Partager l'article ! La tentation de Jésus: Prédication du dimanche 25 février 2007 Deutéronome XXVI, 4 à 10 Romains X, 8 à 13Luc IV, ...
Prédication du dimanche 25 février 2007
Deutéronome XXVI, 4 à 10
Romains X, 8 à 13
Luc IV, 1 à 14
Du Jourdain au désert, de la déclaration du baptême à la tentation, le moins qu’on puisse dire, c’est que le ministère de Jésus commence en passant d’un extrême à l’autre. Du récit de la tentation, je voudrai tirer ce matin deux bonnes nouvelles et une interpellation… Les deux bonnes nouvelles nous touchent en tant qu’individus parce qu’elles sont destinées à l’humanité toute entière, l’interpellation quant à elle est plus spécifiquement destinée aux chrétiens et tout particulièrement aux Églises…
La tentation n’est pas un accident de parcours, elle fait partie du programme, c’est « rempli d’Esprit Saint » que Jésus revient du Jourdain et c’est « conduit » par ce même Esprit qu’il part dans le désert. Il ne s’agit pas non plus d’une ascèse purificatrice, le baptême donné par Jean est un rite de purification et Luc nous dit bien que ce baptême, Jésus l’a reçu pleinement. Il n’est donc pas besoin de le parfaire, d’y rajouter quoique ce soit. Le séjour dans le désert n’a pas grand chose à voir avec l’attitude des ermites qui se retiraient pour se purifier et prier… En fait, si l’on regarde bien le texte, il ressort clairement que le but du séjour de Jésus dans le désert, c’est la tentation : Luc est sans doute moins explicite que Matthieu pour qui Jésus est conduit au désert pour y être tenté mais l’idée est tout de même implicite : la seule chose que l’évangéliste nous dit du séjour de Jésus, c’est la tentation. Il ne nous parle ni de prière ni même de jeûne : Luc nous dit que Jésus ne mangea rien mais il ne dit pas, contrairement à Matthieu, que Jésus jeûna… Bref, le séjour de Jésus dans le désert n’a absolument rien de religieux, de rituel, la seule raison de cet épisode, c’est la tentation. D’ailleurs quand le diable a épuisé toutes ses tentations et se retire, Jésus revient en Galilée…
Mais pourquoi cette tentation fait elle partie du programme ? Eh bien je crois que la réponse est simple. Au début de son ministère, le baptême vient dire la divinité de Jésus, notamment avec cette proclamation « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », il fallait donc affirmer avec la même force, avec le même témoignage extra-humain, la complète humanité de Jésus. C’est le rôle de la tentation. Je souligne d’ailleurs qu’une fois de plus la Bible prend les récits mythologiques classiques à contre-courant : généralement dans ceux-ci, un mortel emporte des épreuves titanesques et accède à la divinité. Ici, on commence par l’affirmation de la divinité, une manifestation inconditionnelle puis à travers une série d’épreuve, on affirme l’humanité. Ce n’est plus l’humain qui, à travers une série d’épreuve devient dieu, mais Dieu qui rejoint l’humanité dans ses épreuves… La première bonne nouvelle de la tentation de Jésus est une nouvelle de mouvement, nous sommes rejoints par Dieu dans nos déserts, dans nos moments de famine et de tentation…
La deuxième bonne nouvelle, c’est que si Jésus lui-même connaît la tentation, alors, je n’ai plus à me culpabiliser de mes propres tentations… Or, c’est bien souvent ce qui arrive, même lorsque je résiste à la tentation je me sens coupable de l’avoir éprouvée. Et bien, dans ces moments, rappelons-nous simplement que Jésus lui-même fut tenté… Si celui-là même que Paul affirme « sans pêché » est tenté au moment même où il est reconnu par Dieu comme son Fils, comment me sentirai-je, moi, coupable d’être tenté ? Est ce que je crois que je suis plus grand, plus parfait que Jésus, le Christ. Certes non. Si donc lui même a été tenté, je n’ai aps à me culpabilisé de connaître moi aussi la tentation.
