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Dans l'impasse

16 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

mjoncs.jpgPrédication du 14 mars 2010

Exode XIII, 17 à XIV, 31

Jean XI, 16

 

Deux murailles d'eau se dressent de part et d'autres et entre les deux, s'avance le peuple hébreux. L'image est bien connue, elle est évocatrice. C'est l'image de la création, de la naissance d'un peuple. C'est l'image de la délivrance, une image qui nous est transmise encore aujourd'hui par le baptême. Comme le chante le psalmiste : il fend la mer et ouvre un passage, une pâque

Mais puisque nous ne sommes pas encore en ce temps de Pâques, je vous propose de nous concentrer ce main, sur ce qui précède le passage, le temps de l'impasse. Rembobinons un peu le film des 10 commandements et arrêtons nous avant que la mer s'ouvre, ce temps de panique où le peuple hébreu est pris en sandwich entre les flots de la mer et les chars égyptiens. D'un côté, la mort. De l'autre côté, la mort.

Je voudrai ce matin que ce cul de sac nous évoque nos propres impasses, tous ces moments de notre vie, où nous ne voyons plus d'issues. Que ce soit dans des situations tragiques,  des moments pénibles ou simplement des temps de projets contrariés. Pensons à ces impasses et  surtout à nos réactions dans ces culs de sac de notre vie.

Je crois que nous pouvons nous reconnaître dans le peuple hébreu, dans Thomas, ou dans Moïse... Souvent dans les trois à la fois d'ailleurs.

 

Le peuple hébreu, c'est la panique. On est fichu, le monde s'écroule.  On se lamente sur les choix ou sur les circonstances qui nous ont amenée là. On aimerait remonter le temps. Nous étions si bien dans l'esclavage d'Egypte : nous aimions mieux vivre dans l'esclavage en Egypte que mourir dans le désert. C'était forcément mieux avant. Et puis si l'on trouve quelqu'un à blâmer, c'est encore mieux. "N'y avait-il pas des sépulcres en Égypte, sans qu'il fût besoin de nous mener mourir au désert?" reprochera le peuple à Moïse.

 

Bien sûr, il y a une autre attitude que les pleurs, les cris et la recherche d'un bouc émissaire, c'est la résignation courageuse que l'on retrouve chez Thomas lorsque Jésus décide de se rendre auprès de Lazare, à Béthanie, dangereusement proche de Jérusalem, ou l'attendent de puissants ennemis. "Allons aussi, afin de mourir avec lui". "Quand faut y aller, faut y aller. 

Enfin, il y a Moïse... Ah Moïse ! Figure de la foi ou d'un optimisme que certains qualifieraient de béat. Moïse, c'est celui qui, dans l'impasse s'écrie : ne vous inquiétez pas, tout va s'arranger. C'est l'attitude qui paraît la plus folle, la plus ridicule peut-être. Mais si l'on y pense, elle n'est finalement pas moins constructive que les deux autres. Quand la situation est désespérée, il n'est pas plus utile de se lamenter ou de se résigner courageusement que d'espérer en un dénouement miraculeux de la situation.

Finalement : le "arrêtez vous et regardez le spectacle" de Moïse n'est pas plus bête ni plus vain que le "Oh comme c'était mieux avant" des hébreux ou le " allons et mourons" de Thomas.

 

Donc dans nos impasses, soyons aussi confiants que Moïse. Ce pourrait être ma conclusion.

 

Sauf que n'ai pas atteint les trois pages réglementaires.

 

Et surtout, sauf que Dieu donne tort à Moïse.

En effet, nous connaissons tellement bien l'histoire que l'attitude de Moïse nous semble couler de source. Pourquoi s'en faire puisque Dieu va ouvrir la mer et engloutir les égyptiens. Et nous ne repérons même pas que l'ordre de Dieu contredit radicalement celui de Moïse. "Restez en place" ordonne Moïse, "que le peuple se mette en marche" ordonne Dieu.

 

"Que le peuple se mette en marche" Ca résonne un peu comme "aide-toi,  et le ciel t'aidera", non ? On pourrait entendre : "Voilà, Dieu ouvre la mer, mais c'est à toi de la traverser". Finalement, Pâque, c'est la coopération entre Dieu qui ouvre et le peuple qui traverse.

Sauf que le texte est clair, le but de la traversée de la mer des roseaux, c'est de faire éclater la gloire de Dieu. La libération est l’affaire de Dieu seul.

C'est un peu paradoxal : pour faire éclater sa gloire, pour libérer son peuple, Dieu pouvait réduire l'Egypte à néant par la seule force de sa main, mais voilà qu'il choisit un moyen qui réclame une participation du peuple.

Eh bien, je crois que c’est là la gloire de Dieu, il choisit de nous faire participer à notre libération. Je ne crois pas qu’il faille parler de collaboration ou de coopération mais simplement de participation.

Il ne s’agit pas de nous dire « si tu veux sortir d’Egypte, il faut le mériter et te mettre au travail », mais plutôt, « vois, c’est bien toi qui sors, c’est bien toi qui est en marche ».

La gloire de Dieu, c’est de ne pas nous déposséder de nous même, de ne pas être un marionnettiste qui nous place et nous déplace là où ça lui chante. Il pourrait nous montrer ainsi que nous lui appartenons, qu’il est le souverain. Mais il choisit d’être un Père aimant, de nous faire participer. Ainsi, il nous donne la véritable liberté.

 

En effet, nous ne pouvons pas vraiment nous considérer comme libres lorsque il nous suffit de nous asseoir et d’attendre que cela passe. Mais sommes-nous vraiment plus libres lorsque toute notre vie dépend du moindre de nos choix, lorsque tout repose sur nos épaules ? Sommes-nous véritablement libres quand il y a tant d’angoisse ?

Et voilà que Dieu nous ouvre une voie nouvelle : celle qui consiste à agir comme si tout dépendait de nous et tout espérer de Dieu notre Père qui nous aime et nous donne ce dont nous avons besoin.

 

Frères et sœurs, bénissons Dieu notre libérateur qui ouvre une voie dans nos impasses et nous libère de nos servitudes.

Bénissons Dieu notre Père qui nous associe à ses projets et nous donne de nous mettre en marche.

Sans crainte, sans angoisse, sans résignation, mettons nous en marche dans l’espérance.

 

Amen

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marie 13/04/2010 21:04



Participer à notre libération ? Peut être une formulation commune : on n'est sauvé, libéré que par Dieu mais Il nous fait la grâce de pouvoir "participer" à notre salut, à notre libération  
;-)))