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Poisson.... d'avril ?

1 Avril 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 1er avril 2007

Culte des familles
Luc V, 1 à 11
Luc IX, 10 à 17
Matthieu  XVII, 24 à 27

Les rues de Rome sont à peu près désertes. Les commerçants et crieurs de rues ont rangés leurs étals avant qu’il ne fasse trop noir. Les derniers passants sont rentrés chez eux. Pas tous. Prenez par exemple cette silhouette. L’homme fait de son mieux pour passer inaperçu… Un criminel en quête d’un mauvais coup ? Non, l’homme est inquiet, c’est manifeste, mais il n’est pas à l’affût. Et surtout, malgré son allure furtive et sa démarche rapide, il a le comportement du voyageur dans une ville nouvelle. Il regarde, admire, se laisse surprendre. Chaque bâtiment, chaque noctambule croisé est pour lui, une nouveauté, un étonnement.
Enfin, il s’arrête devant une porte. Il observe les graffiti tout autour et d’un seul coup, il se détend : il a trouvé ce qu’il cherchait : le dessin d’un poisson.

Pierre sait très bien ce que signifie ce poisson. Dans cette maison, se réunissent des disciples de Jésus, le Christ. En effet, le poisson est le symbole, discret (il faut bien être discret en ces temps de persécution) du christianisme naissant. Jésus, le Christ, fils de Dieu, sauveur. En Grec : Iesos Xristos Theou Uios, Soter. IXTHUS : le poisson.
Un poisson qui, au-delà, de l’acrostiche rappelle aussi les eaux du baptême. Mais pour Pierre, le poisson évoque bien plus de choses encore.
Dans la société juive qui est la sienne, le poisson n’a pas très bonne réputation : bien sûr, on peut le manger. Mais en revanche, il n’est pas question d’en faire une offrande. Peut-être parce que le poisson rappelle trop Dagon, le terrible dieu des philistins. Plus probablement parce que le poisson est tiré de la mer, si inquiétante aux yeux des juifs : la mer reste en effet le lieu du chaos, du désordre et de la mort.
Et puis, dans sa vie d’avant, quand il s’appelait encore Simon, Pierre, était un pêcheur. Et il sait bien ce que le poisson qui arrive sur la table coûte de peine et de sueur. Il connaît le froid qui engourdit tout le corps durant les nuits passée sur le lac de Genesareth et la chaleur des journées sur le rivage a préparer le matériel. Il connaît l’épuisement de ces nuits sans sommeil au terme desquelles il faut encore tirer les filets. Il connaît les mains écorchées jusqu’au sang par la corde, l’eau et les écailles. Il connaît l’odeur du poisson qui vous colle au corps et aux vêtements. Oui, il connaît le prix réel du poisson.

Et puis il y a eu cette rencontre. Ce jour là, le poisson, ordinairement si dur à prendre s’est fait abondant, facile à prendre. Une pêche sans effort. Du poisson à profusion, comme un don. Et ce ne serait pas la dernière fois, Pierre se souvient de cette foule de 5000 personnes nourries avec seulement 5 pains et deux poissons (encore !). Il se souvient de ce poisson contenant de l’or. Miracles ? Prodiges ! Bien sûr mais avant tout, c’était des dons. En ce Jésus de Nazareth, ce que l’homme devait obtenir au prix d’un rude effort, lui est donné, d’un seul coup, sans que rien soit demandé… Voilà ce qu’avait ressenti Pierre, au delà du prodige, au delà de la puissance manifestée, au delà même de la nourriture donnée, une nouveauté complète, choquante même ! En effet, c’était un véritable renversement de situation : la justice de Dieu se révélant dans le cadeau plutôt que dans le salaire.
Et les surprises avaient continué. Jésus, en effet, accueillait ceux que la société rejetait. Pas seulement ceux dont elle se méfiait mais aussi ceux qu’elle rejetait complètement. Il faisait même plus que les accueillir, il allait vers eux, mangeant avec eux, leur réservant son enseignement. Là encore, c’était renversement, don, amour, et la justice prenait un sens nouveau.

Alors ce poisson rapidement peint sur une porte est pour Pierre bien plus qu’un signe de reconnaissance qu’un acrostiche, bien plus qu’un symbole d’eau : il est promesse et affirmation. Le poisson qu’on ne pouvait offrir à Dieu est devenu symbole. En Christ, plus de rejet, de méfiance ni de dédain mais seulement l’accueil. En Christ, la justice de Dieu n’est plus dans la rétribution mais dans le don, la grâce et l’amour.
Pierre sourit avant de frapper et d’entrer. Il est attendu. Ce soir, il leur parlera du commencement du plus grand renversement de l’Evangile, de l’entrée du maître dans Jérusalem. Humble et doux, monté sur un ânon

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Michel64 01/04/2007 23:56

Frère Pasteur, merci pour votre parole..et pour votre blog : c'est tellement plus vrai d'accueillir la Vie comme un don...et tellement plus motivant et tonifiant de la nourrir de partage et d'action de grâces !

Eric George 02/04/2007 20:17

Un grand meci à vous pour ces mots d'encouragement. D'autant que généralement, on m'objecte que la grâce et le don risquent d'être démotivant...