Miettes de théologie

Entre vous et Dieu

20 Septembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

sevigne.jpgJe vous aime et vous embrasse, et voudrais bien que mon cœur fut pour Dieu comme il est pour vous.
C'est ainsi que Madame de Sévigné salue sa fille, Madame de Grignan (lettre 50). Et cette formule me va droit au coeur. En effet, la famille et les amis tiennent une place immense dans ma vie, et se confondent souvent, je suis quelqu'un du clan, et d'un clan en expansion, plus que de la cellule), et ils sont nombreux ceux à qui j'aimerais dire : "je voudrais que mon cœur fut pour Dieu comme il est pour vous ".
Mais au-delà de la beauté de la phrase, ce qui me touche, c'est sa pertinence théologique. Madame de Sévigné prend très au sérieux l'avertissement de Jésus quant à la famille : Celui qui me préfère père ou mère n’est pas digne de moi, celui qui me préfère fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt X, 37)
Bien sûr que nos familles, nos clans, nos cercles quels qu'ils soient occupent souvent dans nos coeurs, dans nos pensées une place plus importante que celle que nous accordons à Dieu.
Mais si elle n'édulcore pas du tout cette réalité, sans émousser l'affirmation de Jésus, si elle ne cherche pas des justifications du type "mais quand j'aime les miens, c'est la volonté de Dieu que j'accomplis" (alors que la volonté de Dieu s'accomplit précisément quand j'aime au-delà de ceux que je reconnais pour mien), Madame de Sévigné ne tombe pas non plus dans la culpabilisation, ni dans le rejet des siens, sa phrase est bien une déclaration d'amour, d'un amour dont elle ne s'excuse pas, un amour qu'elle ne veut pas voir diminuer. Mais à cette déclaration se mêle un aveu : cet amour, cette importance, ce poids, je ne le donne pas à celui qui en est le plus digne. Et à cet aveu, se mêle une prière : "je voudrais". J'y vois nécessairement une prière car je ne crois pas que nous puisions l'amour en nous-mêmes, nous ne transformons pas notre cœur pour qu'il soit pour Dieu, c'est lui qui le saisit.
On me pardonnera de terminer cette note sur un message personnel : vous, famille proche et lointaine, vous mes amis, vous tous que j'appelle mon clan, sachez que j'aimerais avoir pour Dieu, cette tendresse, cette admiration, cette reconnaissance que j'ai pour vous.

Madame de Sévigné. Lettres. Gamard Flammarion

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