Miettes de théologie

Dieu nous donne une ville

11 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 9 mai 2010 (France Culture)

Apocalypse XXI ; 9 à 27

Luc XVII ; 20-21

 

         Difficile aujourd'hui d'entendre cette description de la Jérusalem céleste. D'abord parce qu'avec son cortège de visions ésotériques, son avalanche de symboles que nous avons du mal à comprendre et auxquels nous voulons donner trop de sens, l'Apocalypse est un livre qui nous fait un peu peur.

         Et puis surtout, en ce temps où l'écologie est une préoccupation primordiale, une vertu cardinale même ; en ce temps où l'idéal serait un retour à la terre, est-il vraiment possible de dépeindre le Royaume de Dieu comme une ville ? Et pas n'importe quelle ville ! En effet, telle qu'elle est décrite, la Nouvelle Jérusalem ressemble beaucoup au cauchemar d'un écrivain de Science Fiction : une ville entièrement faite de pierre et de métal, avec, pour tout espace vert, un seul arbre, sans doute transgénique, puisqu'il donne du fruit toute l'année…

         Quel tollé, quel flot de courriers incendiaires pour France culture si j'osais affirmer que le projet de Dieu pour l'humanité, c'est une ville cubique, fortifiée, tracée à l'équerre et entièrement minérale... Et pourtant...

         Plaisanterie mise à part, on voit bien à quel point cette image est éloignée de nos représentations, de nos imaginaires. Et cela tombe bien, car le but n'est pas de nous brosser un tableau de ce que sera la fin des temps, le livre de l'Apocalypse n'est pas un ensemble de prédictions qu'il conviendrait de cocher au fur et à mesure qu'elles se produisent jusqu'à l'avènement du ciel nouveau et de la terre nouvelle. Il n’est pas question pour moi ce matin, de chercher ce que pourrait bien symboliser chaque pierre précieuse évoquée. L'Apocalypse nous révèle Dieu et ce qu'il fait. Et dans le texte que nous avons entendu ce matin, Dieu répond  notre attente mais il y répond à sa manière et ainsi, il nous transforme.

 

Dieu répond à notre attente, c’est la première et peut-être la plus surprenante affirmation de ce passage.  Au terme de l'histoire, Dieu nous donne une ville. Or, la ville, dans la perspective biblique, est une invention strictement humaine : d’après le livre de la Genèse, c'est Caïn en fuite qui fonde la première ville et lui donne le nom de son fils. La ville est donc bien le produit d’une humanité qui s’est éloignée de Dieu.

Simplifions à l'extrême l'histoire biblique. Pour vous, auditeurs de France Culture, toute la Bible en moins de 30 secondes : Dieu place l'humain dans un jardin. L'humain refuse de vivre dans ce jardin et s'exile. Dans cet exil, il se bâtit des villes dans lesquelles il ne parviendra jamais à rétablir une bonne relation à Dieu. Pour en finir avec cet exil, cette séparation, Dieu donne une ville à l'humanité.

Ainsi, ce que nous révèle l'Apocalypse, c'est que la réconciliation n'est pas un retour à zéro. Dieu ne gomme pas notre histoire, il tient compte de nos désirs : à son jardin, nous avons préféré une ville ? Eh bien, c'est une ville qu'il nous donnera.

La victoire de Dieu telle que la raconte l’Apocalypse n’est donc pas la victoire d’un tyran qui impose avec force son point de vue parce qu’il a décidé, une fois pour toute, qu’on mangerait et vivrait dans le jardin, mais la victoire d’un Dieu qui entend notre désir.

 

Toutefois, si Dieu répond à notre soif de ville, cela ne signifie pas qu'il nous passe tous nos caprices. Certes, c'est une ville qui nous est donnée. Mais cette ville n'est pas une construction humaine, on y trouve partout la marque de Dieu : dans les mesures des murailles, dans le nombre de portes. Ce n’est pas par hasard ni par harmonie architecturale que les nombre 3 et 12 sont constamment répétés…

 Si Dieu nous donne une ville, ce n'est pas parce qu'il compte sur notre talent de bâtisseurs pour collaborer avec lui. En fait, il n'a pas d'autre raison de répondre à notre rêve urbain, que son amour pour nous. Dieu veut nous faire plaisir, pas pour nous plaire mais parce qu'Il nous aime.

D'ailleurs, dans cette ville, il n'est plus question de construire le Temple, cette demeure de Dieu faite de mains d'homme, l’endroit où l’homme invite son Dieu à résider. En effet, ce n'est plus Dieu qui habitera avec son peuple, c'est le peuple qui habitera avec son Dieu.

