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Et pourtant, c'est bien moi

17 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 11 octobre 2009

Exode VI, 10 à VII, 7

Actes I, 1 à 8

Jacques I, 13 à 25

 

         Changez votre cœur, Dieu parle par ma bouche, ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Autant de formules qui finissent par nous pousser à nous demander s’il y a encore quelque chose de nous dans la foi. La généalogie de Moïse vient peut-être répondre à cette question.

 

D’ordinaire, quand on tombe sur une généalogie dans la Bible, on a tendance à passer rapidement untel engendra untel qui engendra untel et ainsi de suite jusqu’à la fin du chapitre. Pourtant, cette généalogie de Moïse et d’Aaron est assez intéressante, surtout si on considère la place qu’elle occupe dans le récit. Lorsque les parents de Moïse font leur apparition au deuxième chapitre de l’Exode, ils sont presque complètement anonymes. Tout au plus sait-on qu’ils sont de la famille de Levi. Et voilà que tout à coup, en plein milieu du conflit entre Moïse, le peuple et le Pharaon, non seulement les noms des parents de Moïse et d’Aaron nous tombent dessus mais toute leur généalogie.

Bien sûr, les spécialistes verront là un entremêlement de tradition (d’ailleurs la forme même que prend cette généalogie le montre bien puisqu’elle se présente comme un copié collé de la généalogie de Genèse 46 qui s’arrêterait à Levi dont on continuerait ensuite la descendance). Mais, cela ne résout pas la question : pourquoi le rédacteur final n’a-t-il pas placé sa généalogie au moment où il évoquait les parents de Moïse ?

Je trouve un élément de réponse dans l’incroyable appel de Dieu à Moïse « Je te fais Dieu pour Pharaon ». Bien sûr que cela ne signifie pas que Moïse devient Dieu mais simplement que Dieu parle par sa bouche ou plutôt, au bout du compte par la bouche d’Aaron. Mais lorsque c’est Dieu qui parle par la bouche du prophète, cela signifie-t-il que le prophète s’efface ? Pour laisser parler Dieu, faut-il que l’homme disparaisse ?

Dieu parle par la bouche de Moïse mais cela ne rend pas Moïse capable de s’exprimer correctement. Sa faiblesse reste bien présente. Cela devrait être un indice pour répondre à cette question. Et, je crois que cette généalogie en est un autre.

Ce ne sont pas des hommes sans passé, surgis on ne sait d’où que Dieu envoie vers Pharaon, ils sont les hommes d’une tribu, d’un héritage, d’une histoire. Et une fois envoyé, ils restent les hommes de cet héritage, de cette histoire. C’est bien ce que vient nous rappeler cette généalogie placée à ce moment précis.

 

Cela s’applique bien sûr à la prophétie. Le prophète est celui qui parle au nom de Dieu mais les prophètes sont tous différents et cette différence ne vient pas seulement de la différence des époques à laquelle ils parlent, ils ont tous leur personnalité, leur façon d’être et de voir et si c’est Dieu qui s’exprime à travers eux, c’est bien leur voix à eux qu’on entend. Les paroles de Dieu au travers d’une voix humaine. Et c’est important, une voix, dans un message.

 C’est encore plus évident lorsque nous passons de la prophétie au témoignage. Oui, ce sont des témoins que Jésus Christ a envoyé vers les nations. Or un témoin ce n’est pas une caméra de surveillance qui ressort les faits exactement tel qu’il les a vu (on pourrait d’ailleurs se demander si se contenter de ressortir des faits tels qu’on les a vu c’est forcément être dans le vrai…). Un témoin parle toujours à la première personne, à partir de ce qu’il a compris, de ce qui l’a touché, à partir donc de ce qu’il est. Et on n’a pas attendu Queneau pour le savoir.

Qui plus est, Jésus envoie des témoins et on le sait bien si une multitude de témoignages concordants valident un fait, ces témoignages ne sont jamais concordants à 100%. En fait c’est à travers leurs diversités, leurs désaccords et même leurs contradictions que l’on peut se faire une idée de ce dont ils témoignent. Ici même, il y a une semaine, Patrice Rolin nous rappelait que le Nouveau Testament c’est une multitude de témoignages. Eh bien de cette diversité nous pouvons rendre grâce à l’Esprit qui a conduit nos pères dans la foi. C’est vrai qu’elle n’est pas toujours facile à vivre, c’est vrai que nous préférerions souvent avoir une Parole monolithique, mais alors elle serait figée, pétrifiée, morte. Or Jésus Christ est la Parole vivante de Dieu.

 

Je crois, enfin que c’est vrai au sujet des œuvres. On reproche souvent à la théologie de la grâce d’être désincarnée parce qu’elle nie que l’homme participe. Mais, c’est un contresens ! Nous affirmons que gratuitement Dieu nous renouvelle, qu’il change notre cœur ou plutôt qu’il le libère du péché qui l’asservit. Il ne s’agit donc pas de dire Dieu fait de moi un autre que moi-même, mais bien Dieu me rend à moi-même Dieu me permet d’être moi-même

Ce que Jacques appelle « notre convoitise », ce n’est pas nous-même, c’est justement notre refus d’être nous-même. Je veux être mon voisin qui a une plus belle maison, une plus belle femme, une plus belle voiture, je veux contrôler ma vie, je veux être un type bien digne de l’amour de Dieu, finalement, je veux être comme Dieu maître du bien et du mal.

Et la Parole est pour nous un miroir qui nous rappelle ce que nous sommes. Nous sommes des pécheurs, un peuple à la nuque raide, des créatures qui refusent d’être créatures mais également des enfants aimés de Dieu, leur Père, des prisonniers délivrés par lui, des malades guéris par lui, des hommes et des femmes à qui Dieu donne un cœur nouveau. La parole est comme un miroir, nous dit Jacques. C'est-à-dire qu’elle nous montre ce que nous sommes. J’oublie que je suis un homme libre à chaque fois que je retombe dans mes égoïsmes, dans mes peurs et mes haines. J’oublie que je suis un homme libéré à chaque fois que j’oublie que Dieu seul me libère de mes chaînes.

Mais c’est bien moi qui suis libre quand Dieu me libère, c’est bien moi qui aime, quand Dieu ouvre mon cœur, c’est bien moi qui avance quand Dieu me porte, c’est bien moi qui vis lorsque Christ vit en moi.

Et si je ne me reconnais plus, si j’ai l’impression que ce n’est plus moi, si mon reflet me paraît transfiguré, rajeuni c’est que je suis guéri, réparé, ressuscité. C’est qu’enfin, je suis enfin moi-même, création de Dieu, enfant bien-aimé et non plus esclave de mon refus d’être ce que je suis. En nous libérant de ce que nous croyons être, Dieu nous donne d’être ce que nous sommes.

 

Mon frère, ma sœur, c’est toi que Dieu appelle comme porte-parole, comme témoin, comme artisan. C’est toi qu’il appelle et en t’appelant, il te permet enfin d’être pleinement toi-même au-delà de tout ce qui t’asservit. Vis dès aujourd’hui de cette liberté nouvelle et enrichis le peuple de Dieu de ce que tu es.

 

Amen

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