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L'affaire de la rue de Lourcine

21 Février 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Vu à Evreux, vendredi dernier, Labiche mis en scène par Deschamps et Makeïeff. Je découvre la proximité de mise en scène entre la farce et la comédie de boulevard. J'avoue ne pas savoir si le burlesque est une initiative de Deschamps ou si c'est une interprétation fidèle et traditionnelle. (si un connaisseur en histoire du théatre veut bien m'éclairer sur ce point, je lui en serais reconnaissant). En tout cas, c'est une réussite...
Pourtant, cette histoire qui nous a fait tant rire est tout à fait terrifiante.
Rentier, Lenglumé se réveille avec une gueule de bois carabinée et sans le moindre souvenir de ce qu'il a fait durant la nuit. Et, par un concour de circonstance, il se persuade rapidement d'avoir commis un meurtre. Conviction qui le conduit a envisager la supression de 3 autres personnes. Bref, un burlesque finalement trés sombre.
Bien sûr. pour Labiche, il s'agit avant tout d'une satire de la bourgeoisie du second Empire, mais, j'y vois aussi une réflexion sur la culpabilité. Je ne m'étendrai pas ici, sur le refus de Lenglumé à assumer son crime mais plutôt sur la rapidité et la facilité avec lesquelles il se croit coupable. En effet, je crois que c'est ici une vision assez juste de l'humanité : il est très facile d'enfermer l'humain dans un sentiment de culpabilité. Certains pointeront ici l'influence du christianisme mais je ne suis pas certain que cette caractéristique soit exclusivement occidentale. Je me souviens par exemple avoir été frappé par la gigantesque entreprise de culpabilisation de leurs victimes par les Khmèrs rouges et par son succès. Il me paraît être dans la nature humaine de se sentir coupable.
Et j'attribue cette culpabilité à notre incapacité à accepter nos limites. Nous nous culpabilisons facilement parce que nous ne parvenons pas à nous assumer comme imparfait. Peut être les tenants de la psychanalyse me reprendront-ils mais le sentiment de culpabilité me paraît être le revers de la médaille de notre soif d'amélioration.
Alors faudrait-il pour être heureux renoncer à tout progrès humain, nous vautrer dans l'autosatisfaction ? Non bien sûr. Mais tout en repoussant nos limites, il nous faut simplement rester conscient qu'elles sont ce que nous sommes et que ce n'est pas dans une hypothétique perfection que réside notre bonheur
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