Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

En route, et souviens-toi

28 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 février 2010

I Corinthiens XI, 23 à 26

Exode XII, 36 à XIII, 16

 

Cette fois, ça y est, l’Egypte est vaincue, Pharaon laisse partir les hébreux,et c’est un peuple tout entier qui se met en marche. Vers où ? Vers un pays ou coule le lait et le miel.

Mais à l’heure du départ, ce pays, cette terre promise n’est qu’à peine évoquée au détour d’un verset. Normal, pour le moment ce qui compte c’est le départ, la mise en route… C’est vrai que cette mise en route occupe plus de place que l’arrivée : trois fois plus, trois versets. Un grand peuple est parti à la hâte avec tous ses troupeaux.

Bref, dans ce texte de la sortie d’Egypte, le départ et l’arrivée occupent à peine 10%. Si je compte en plus le verset consacré au temps passé en Egypte, à l’endroit que l’on quitte, nous voyons bien que 85% de récit du départ d’Egypte sont consacrés à la manière dont il faudra faire mémoire de ce départ une fois qu’on sera arrivé.

Et je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas le contexte que ce temps de mémoire a déjà été largement développé dans les deux chapitres précédents.

Parce que c’est un texte de mise en route, il nous protège contre la tentation du conservatisme. Parce que c’est un texte de mémoire, il nous protège contre la tentation de la course à la nouveauté.

 

Le modernisme et le conservatisme sont des tentations humaines, que l’on trouve à bien des niveaux. J’en vois l’expression la plus profonde et la plus absurde sur une étiquette : « Nouveau ! Recette à l’ancienne. » La soif de vivre comme autrefois conjointe à la soif de faire du neuf.

Bien sûr, ces tentations traversent aussi notre manière de vivre l’Eglise. Et je ne ferai pas de hiérarchie entre les deux : elles sont pareillement dangereuses.

Commençons par parler du conservatisme. Après tout c’est celle que l’on attribue le plus souvent aux religions et aux Eglises. L’Eglise n’est-elle pas ce lieu où l’on lit de vieux textes, ou l’on reproduit d’anciens rituels. Combien de nos contemporains voient les religions comme les survivances anachroniques d’une antiquité révolue… Et nous leur donnons parfois raison. On peut difficilement nier qu’il y a une tendance assez forte dans les Eglises à regretter le bon vieux temps, quand il y avait plus de jeunes (des experts pensent d’ailleurs que le premier concile de Jérusalem, après avoir traité la question de la circoncision des chrétiens d’origine païenne, s’est interrogé sur l’absence de jeunes dans les églises), que les pasteurs étaient de vrais pasteurs et qu’il y avait plus de monde au culte. Cela nous fait sourire car nous savons, heureusement rire de nos propres travers, mais je me demande à quel point ce regret du temps passé n’est pas derrière beaucoup de refus de la modernité, plus que de vrais arguments théologiques ou philosophiques.

Bien sûr, cette tentation n’est pas propre à l’Eglise. On retrouve ce mythe de l’âge d’or partout. Il est toujours joli le temps passé, ironisait Brassens. A la fin de sa vie, il écrivait : « le passéiste ».

         Eh bien face à cette tentation de nous enfermer là où nous sommes, de refuser que les choses changent, la Bible nous invite au départ. Elle nous ouvre un horizon, une promesse. Elle nous dit que tout commence quand nous nous mettons en route. Et que tout meurt, tout s’arrête lorsque la femme de Loth se retourne, lorsque le peuple hébreu regrette le bon vieux temps où on était en Egypte… Le changement nous fait peur, c’est ce qui nous rend profondément, viscéralement conservateur. Il est plus facile d’enjoliver hier que d’imaginer demain, on risque moins d’être déçu… Mais voilà, notre Dieu nous invite au départ…

 

         Alors, allons de l’avant, mettons-nous en route, du passé faisons table rase, changeons tout. Et voila que se profile l’autre tentation, tout aussi forte, tout aussi dangereuse, celle du modernisme à tout crin, de la course à la nouveauté. Il faut faire du neuf, il faut faire de l’inédit. Si c’est du jamais vu, c’est forcément bien. On trouve ce culte de la nouveauté à tout crin dans nos Eglises également. Tout ce qui compte c’est que ce soit original. Le problème c’est que nous y perdons notre esprit critique puisque toute critique vient forcément d’un esprit rétrograde qui refuse le changement. Nous passons de « On a toujours fait comme ça, donc c’est forcément bien » à « on a jamais fait ça, donc c’est forcément bien ». Est-ce vraiment un progrès ?

Et pire encore, nous sommes tellement à la recherche d’inédit que nous oublions de regarder ce qui a déjà été fait, de vois si de vieilles recettes ne seraient pas transposable aujourd’hui (sans que nous nous sentions obligés de les étiqueter comme « nouvelles »).

A force de toujours chercher la nouveauté, ne risquons-nous pas de perdre ce qui nous relie à cette Parole qui nous est transmise d’âge en âge, de génération en génération ?

 

Notre but est-il de répéter sans cesse une litanie ronronnante et tellement connue qu’elle nous berce comme un vieux refrain ? Notre but est il de trouver des formules qui passent aujourd’hui, le choc des mots ? Ou bien notre but est-il d’être témoins aujourd’hui d’une Parole qui retentit depuis l’aube des temps.

         En ce jour d’assemblée générale, au moment où nous allons évoquer l’année passée, faire des projets pour l’avenir, nous devrions réentendre ce commandement qui nous permet de relier le passé et l’avenir sans être captif d’aucun des deux. « Souviens toi »

 

« Souviens toi » parce que finalement ces deux tentations sont celles de l’amnésie. Le conservatisme s’invente un passé, ce qui revient à oublier celui qui a vraiment été. Souviens toi mais souviens toi de quoi ?

 Souviens toi que c’est ton Dieu qui a main forte t’a fait sortir du pays d’Egypte où tu étais esclave. Souviens toi de la mort et de la résurrection du Christ pour toi. Souviens toi que ton Dieu est ton Père, ton Sauveur et ton libérateur.

         Oui souvenons-nous de cela à lorsque nous élaborerons des projets, lorsque nous évoquerons des souvenirs, lorsque nous discuterons à propos du chauffage, des finances et de nos projets. Souvenons-nous de cela lorsque nous construisons notre vie d’Eglise, souvenons-nous que notre Eglise ne jaillit pas de nos projets, de nos réalisation mais de ce que Dieu fait pour nous. Souvenons nous que notre Eglise n’est pas une charge pour nous mais un cadeau qui nous est offert. C’est Dieu qui fait rassemble ce peuple divers de toute nationalité, de toute catégorie sociale, de tout âge que nous sommes.

Et puis, ne sombrons pas dans l’amnésie dès que nous passerons les portes de ce temple. Mais à chaque moment de notre vie, au milieu de nos joies et de nos peines, dans nos temps de paix et dans nos temps d’affrontement, dans nos colères et dans nos amertumes, souvenons nous de notre Dieu qui nous libère, qui nous garde, qui donne un sens à notre vie.

 

Mon frère, ma sœur, mets toi en route et souviens toi.

 

Amen

Partager cet article

Commenter cet article