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Des serpents, du sang et des grenouilles

3 Janvier 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

serpentPrédication du dimanche 3 janvier 2010

Exode VII, 8 à VIII, 15

Matthieu II, 1 à 23

 

Le calendrier me conduit donc à reprendre ma lectio continua de l’Exode et à aborder les plaies d’Egypte le jour de l’Epiphanie. Après tout, ce n’est pas complètement absurde puisque les plaies d’Egypte sont, en quelque sorte une épiphanie. En effet, l’enjeu en est moins de convaincre Pharaon dont Dieu dit dès le début qu’il ne se laissera pas convaincre que de manifester la puissance de Dieu.

 

Le récit des plaies d’Egypte tel qu’il nous est parvenu est sans aucun doute une compilation de traditions diverses dont aucune ne fait mention des dix plaies (dans le passage entendu ce matin, on peut voir des traces de cette diversité des sources dans le bâton qui est tantôt un serpent, tantôt un dragon ou dans la surenchère des eaux changées en sang : au départ ce ne sont que les eaux du Nil puis voilà que ce sont toutes les eaux d’Egypte). Je crois donc qu'il serait plus intelligent de faire un peu d'archéologie du texte au lieu de faire de nombreuses hypothèses géologico-scientifico-historiques pour expliquer ces plaies.

Même si le Nil peut prendre une apparence rougeâtre à certaine période de l’année, même si les invasions de grenouilles ou de sauterelles sont des phénomènes connus (encore que dans le cas des sauterelles, le phénomène soit plus rare en Egypte qu’au Moyen Orient), je ne crois pas non plus qu’il faille voir dans les plaies d’Egypte un inventaire des catastrophes naturelles : trop seraient absentes (tremblement de terre, inondation, incendie).

La vérité du récit des 10 plaies d’Egypte n’est certainement pas dans les faits : pour faire sortir son peuple, Dieu aurait frappé tout un peuple à cause de l’obstination de son roi. Mais faut-il pour autant reléguer le récit des 10 plaies aux histoires spectaculaires et barbares de la Bible ? A un épisode tout juste bon à faire bien dans le péplum de Cecil B. De Mile ? Ou bien laisser exégètes et égyptologues disputer sur l’origine de ce texte ? Après tout, sans doute comprend-on d’autant mieux les plaies d’Egypte que l’on connaît la culture égyptienne et hébraïque. Par exemple l’invasion des grenouilles se lie beaucoup plus facilement au bâton changé en serpent quand on sait que le serpent et la grenouille sont, dans les mythes Egyptiens, des animaux liés au chaos originel, en quelque sorte des animaux d’avant la création. Les plaies d’Egypte commencent donc par une sorte de dé-création (le Nil est d’ailleurs le Fleuve fondateur de l’Egypte, le défaire ou le changer en sang, c’est défaire l’Egypte).

Mais alors, le récit des 10 plaies d’Egypte ne serait-il que cela : une légende spectaculaire et pleine d’intérêt pour l’étude de cultures anciennes ? Ne pouvons-nous pas en tirer un message pour aujourd’hui ?

 

L’actualité la plus évidente de ce texte réside bien sûr dans l’attitude de Pharaon qui rentre chez lui, sans rien prendre au sérieux alors que son peuple est contraint de creuser la terre pour boire. Bien sûr cette attitude du puissant face à une catastrophe écologique n’est pas sans évoquer le récent échec de Copenhague… Mais il est toujours facile de dénoncer le Pharaon chez les autres et peut-être devrions-nous nous regarder nous même. Après tout, nous sentons-nous vraiment concernés par les catastrophes avant qu’elles ne nous atteignent ? Cette obstination du Pharaon qui nous paraît tellement insensée, n’est-elle pas un peu la nôtre ?

Peut-être est-ce une première clé pour entrer dans le récit des plaies d’Egypte : nous reconnaître dans la folie de Pharaon, dans cet entêtement orgueilleux qui mène à la perte. Oui, je crois qu’il est parfois utile de se reconnaître dans le méchant de l’histoire : cela peut nous conduire à revoir notre position.

