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Cas de conscience

3 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

cas de conscienceSi j’avais siégé pour ces trois affaires au Tribunal Contitucional de Madrid ou au Bundersverfassungsgericht de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) et non au Conseil constitutionnel français, chacune des décisions prises aurait été publiée au Journal Officielle, accompagnée, comme c’est partout la règle, d’annexes présentant publiquement les « opinions différentes », les opinions minoritaires avec les argumentaires, contre-propositions et solutions alternatives proposée – mais rejetée par la majorité au moment du vote. Appelées votos particolares en Espagne, Sondervotum en Allemagne, dissent à la Cours suprême des Etats-Unis et dans les autres cours anglophones, ou encore « opinions différentes », « divergentes », ou « dissidentes », les expressions publiques d’avis différents, sur des questions juridiques complexes, font partie du droit commun universel et pour commencer européen – comme c’est le cas à la Cours européenne des droits de l’homme.

La publication des opinions différentes en France –où elle n’est pas encore pratiquée, aura pourtant bientôt l’avantage de mettre en perspective l’évolution du droit et d’en éclairer les différents facteurs.

Pierre Joxe

 

Je suis devant un cas de conscience : puis-je vraiment aller à l'encontre de mon corporatisme protestant, de mes sympathies politiques et de ma gentillesse naturelle en disant du mal du livre de Pierre Joxe, juste parce qu'il ne correspond pas à ce que m'attendais à y trouver ?

En effet,  l'expression "cas de conscience" m'évoque une situation dans laquelle un choix doit être fait, une position doit être prise qu'on sait discutable ou critiquable. Devant un cas de conscience, j'agis au mieux, souvent au moins pire. Et je pensais que Cas de conscience allait me faire pénétrer dans les arcanes de la réflexion d'un protestant engagé dans la politique ainsi que dans l'Eglise.  Je pensais que la realpolitik allait rencontrer le realtheologik, que le témoignage de Pierre Joxe montrerait à quel point l’Evangile ne nous montre pas toujours le chemin à suivre mais nous interroge sur nos choix. Malheureusement, le livre de Pierre Joxe évoque surtout des "affaires de conscience", des situations où Joxe a agit selon sa conscience. J'exagère un peu : un conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est tout de même esquissé...

 

A cette déception s'ajoute un agacement : les 100 premières pages au moins du livre (je ne me prononce pas pour le reste, je ne sais pas si ça se calme ou si je m'y suis habitué) sont un chef d'oeuvre d'autosatisfaction. Je suis bien persuadé que Mr Joxe est un travailleur acharné, un modèle de droiture, épris de justice, agissant toujours au nom de ses convictions sans jamais céder au compromis, mais le lire le souligner à longueur de pages, c'est franchement insupportable. Certes on ne peut pas lui reprocher sa fausse modestie mais du coup Cas de conscience est plus de l'ordre du "droit dans mes bottes" que de "la tempête sous un crâne" (et j’avoue préférer les tempêtes sous un crâne)

 

En revanche, j’aime beaucoup l'espoir de voir arriver l'expression d'une opinion divergente. Un espoir animé par la conviction que loin de perdre les esprits simples, l'expression des opinions divergentes permet à chacun de mettre en perspective l’évolution du droit, de comprendre les différents enjeux, bref, de susciter notre conscience à faire des choix politiques.

 

Bien sûr les affaires évoquées par Pierre Joxe ne manquent pas d’intérêt mais pour tout dire, je ne lis habituellement pas les livres des personnalités politiques. L’éditeur * et la présentation de celui-ci (ainsi que la pub’ faite par certains de mes collègues) m’avait donné envie d’essayer. Eh bien, disons que c’est une tentative infructueuse…

 

P. Joxe : Cas de conscience. Labor et Fides

* : je devrais être plus prudent, c'est la deuxième fois en peu de temps que je ne trovue pas ce que je pensais trouver dans un livre de chez Labor et Fides

 

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a. Stinès 08/03/2010 23:18


J'ai rencontré Pierre Joxe il y a un an ou deux, à Poitiers, à une occasion qui m'échappe. Je me souviens qu'il était encore reconnaissant envers F. Mitterrand d'avoir changé le mode de scrutin en
1986, en initiant la proportionnelle. A l'époque, la proportionnelle avait permis au PS de limiter les dégâts lors d'une élection perdue d'avance. Elle avait aussi ouvert les portes de l'Assemblée
Nationale au FN, en toute connaissance de cause. Pierre Joxe, lui, avait retenu que Mitterrand avait sauvé son siège de député. Il lui en rendait encore grâce, vingt ans après. Le FN ? Un
épiphénomène, négligeable au regard de sa réélection. Je me souviens aussi des quelques lignes que Michel Rocard lui consacrait, dans "si la gauche savait". Mitterrand avait confié à Joxe la
mission de border Rocard, pour éviter qu'il ait les coudées franches au ministère du Plan, puis de l'Agriculture. J'ai la faiblesse de penser que la pensée de Michel Rocard a une éthique politique
bien supérieure à celle de Mitterrand et de Joxe. Je pourrais compléter longuement la liste. Les propos de Joxe à Poitiers me confortent dans l'idée que la gauche mitterrandienne - et après elle la
gauche fabiusienne - ne partage pas les valeurs qui sont les miennes. Malheureusement peut-être, ton analyse de cet ouvrage, Eric, me conforte dans  cette perception d'une gauche française,
jacobine, dogmatique, issue d'un appareil qui n'a d'autre objet que préparer l'élection suivante. Je me sens plus proche de la "deuxième gauche" et de ce qu'elle a engendré que de la pensée que
représente Pierre Joxe, quelle que soit sa religion.


Eric George 10/03/2010 07:27


Tiens, c'est vrai que le passage à laproportionnelle est brièvement évoqué dans le livre (je crois) mais pas du tout sur le plan du cas de conscience, pourtant ça aurait pu en faire un beau !