a amusé, les musiciens sont vraiment partout les même et sont géniaux quand ils se comportent en passionnés plutôt qu’en élitistes… Ce guitariste unijambiste assis sur le sol de sa case était finalement très proche des organistes d’Évreux avec notre nouvel orgue.
Après cet intermède musical, visite d’une bibliothèque et là je suis un peu plus dans mon élément. Chinguetti, tête de pont de l’islamisation de l’Afrique noire, a toujours été une ville de savoir et sa renommée lui a valu le titre de 7eme ville sainte de l’Islam. J’imagine les centaines de manuscrits de la défunte Aboer qui dorment à présent sous les sables. Je rêve de cette époque où les manuscrits s’échangeaient comme des matériaux précieux, parfois contre leur poids en or. Je pose la question, ces manuscrits sont ils tous en arabe ? Tous. Cette réponse me fait penser que même en se répandant de manière pacifique, l’Islam commet la même erreur que les hommes de Babel, l’erreur de toute mondialisation : aucune paix ne peut se construire sur l’anéantissement de la diversité. Toute trahison qu’elle soit, je reste persuadé que la traduction est aussi un enrichissement et une nécessité… Ce tout arabe me paraît sinistrement monocorde…En tout cas, l’apprentissage du Coran est vraiment basé sur la mémoire : l’étudiant doit apprendre par cœur le passage qui l’intéresse et un professeur qui consulte trop souvent son livre est considéré comme inefficace (s’il lit, c’est qu’il ne connaît pas bien le passage discuté) Étrange rapport au texte qu’il s’agit de connaître plus que de comprendre, de décrire plutôt que d’explorer.
Et le bibliothécaire continue à nous réciter sa leçon. Encore 40% des manuscrits restent à classer. Pour le moment, les promesses de l’UNESCO de trouver des moyens de duplication et de préservation restent lettre morte se lamente notre conférencier en manipulant sans plus de précaution des manuscrits du XIV° siècle…
Après la bibliothèque, le musée (en fait la même maison et le même guide). De l’artisanat nomade surtout. Ce qui retiendra mon attention, c’est la tablette à apprendre : une tablette d’argile sur laquelle l’étudiant devra écrire les deux extrait du coran à apprendre et ne pourra effacer un côté qu’une fois celui ci connu par cœur, pour pouvoir en apprendre un nouveau. En fait ce qui m’amuse, c’est que certains maîtres faisaient boire à leurs élèves, l’eau ayant servi à effacer le texte… Je pense au rouleau à manger de Jérémie et à cette association si courante et éloquente entre littérature et nourriture…
Quelques mots sur Chenguetti. Au début un labyrinthe de ruelles entre des murets de pierres. Les rues n’ont pas de nom mais des numéros peints à même la brique. Puis d’un seul coup, une large piste de sable qui sépare la vieille ville de la nouvelle. La différence notable, c’est le nombre de commerce avec quelques enseignes amusantes : « Mamoud écrase les prix » « La Fnac de Chenguetti »  « Ali Baba, pas les 40 voleurs »…
A la sortie de la ville, nous mangeons dans une auberge très touristique un repas qui sonne notre retour à la civilisation : assis sur des chaises, des toilettes même pas à la turque.
Après le repas nous entassons à 12 dans 2 4x4 pour retourner à Atar. Deux escales pour voir les peintures rupestres de Théodore Monod (je veux dire découvertes par Théodore Monod, pas peintes par lui, hein !) (mouais, à part une girafe et des danseuses, rien de vraiment inoubliable) puis le site du tournage de Fort Saganne : un très beau point de vue mais qui pâtit un peu de la comparaison avec notre périple d’une semaine.
Arrivés à Atar, Salim nous laisse une demie heure de quartier libre au marché, rond point Jacques Chirac (la tribune d’où il a fait son discours est encore en place). Malheureusement, aucun d’entre nous n’est vraiment à l’aise dans cette atmosphère de marchandage et de quémandage. Nous ne parvenons pas vraiment à apprécier le côté ludique de la chose, et une ois notre bissap acheté (certainement beaucoup trop cher), nous sommes ravis de nous arracher à ce bain de foule « Hep Monsieur ! Bonjour la France ! Ici, c’est moins cher que gratuit ! ». Allez une dernière petite aventure pour frimer : nous nous perchons sur les bagages plutôt que dans la voiture pour rejoindre l’hôtel.
Hôtel qui est le point de ralliement de plusieurs touristes randonneurs du déserts, quelques échanges sur nos parcours respectifs mais il faut bien dire que notre groupe est un peu trop soudé pour que nous fassions de bons convives…
C’est agréable de retrouver une salle de bain, agréable de se sentir propre (nettoyé à la douche, même froide, plutôt qu’aux lingettes), de se laver les cheveux, mais pour tout dire le désert commence déjà à nous manquer. Surtout dans l’étouffante chaleur de notre chambre…

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Tthieu 05/02/2007 21:40

Une petite précision : la piste de sable qui sépare la vieille ville de la nouvelle est le lit d'un oued et c'est donc un fleuve qui sépare les deux villes à l'occassion de quelques jours dans l'année.

Eric George 06/02/2007 20:01

Ah tiens ? Ca j'avais effectivement raté... CXomme quoi ça sert de courrir devant avec Salim... ;o)