Miettes de théologie

Dure du dehors, douce au-dedans

16 Octobre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Ezechiel-III-003.jpgPrédication du dimanche 16 octobre 2011

Culte inter-génération

Ezechiel II, 8 à III, 4

 

Vous savez, quand je vais chez quelqu’un, il y a quelque chose qui m’attire comme un aimant. On est tous un peu comme ça, chez certain, c’est le jardin, ou la décoration intérieure, d’autres ce sera la table, l’apéritif ou le goûter, d’autres encore fonceront sur la console de jeu ou le premier gadget hi-tech qu’ils verront. Moi, c’est la bibliothèque. A tel point que Laurence est des fois obligée de me taper sur les doigts. En fait, si mes parents ne m’avaient pas élevé un minimum, je crois que j’en serais encore à attraper un livre pour aller le lire dans un coin.

Or, une fois que j’étais en visite et que je profitais de ce que la maîtresse de maison était allé chercher du café pour examiner la bibliothèque, j’ai entendu un bruit. La maison était trop bien tenue pour que ce soit une souris. Peut-être une araignée, mais vu le bruit, elle devait être énorme. En me penchant un peu, pour voir, j’ai mieux entendu le bruit, c’était des sanglots. Quelqu’un pleurait là, dans la bibliothèque. Je me suis approché encore et là, j’ai vu ce qui pleurait.

C’était une vieille bible. Très jolie, reliure cuir et dorée sur tranche, une de ces bibles qu’on offre aux mariages ou au communion. Et c’est elle qui pleurait. Alors, je lui ai demandé

 

« Mais pourquoi pleures-tu ? Tu es en excellent état. Pas une déchirure, pas un coin corné, tu es comme neuve »

« Justement, c’est pour cela que je pleure, ça fait cinquante ans que je suis ici, et je n’ai jamais servi . L’annuaire, lui il sert tous les jours, le dictionnaire, au moins une fois par semaine, le gros livre de recettes, une fois par mois. Les romans ont tous été lu une fois par mois et même les recueils de poésie sortent de temps en temps. Moi, jamais. »

Là, je lui ai fait remarquer « Tu ne fais pas beaucoup d’efforts, non plus. Regarde toi, tu es écrite tout petit, très serré, ça ne donne pas beaucoup envie de te lire…

« C’est vrai  mais c’est parce que j’ai tant de chose à dire. C’est pour ça que je suis écrite serré et petit, quand je ne veux pas prendre trop de place.

Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre : Parlons en de ce que tu as à dire : des récits de guerre, des malédictions, des textes de lois, de la morale, et de la morale inapplicable en plus. Si c’est pour nous dire qu’il faut aimer nos ennemis et pardonner à ceux qui nous font du mal, on n’a pas envie, on n’y arrive pas, de toute façon. Tu te plains qu’on ne te lit pas mais tu n’as pas l’utilité d’un dictionnaire, et tu n’offres pas l’évasion d’un roman, alors…

Et la petite Bible a repris :  « C’est vrai que de loin, je peux paraître dure. C’est vrai que tant que mon message vous est extérieur, il vous paraît insupportable. Mais c’est parce que je ne vous offre pas une évasion factice mais une libération. Je n’ai pas l’utilité neutre d’un dictionnaire parce que je vous parle de vous, de vous tels que vous êtes. Et c’est bien pour ça que mon message vous paraît si douloureux.

Mais si seulement, vous le laissiez entrer en vous, si seulement vous le laissiez devenir vôtre ce message, vous savoureriez sa douceur. Non seulement il vous nourrirait mais vous vous apercevriez qu’il est agréable. Oui, il est agréable de pardonner. Oui, il est délicieux d’aimer même son ennemi. Oui, il est doux comme le miel de se reconnaître aimé alors même qu’on ne mérite pas cet amour. Alors, absorbez ce message au lieu de le repousser , laissez le couler en vous, laisser le vous remplir les entrailles, laissez le vous nourrir…

 

Et pour terminer, je dois bien dire qu’elle s’est adressée directement à moi, à nous : « Et vous, les chrétiens,  vous qui vous remplissez de ce message, pourquoi ne le partagez vous pas plus ? Pourquoi ne montrez vous à quel point cette nourriture est succulente. Auriez vous peur d’avoir une moins grosse part du gâteau ? Croyez vous que la Parole pourrait venir à manquer si vous la partagiez ? Puisque vous avez bien mangé, allez donc vous dépenser ! Allez donc partager cette saveur avec ceux qui vous entourent ! Dans vos mots, par vos gestes, par votre vie, montrez donc que vous êtes nourris, rassasiés, fortifiés ! Par votre joie, par votre espérance, par votre amour, montrez donc que cette nourriture est délicieuse !

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