Ceci établi, regardons d’un peu plus près ces tentations. Elles sont surprenantes parce que finalement, à aucun moment le diable ne propose à Jésus d’enfreindre une règle morale ou éthique. Tout au plus, une seule fois, lui suggère-t-il d’enfreindre un commandement religieux et de se livrer à l’idolâtrie : si tu te prosternes devant moi, déclare-t-il. Mais à part cela (qui n’entre pas dans le domaine de la morale), aucune des choses qu’il propose à Jésus n’est moralement condamnable. J’avoue volontiers que je suis gourmand mais je trouve qu’il faut être bien sévère pour considérer, comme le fit Ambroise, que la tentation de se nourrir de pain après 40 jours de jeûne relève de la gloutonnerie… En fait les trois tentations que connaît Jésus ne relèvent pas de la morale mais sont des envies caractéristiques de l’humanité : le désir de voir nos manques comblés, le désir de protection et le désir de contrôle. Trois envies qui sont l’expression de nos limites : le manque, la fragilité et la faiblesse. Or ces limites, nous les refusons. Notre tentation perpétuelle c’est de vouloir les supprimer, y remédier. Il n’est pas question de dire que c’est mal de refuser nos limites. En fait le problème n’est pas ici d’ordre moral ou éthique : le problème, c’est qu’il nous est impossible d’échapper à ces limites, et que notre refus de ces limites entraîne finalement plus de souffrance que de libération. La tentation de Jésus nous apprend d’une part que ces limites sont notre condition humaine, elles sont ce qui nous définit, elles sont ce que nous sommes mais, tour de force du texte, elle nous apprend également que refuser nos limites fait aussi partie de ce que nous sommes.
Bref, la deuxième bonne nouvelle est une nouvelle de libération et de guérison de ma souffrance et de mon mal être : je n’ai pas à vivre mal mes limites (Jésus pleinement homme les a lui même connues) mais je n’ai pas non plus à me sentir coupable parce que je vis mal mes limites (Jésus, pleinement homme a lui aussi connu cette frustration)…
Mais je vois aussi dans ce texte une interpellation forte pour nos Églises. En effet, ce diable qui promet monts et merveilles à grand renfort de versets bibliques, ne nous semble-t-il pas quelque peu familier ? Oh, pas la peine de scruter nos mémoires, de dévisager nos voisins, ou de pointer le comportement d’autres Églises… Peut-être devrions nous plutôt interroger nos propres attitudes… Sous le noble prétexte d’annoncer la bonne nouvelle, n’avons nous pas tendance à enjoliver un peu les choses pour la rendre plus attractive ? N’avons nous pas tendance à proposer à nos frères et à nos sœurs de combler leurs manques, de les protéger dans leur fragilité, de leur donner plus de contrôle dans leur faiblesse ? Je sais bien que Jésus étanche la soif et donne le repos, je sais bien que Dieu est une forteresse, je sais bien que Christ nous promet la victoire sur la souffrance et la mort. Mais la vérité de cette soif étanchée, la sécurité de ce roc, la certitude de cette victoire sur le mal ne se vivent que dans la rencontre personnelles avec le Christ vivant et nous ne sommes pas pourvoyeurs, garants de cette rencontre.
Sans doute plutôt que de promettre une faim assouvie, une protection dans les coups dur, un meilleur contrôle dans nos vie devrions nous revoir notre ambition à la baisse. Peut-être cette bonne nouvelle dont nous sommes porteurs peut-elle s’annoncer sans fausse promesse.
Ici, mon frère, ma sœur, tu ne trouveras pas la réponse à toutes tes questions, et peut-être même en susciterons-nous de nouvelles. Ici, tu ne trouveras pas le confort et la sécurité, et peut-être ébranlerons nous certaines de tes certitudes. Ici, nous ne te dirons pas comment tu dois mener ta vie et comment tu peux l’emporter sur ce qui t’oppresse. Ici, en revanche, tu trouveras des sœurs et des frères aussi faibles, fragiles et affamés que toi. Ici tu entendras qu’indépendamment de ce que tu fais, indépendamment de ce que tu as, quelqu’un t’aime et te reçois tel que tu es et que pour toi, pour que tu vives, il a tout donné. Et nous te parlerons de celui-là et nous prierons pour que tu le rencontres à ton tour.
Amen
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
Bonjour,
Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.
La Page No-12: L'OISELEUR
HITLER ET LE CHRIST ?
Cordialement
Clovis Simard
Une fois suffit, les prochains commentaires du genre seront supprimés et celui là, avec
Le séjour de Jésus dans le désert, communément dénommé "la tentation de Jésus", s'inscrit dans la tradition duelle des églises chrétiennes d'une confrontation entre le bien et le mal. Or, il me semble ( si l'on admet que Dieu est l'Absolu et est donc sans opposé) que l'enseignement principal voire exclusif de cet évènement est plutôt de démontrer, au travers de ce jeun total, la prééminence de l'esprit sur le corps, comme Jésus le fera à de multiples reprises lorsqu'il accomplira certains miracles : guérison des infirmes et malades, résurrection de Lazare mais aussi et de façon encore plus glorieuse sa propre résurrection. Il a voulu par ces faits concrets appuyer l'idée d'une nécessaire renaissance en esprit comme cela est rapporté dans l'évangile de St Jean : "A moins que vous ne naissiez en Esprit, vous n'entrerez pas dans le royaume de Dieu". Il nous faut donc retrouver notre véritable nature spirituelle pour que nous puissions accéder au Salut.