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Tenue correcte exigée ?

6 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 4 février 2007
Deutéronome VII, 6 à 9
Romains III, 21 à 31
Matthieu XXII, 1 à 14

Considérez vous comme mon invité, Mr Bond… Si vous êtes  amateur des film de 007, vous savez très bien que lorsque le méchant dit cela, c’est que le héros est prisonnier. Un autre exemple si 007 ne vous dit rien. « Monsieur (ou madame), veuillez nous suivre s’il vous plait » Malgré la politesse des propos, tout le monde sait bien que formulée par des représentants de l’ordre, cette requête est un ordre plus qu’une prière… Eh bien, ce roi qui tue ses invités réticents me fait un peu penser à cela, son invitation ressemble en effet étrangement à une contrainte…
Contrainte d’autant plus douloureuse que le malheureux non préparé se retrouve inexorablement jeté dehors comme un malpropre…
En l’écoutant d’une oreille distraite, on ne peut guère que se dire, « eh bien si c’est ça, le royaume de Dieu, c’est pas jojo… »

Alors quelques mots sur ce que la parabole n’est pas.
Il me paraît d’abord important de souligner que cette parabole ne nous parle pas de l’au-delà ni du jugement dernier. Matthieu la place dans un contexte très particulier : Jésus vient d’entrer à Jérusalem et la parabole s’inscrit à la fin d’une série de parabole dont le thème commun pourrait être « le bénéficiaire ne sera pas celui qu’on pense ». Il ne s’agit donc pas d’une parabole qui nous dit qui ira au paradis et qui ira griller en enfer mais plutôt qui nous parlent de ceux qui entreront immédiatement dans le Royaume, c’est à dire de ceux qui reconnaîtront que dès la mort et la résurrection de Jésus, la victoire de Dieu sur le mal et la mort est acquise, de ceux qui pourront vivre le royaume dans leur vie actuelle.
Cependant, il ne faut pas non plus tomber dans lecture allégorique de la parabole, une lecture dans laquelle on estime que chaque élément de l’histoire : dans la parabole du repas de noce, le roi serait Dieu, les invités seraient les méchants juifs, les serviteurs assassinés les prophètes, les nouveaux invités, les gentils chrétiens et l’homme sans habit de noce le faux chrétien… Une telle interprétation nécessiterait de faire l’impasse sur tout le reste de l’enseignement de Jésus et sur la parabole elle-même qui insiste bien sur le fait que bons et méchants partagent le banquet.
Enfin, la conclusion « beaucoup sont appelé mais peu sont élus » me pousse également affirmer que cette parabole n’est pas une parabole qui nous parle du choix de l’homme. En effet, s’il était question de la volonté humaine, Jésus dirait « beaucoup sont appelés mais peu répondent » Dans la Bible l’élection désigne un choix entièrement libre de Dieu un choix qui n’a rien à voir avec les mérites humains… La multitude est appelée mais peu sont élus reste donc une phrase bien plus énigmatique que l’interprétation « la multitude est appelée mais peu répondent » qu’on lui donne souvent… De plus si on regarde attentivement la parabole, on ne peut constater qu’une chose c’est que seul le choix du roi fait participer les convives au festin. Dans ce récit, quand la volonté humaine s’exprime, c’est pour se mettre à l’écart, pour s’exclure du festin (mais peut-on vraiment parler d’expression de la volonté humaine ? j’y reviendrai)