Et surtout, cette ville sera la nouvelle Jérusalem. Mesurons-nous assez la portée de ce nom ? A cette époque, la ville victorieuse, la ville qui rayonne sur le monde entier, la ville qui représente toutes les villes, c'est Rome. On pourrait comparer avec New York aujourd’hui mais je crois que la comparaison resterait trop faible. C'est vers Rome que convergent tous les rêves de la société de cette époque, y compris ceux des premiers chrétiens. Rappelons nous que  les actes des Apôtres partent de Jérusalem pour arriver à Rome et s’achèvent une fois arrivés à Rome parce que le but est atteint, que de là, la Bonne Nouvelle va pouvoir  se répandre à travers le monde.

Et puis, lorsqu’est écrite l’Apocalypse, Jérusalem n'est plus rien qu'une ville rasée, détruite. Et pourtant, n'en déplaise à Saint Augustin, la cité de Dieu qui nous est donnée n'est pas la Rome Céleste, mais bien la Jérusalem céleste. Ainsi, si l'accomplissement du Royaume de Dieu n'est pas un retour aux sources, ce n'est pas non plus l'aboutissement de tous les rêves de puissance des hommes, la ville que Dieu nous donne n’est pas celle dont nous rêvons.

C'est pour cela qu'il est vain d'essayer de se représenter le Règne de Dieu pleinement manifesté, de nous demander comment ce sera ? à quoi cela ressemblera-t-il ? Quand nous essayons de répondre à ces questions,  nous y projetons toujours notre volonté de puissance alors que le livre de l'Apocalypse nous affirme la victoire de l'Agneau immolé, de la ville rasée.

 

Et c'est une victoire totale. Plus rien n'est nécessaire que la présence de Dieu, pas même le soleil et la lune. Mais dans ce passage, ce qui caractérise pleinement cette victoire, c'est la réconciliation et l'absence de peur.

Le livre de l'Apocalypse est profondément marquée par la rupture entre juifs et chrétiens, l’hostilité contre les juifs y est douloureusement présente mais quand il s'agit de décrire la ville donnée par Dieu, ses murailles sont marquées de 24 noms : ceux des 12 tribus d'Israël et ceux des 12 apôtres. Ainsi il n'est pas question de la victoire des uns sur les autres, ni du remplacement des uns par les autres mais bien de la réconciliation des uns et des autres.

Et  ces murailles porteuses de réconciliation sont percées de portes donnant sur tous les horizons, des portes sont toujours ouvertes pour accueillir un flux constant. Ville ouverte, la Jérusalem nouvelle nous apparaît libérée de cette peur qui nous pousse à barricader nos maisons, nos villes et nos frontières.

Je sais bien que cela nous parait très utopiste : cette peur, ces divisions nous paraissent insurmontables et du coup, la Jérusalem céleste nous paraît n’être qu’une utopie de plus, une ville que nous n’arriverons jamais à réaliser…

Mais rappelons nous que la Jérusalem céleste n'est pas bâtie de mains d'homme, elle descend du ciel, elle nous est donnée. Nous ne devons pas la bâtir, nous somme appelés à y vivre. Oui, dans le brouhaha de nos villes, dans le flots des foules anonymes, Dieu nous ouvre, par la foi, un espace où nous pouvons vivre, dès maintenant, libérés de tout ce qui ne vient pas de lui, libérés de nos peurs, de nos haines, de nos rancoeurs, parce que plus rien ne compte que la présence de notre Dieu. La nouvelle Jérusalem n’est pas seulement un mirage auquel nous aspirons, avec l’aide de Dieu nous pouvons vivre sa présence au cœur même de notre monde.

 

Mon frère, ma soeur, dès aujourd'hui tu peux vivre en citoyen de cette ville nouvelle, cette ville que Dieu nous a donné. En effet, Jésus Christ nous l'a enseigné : le règne de Dieu est au milieu de vous. Oui, elle vient la Jérusalem nouvelle mais c’est dès maintenant que nous pouvons la vivre.

 

Amen

 

Pour l'écouter, c'est

 

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le skinhead d'Evreux 11/05/2010



Ma seule approche de la théologie ayant été à travers l'étude historique de manuscrits du moyen age, c'est bien la première fois que je suis confronté à la théologe contemporaine et
"ordinaire". Ce qui était une matière centrale des universités européennes est maintenant passé sur les blogs... N'étant pas un fan du Dieux Cadavre, mais respectant ceux dont la foi est
pure et authentique, je met votre blog dans mes favoris et viendrais y jeter un commentaire de temps en temps. Qui sait, peut etre finirais je convertit? ahahaha. 



Socrate 11/05/2010



Bien, bien, je verrais celà. Je suis très pris, mais aujourd'hui il est de plus en plus rare de trouver des débats d'idées "valables" face à des gens un minimum intellectuels. D'autant plus que
le facteur religieux est absent de tout débat public. N'étant pas monothéiste, je crois toutefois que la religion est un besoin fondamental chez l'homme, un vide qu'on ne peut combler par une
vision "abstraite et humaniste" de la vie.


La religion reste l'une des grandes énigmes de la sociologie, et la plus interessante



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