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Esclavage

8 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

esclavage.jpgPrédication du 11 juillet 2010

Exode XXI, 1 à 11

Philémon

Luc XVII, 21

 

Après le décalogue et l'établissement des autels, les premières règles que Dieu donne à son peuple sont un code de l'esclavage… Ce code de l'esclavage va nous conduire à réfléchir sur nos propres comportements vis-à-vis des autres et sur ce qu'est pour nous le christianisme.

 

L'esclave hébreu a des droits. Tout d'abord, il n'est pas esclave à vie, en tout cas pas si son maître ne lui donne pas envie de le devenir. De plus ces droits s'étendent même à la femme esclave ou, appelons un chat un chat, à la concubine.

L'esclave sera libéré au bout de 6 ans, la concubine ne sera pas maltraitée au profit d'une autre, elle ne sera pas revendue à l'étranger… Heureux sort des esclaves hébreux au milieu de cultures bien plus cruelles et barbares ! Merveilleux début d'humanisme chez un peuple encore brut de décoffrage !

 

Sauf qu'en fait, je ne sais pas quel droit s'appliquait aux esclaves chez les voisins d'Israël. Sauf qu'en fait, ces règles résonnent d'abord pour moi comme des constats douloureux

Premier constat : le peuple libéré de l'esclavage continue à avoir des esclaves ; les anciens esclaves continuent à réduire leurs frères et leurs sœurs en esclavage.

Deuxième constat : ces règles ne s'appliquent qu'aux esclaves hébreux, l'esclave étranger est certainement bien moins protégé.

Deux constats décevants certes - on aimerait trouver dans la Bible un grand souffle anti-esclavagiste, on aimerait que le peuple dont Dieu a brisé les chaînes, brise à son tour les chaînes de ses voisins ou qu'au moins, il n'en forge pas de nouvelles - mais deux constats qui viennent nous rappeler que le monde biblique n'est pas le Neverneverland de Peter Pan, ni l'île aux enfants mais bien notre monde et l'humanité biblique n'est pas une humanité idéalisée mais bien notre humanité avec ses préférences nationales et sa constante tentation de s'approprier l'autre, le réduisant au rang d'objet, une humanité tout à fait prête à infliger à d'autres les souffrances qu'elle a elle-même subie.

    Et parce que la Bible ne nous raconte pas une humanité rêvée, parce qu'elle parle du réel, nous pouvons prendre ce qu'elle nous dit au sérieux. Nous ne sommes pas dans le domaine de l'utopie mais bien dans celui de l'applicable. Cette version du code hébreu de l'esclavage (on en trouve d'autre dans la Bible, le droit hébreux n'est pas figé) nous rappelle que celui ou celle que nous avons assujetti reste un être humain, qu'il a des droits et que nous avons envers lui des devoirs.

 

    Bien sûr, c'est très insuffisant et ils ont raison ceux qui montent sur leur grand chevaux pour condamner la Bible comme un livre qui ne condamne pas l'esclavage. Et le Nouveau Testament pas davantage que l'Ancien. Même dans sa lettre à Philémon, adressée au propriétaire chrétien d'un esclave en fuite, Paul ne se livre pas à une grande envolée pour condamner pas l'esclavage comme institution.

    Mais paradoxalement, ceux qui condamnent ce silence de la Bible sont souvent les mêmes qui ne supporteraient pas qu'on établisse une loi parce qu'elle est biblique… Si je le souligne, ce n'est pas pour conspuer une des nombreuses contradictions des athées militants mais plutôt parce qu'en l'occurrence, ils ont raison et nous permettent de comprendre ce silence.

    Si Paul avait écrit à Philémon : "tu dois affranchir Onésyme" on serait tombé dans la théocratie, ce système de gouvernement dans lequel des hommes prétendent imposer des lois de la part de Dieu. Et même si ces lois s'étaient avérées justes et bonnes, Paul aurait réduit la Bonne Nouvelle à un juridisme. On sait bien, en effet qu'une loi ne peut pas d'un  seul coup transformer mentalité et comportement. Si Paul avait statué sur l'esclavage de manière légaliste, il aurait vraisemblablement interdit d'avoir des esclaves chrétiens. Et cela n'aurait pas été plus satisfaisant pour nous que la protection que l'Exode accorde aux esclaves pourvu qu'ils soient hébreux.

Mais plutôt que d'imposer  une règle  à Philémon, Paul préfère lui rappeler cette  Bonne Nouvelle qu'il a reçue. "Regarde Philémon, regarde  Onésyme, ton esclave en fuite. Regarde-le, en Jésus-Christ, il est ton frère. Regarde ton frère et je sais que tu feras ce qui est juste."

 

Paul applique ainsi cette parole de Jésus : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.    On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.  Le Royaume de Dieu, ce n'est pas quand Paul, ou l'Eglise ou la loi ordonne "fais ceci ou celà", le Royaume de Dieu, c'est lorsque Philémon reconnaît Onésyme comme son frère.

 

Frères et soeurs, que Christ nous conduise à son Royaume, qu'il ouvre nos yeux et nous donne de reconnaître en chacun, notre frère ou notre soeur, et d'agir en conséquence.

 

 

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