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Moi, Paul !

23 Mars 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Le problème de l’annonce de l’Évangile est toujours le même : je l’ai rencontré de manière aiguë en Galatie, puis ici, à Corinthe. Chacun sait ce qu’il attend d’un message religieux : un dépassement de la condition humaine, un modèle idéal auquel on puisse s’identifier pour trouver une dignité, une doctrine qui réponde aux énigmes de l’existence, console de la misère et rende supportable la maladie, la souffrance et la mort. On attend donc des porteurs de vérités religieuses qu’ils promettent des miracles et qu’ils accomplissent des prodiges. Chacun doit se mesurer à une rude concurrence sur le marché de la spiritualité, de la sagesse quotidienne et des idées. Or, j’ai acquis depuis longtemps la conviction et je sais que la vérité que j’ai été chargé d’annoncer est, à cet égard, un produit peu compétitif. Car je n’ai rien d’extraordinaire à apporter, pas de brillant système philosophique à admirer, pas de profonds mystères à sonder, pas de guérisons en chaîne. Et ma personne elle-même n’en impose pas. Malgré tout, en profondeur, l’Évangile est entré et la foi est née en Galatie. Une puissance créatrice qui donne la joie perce qu’elle suscite en chaque personne qui y met sa confiance une conscience nouvelle de sa valeur et son identité propre. Elle transmet une certitude qui transforme des gens en sujets et elle crée, à l’intérieur de la Cité, un réseau de communautés formant une société qui peut être plurielle et ouverte parce qu’elle est faite de personnes qui se reconnaissent comme responsables.
F. Vouga : Moi, Paul !

Comme s’il suivait les traces de Gerd Theissen avec son Ombre du galiléen, Vouga s’essaye au roman théologique. Bon pas tout à fait au roman, disons à l'ouvrage théologique romancé... En effet, Moi Paul ! n’est pas une biographie de l’apôtre Paul, mais le professeur de Nouveau Testament de la Kirchliche Hochschule Bethel écrit les confessions de l’apôtres. L’intérêt est double : tout d’abord un ouvrage de spécialiste est ainsi mis à la portée du grand public (je suis navré si cela peut paraître élitiste mais je suis parfois assez fatigué de voir  les lieux communs voire les stupidités que l’on peut trouver dans les best-sellers biblique) et surtout plutôt que des spéculations sur la vie de l’apôtres, Vouga nous convie à découvrir sa pensée. Il ne s’attache pas aux conceptions éthiques et sociologiques de Paul (conceptions qui ne font que rappeler à quel point Paul est un témoin de son temps) mais à la manière dont il comprend le message de Jésus Christ. Ce livre ne prétend pas nous apprendre si Paul était ou non un horrible macho esclavagiste et homophobe, l’enjeu est bien plus ambitieux, concentrer en un livre, écrit à la première personne, la théologie de Paul telle que la révèlent ses épîtres. Un projet ambitieux et un essai réussi à mon avis : à partir d’une clef de lecture « Tout est grâce », Vouga nous présente dans la façon dont Paul comprend la rupture de la croix, il nous montre ce qu’est la « création nouvelle » pour l’apôtre et comment celui-ci appréhende la sagesse et la folie, l’unité et la pluralité, la Loi et la grâce. Il nous éclaire sur les querelles de l’aube du christianisme et surtout nous fait entrer dans un message radical. Moi, Paul est un livre accessible, je crois mais ce n’est pas un livre facile. Entrer dans la théologie paulinienne, c’est aller à des lieues de l’image que l’on se fait généralement du christianisme et, écrit sur le mode des confessions, le livre ne fait pas dans la démonstration structurée mais plutôt dans l’affirmation forte, une affirmation dont il convient de peser chaque mots…
Ce parti pris d’inventer à l’apôtre des confessions est d’ailleurs à l’origine de ce qui est peut-être la principale faiblesse du livre : on aimerait savoir ce qui permet à Vouga d’interpréter ainsi tel ou tel propos, ce qui le conduit à telle ou telle hypothèse sur la vie de Paul ou sur les disputatio chrétiennes de l’époque. Bien sûr, il est toujours possible de se référer à ces ouvrages plus conventionnels Une théologie du Nouveau Testament ou Querelles fondatrices (celui là, je ne l’ai pas lu, mais je sens que je vais me le procurer bientôt), mais quelques notes de bas de page auraient été bienvenues…
Une autre faiblesse, le style parfois litanique, dont l’effet est encore renforcé par la mise en page, n’est pas toujours des plus heureux, je trouve…
Ceci dit, à celles et ceux qui s’interrogeraient sur mon admiration avouée pour l’apôtre des gentils, je recommande chaleureusement la lecture de ces confessions imaginaires de Paul

François VOUGA : Moi, Paul ! Editions Bayard

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