En fait, une parabole est un récit qui comporte une rupture, un inattendu et c’est de cette rupture, de cet inattendu que l’on peut tirer un enseignement. Alors, où est la rupture. Un roi organise des noces pour son fils. Jusqu’ici pas de soucis. Les invités déclinent l’invitation, c’est un peu surprenant mais il faut bien qu’il y ait une histoire… L’histoire des serviteurs assassinés et du châtiment royal sont effectivement un rappel du meurtre des prophètes. Mais voilà que le roi envoie ses serviteurs chercher des remplaçants pour les premiers invités. Et là, c’est une surprise… En effet si ceux que vous avez invités à un repas déclinent finalement votre invitation. Sans doute vous sur le temps perdu à la préparation et sur le gâchis de nourriture (encore qu’aujourd’hui, avec les congélateurs…), au mieux, essayerez-vous de distribuer la nourriture en trop à vos amis et vos voisins. Mais il y a peu de chance pour que vous alliez sur les carrefour ramasser tous les gens qui traînent par là. Notre première rupture est là.
La deuxième rupture, c’est cet homme qu’on a ramassé au détour d’une rue pour le convier par surprise à la noce et qu’on fiche maintenant dehors parce qu’il n’a pas la tenue exigée…
Que nous dit la première rupture sur ce roi qui, pour remplacer ses invités remplis sa salle de banquet avec le tout venant ? Elle nous parle d’urgence, d’une volonté pressante de faire la fête. Elle nous parle d’un roi qui refuse de voir sa volonté battue en brèche par la mauvaise volonté de ces invités. Le royaume de Dieu est semblable à une fête que rien n’arrêtera pas même le refus d’y participer des invités. Il est un vouloir de Dieu qui ne se laissera pas bloquer par le prétendu libre arbitre de l’homme. Le royaume de Dieu est également semblable à une salle des fêtes qui doit être remplie, coûte que coûte. Le royaume de Dieu est un appel qui ne tient compte ni de morale (bons et méchants sont rassemblés), ni de mérite (on invite ceux que l’on rencontre).
Mais quand même, il y a cet homme que l’on flanque dehors parce qu’il n’a pas la tenue exigée ! Il y a donc indéniablement distinction… Apparemment… Mais est-ce bien parce qu’il n’a pas d’habit de noce que cet homme est jeté dehors ? En fait, ce n’est pas vraiment ce que dis le texte : « Mon ami, comment as–tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? » Il n’y a pas ici de condamnation. Simplement une question. Et la réponse était facile : « on m’a pressé de venir au détour d’une rue et je n’ai pas eu le temps de me préparer ». Mais non, l’homme se tait. Pourquoi ? Sans doute par peur, par sentiment d’indignité ou de faute. Et c’est ce mutisme qui le jette en dehors de la fête, qui l’exclut… Ce qui place l’invité dans les ténèbres du dehors, ce n’est pas son indignité, c’est sa peur d’être indigne. Ce qui l’empêche de vivre la fête c’est la mauvaise perception qu’il a de son hôte… En cela, il rejoint les précédents invités dans leur refus. Il s’agit finalement moins d’un refus ou d’un choix que d’une mauvaise perception… Les précédents invités ne peuvent pas participer à la fête, parce qu’ils estiment qu’il y a plus important dans leur vie. Celui ci n’y participe pas parce que sa peur le met à l’écart. Je crois qu’il y a là une très bonne représentant du Royaume, de cette joie qui nous est offerte dès aujourd’hui… Bien souvent, nous ne la vivons pas car il nous paraît y avoir plus important, nous préférons nous consacrer à des choses apparemment plus sérieuses, plus concrètes. Mais bien souvent, elle nous échappe également parce que nous ne nous en sentons pas dignes, parce que nous avons beau dire que nous sommes sauvés gratuitement, tels que nous sommes, nous restons captif de notre sentiment de culpabilité, d’indignité. Cela nous paraît trop beau, trop facile pour être vrai et, au lieu d’entrer librement dans la lumière, nous restons prisonniers de nos ténèbres… Vous voyez qu’il n’est pas vraiment question de choix ou de refus mais plutôt d’erreur de perception. Parfois nous ne voyons pas Dieu comme important, parfois nous continuons à le voir comme un juge distribuant des bons ou mauvais points. Et c’est cela qui nous empêche de participer à la fête…

La multitude est appelée mais peu sont élus. Je ne pense pas qu’il faille comprendre cela comme un avertissement ou une menace mais simplement comme un constat. La multitude est appelée, la plupart ont entendu la Bonne Nouvelle de Jésus Christ mais peu sont élus, peu la vivent véritablement… Peut-être aussi faut-il rappeler que dans une bonne partie de l’Ancien Testament, l’élection du peuple juif fait de lui un témoin, Dieu choisit librement le peuple hébreux au bénéfice du monde entier. Eh bien je crois, frères et sœurs, que c’est ce que nous pouvons demander dans nos prières. Délivre nous Seigneur de nos erreurs de priorités, délivre-nous de notre peur de ne pas être digne et permets nous ainsi de vivre vraiment la joie de ton Royaume. Et permets qu’en vivant cette joie, nous soyons, pour ceux qui nous entourent des témoins véritables de ta bonne nouvelle. Fais que par notre joie, la fête se répande et que la salle de banquet se remplisse toujours davantage.

Amen

 

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