 

Mais si ce texte nous parle, c’est aussi en nous dérangeant. En effet, je ne suis pas très à l’aise avec ce Dieu qui frappe tout un peuple en sachant que le pharaon ne changera pas d’avis. Les plaies d’Egypte me semblent un bras de fer complètement vain et quelque peu ridicule. Et je ne crois pas être sacrilège ou blasphémateur en disant cela puisque si l’on y regarde bien, c’est exactement ce que dit le texte.

         Tout d’abord, seule la 10ème plaie convaincra Pharaon de laisser le peuple quitter l’Egypte et encore, se ravisera-t-il très vite… Si bien que le peuple hébreu doit sa délivrance à l’ouverture de la Mer Rouge bien plus qu’aux dix plaies. Autant dire que dans cette histoire, les prodiges accomplis par Dieu ont un taux d’efficacité de moins de 10 pour cent.

         Et si l’on s’en tient aux trois prodiges qui nous intéressent ce matin (le bâton changé en serpent et les deux premières plaies du Nil en sang et des grenouilles)  alors on est stupéfait de découvrir la raison pour laquelle Pharaon n’est pas convaincu : ses magiciens peuvent en faire autant. Oui, Dieu est le plus fort, son serpent mange ceux des magiciens mais ce n’est que par sa force qu’il se distingue des mages de Pharaon. Le dieu du bâton changé en serpent, de l’eau changée en sang et de l’invasion des grenouilles n’a rien du Dieu tout autre. Il ne fait que se livrer à un duel de magiciens  comme celui qui oppose Merlin à Mme Mimm dans Merlin l’enchanteur ou Gandalf à Saroumane dans le Seigneur des Anneaux. Et puis, au bout du compte, le dieu qui s’oppose ainsi à Pharaon ressemble plus à Hérode qu’au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, au Dieu de Jésus Christ

         Aujourd’hui le récit des 10 plaies d’Egypte nous place devant le dieu que nous nous inventons trop souvent. Le dieu à qui nous demandons monts et merveilles pour convaincre les incroyants, pour nous convaincre et disperser nos ennemis. Et ainsi, ce récit nous montre que loin de glorifier Dieu en lui demandant merveilles et prodiges, nous le rabaissons. Nous le mettons sur le même plan que les faux dieux dont les anciens parsemaient le ciel, sur le même plan que les éléments naturels, sur le même plan que notre technologie. Nous en faisons un dieu aisément compréhensible, appréhendable, utilitaire. Mais un dieu qui ne convaincra personne. En effet, à travers le Premier et le Nouveau Testament, la Bible nous le répète sans cesse : les prodiges ne convainquent que ceux qui sont déjà convaincus.

        

La véritable épiphanie n’est pas dans le bâton changé en dragon, ni dans le Nil changé en sang. Ce n’est pas dans les cataclysmes et les catastrophes que notre Dieu se fait connaître du monde entier, qu’il transforme les cœurs, c’est dans son alliance, dans sa délivrance, dans l’enfant sur la paille, dans l’homme de la croix, dans l’indicible de la résurrection. 

         Et cela devrait influencer nos témoignages. Notre foi ne se partage pas par la force des armes non plus, ni par notre force de persuasion, à coup d’arguments irréfutables. Tout cela, les mages du Pharaon peuvent en faire autant. C’est par la surprise, la gratuité et la liberté de notre amour que nous témoignerons de l’amour de notre Dieu.

 

         Frères et sœurs, qu’aujourd’hui soit un jour d’épiphanie pour chacun d’entre nous. Un jour où, par le plus simple de nos gestes, nous serons pour nos frères et nos sœurs les témoins d’un amour que rien ne peut égaler.

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Pascale 06/01/2010 20:48


Oui, Thierry fait partie du CP, nous y sommes collègues ! A bientôt.


Pascale 03/01/2010 16:12


Amen... Merci pour ce blog que je lis depuis quelques semaines sans rien dire. Je fais partie de la paroisse de Rennes où j'ai reçu le baptême il y a quelques années. Depuis, c'est une question
d'engagement et vous lire permet d'étayer une réflexion en train de se faire sur cet engagement, justement. Alors merci, et bonne année à vous.


Eric George 06/01/2010 12:36


Merci beaucoup Pascale, pour ce commentaire. Bienvenue ici et j'espère pouvoir que vous nous ferez partager vos réflexion. Puisque vous êtes sur Rennes, peut-être connaissez-vous la famille
Soubeyran, des amis et anciens paroissiens.