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Miettes de théologie

La prédestination : une nouvelle carte d'identité

3 Mars 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Prédication du dimanche 26 février 2012

Genèse IX, 8 à 15

Marc I, 12 à 15

Ephésiens I, 3-14

 

Il nous a prédestinés… Prédestinés, le mot qui nous fait mal, le mot qui nous fait peur, le mot qui nous fait renier Calvin et qui, pour un peu, nous ferait regretter d’être protestants

Pourtant, la prédestination n’est pas un dogme théologique, elle n’est pas une question d’enfer ou de paradis. La prédestination, c’est un questionnement sur le sens de notre vie, ou plutôt une nouvelle ouverture dans le champ de ce questionnement. La prédestination, c’est surtout un appel à vivre vraiment notre vie…

 

D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Nonobstant le bête jeu de mot final, ce sont quand même des questions que nous affrontons régulièrement. Que nous nous prenions la tête entre les mains pour y réfléchir ou que ces questions nous effleurent seulement, je crois que tous, nous nous demandons parfois « A quoi bon tout ça ? » « Quel est le sens de ma vie ? »

Par moment, j’ai l’impression que ma vie est un navire que je pilote. Je fais des choix, bons ou mauvais et cela m’entraîne dans telle ou telle direction, pour me confronter à de nouveaux choix. Il peut y avoir une vision croyante ou athée de cette vie navire : dans la vision croyante, mes choix me valent le sourire ou la grimace de la divinité, des récompenses ou des punitions… Dans une vision athée, je suis seul à tirer les conséquences de mes choix…

Mais dans les deux cas, j’ai parfois un profond sentiment d’injustice. Parce que je me retrouve dans des situations que mes choix ne peuvent pas expliquer, parce que je n’ai pas mérité ça. J’avoue d’ailleurs que je trouve souvent beaucoup moins injustes les bonnes choses qui m’arrivent sans que je l’aie mérité que les petits ou gros embêtements que je n’ai pas d’avantage mérité.

A d’autres moments, je vois plutôt ma vie comme un fleuve qui m’entraîne dans son cours plus ou moins tranquille, je me sens transporté, ballotté sans avoir beaucoup de liberté de choix… Là encore, il peut y avoir une vision croyante ou athée. Je peux me sentir l’objet d’un destin déjà écrit par la divinité qui a fixé l’heure de ma naissance, celle de ma mort et tout ce qui m’arriverait entre les deux ou bien me sentir pris dans le jeu de multiples contingences que je ne  maîtrise pas et le battement d’aile d’un papillon pékinois fait pleuvoir dans mon jardin…

Mais en fait, je crois que ma vie, c’est surtout d’être pris dans la trame des choix que je fais, des choix que font d’autres personnes et qui m’impliquent, et puis des accidents, des imprévus, des hasards… Et comme, même mes choix, je les fais souvent à l’aveuglette, c’est le sentiment d’inconnu et d’absurdité qui l’emporte. Si j’y regarde honnêtement, ma vie ne semble pas avoir beaucoup de sens.

 

Mais cette bénédiction qui ouvre la lettre aux Ephésiens nous dit que notre vie n’est pas ballottée, transportée d’accident en hasard, de choix en conséquence.  Elle nous invite à la regarder plus largement que de notre naissance à notre mort. Notre vie s’inscrit dans un projet plus large mais un projet dont nous sommes bien le centre. Elle nous dit que dès avant la fondation du monde nous étions voulus, souhaités par Dieu. Je dis « nous », je devrais dire « tu », « dès avant la fondation du monde, tu étais voulu N…»

Peut-être es-tu un enfant de l’amour, peut-être es-tu le fruit d’un hasard ou d’un accident, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le descendant d’un roi ou celui d’un esclave, celui d’un saint ou celui d’un monstre, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le successeur d’une amibe, d’un poisson qui a eu la curieuse idée de sortir de l’eau, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être n’es tu qu’un amas de cellule animé par un peu d’électricité : qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu.

Voulu par Dieu pour être, sous son regard d’amour, saints et irréprochables quand les temps seront accomplis. Depuis avant la création du monde, jusqu’à l’accomplissement des temps, sans doute y aura-t-il des détours et des méandres, des errances et des faux pas et tous ces accidents de parcours ne seront certes pas voulu par Dieu, il y aura tes propres choix, tes propres décisions, les décisions d’autres aussi. Mais de tout ces méandres, rien ne pourra définitivement t’écarter du but que Dieu a fixé pour toi, du sens qu’il a donné. Et ce ne sont pas tes échecs ni tes succès, ce ne sont pas tes chagrins ni tes joies qui disent ce que tu es, mais c’est ce sens que Dieu donne à ta vie qui te définit. Ton identité tu ne la trouves pas dans ce que tu fais ni dans ce que tu subis, ton identité, elle est dans le regard d’amour que Dieu porte sur toi, ton identité, c’est d’être cet enfant de Dieu voulu et aimé par lui.  

 

Mais la bénédiction ne s’arrête pas là, non seulement nous sommes voulu depuis avant la création du monde en prévision de l’accomplissement des temps mais nous le savons… Et là, peut être le nous est-il plus restreint. « Il nous a prédestiné à être pour lui en adoption par Jésus le Christ. » J’ai tendance à entendre « nous, humains ». Mais dans « nous avons été prédestinés pour être ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », j’entends clairement « nous, chrétiens ». En effet, nous, nous connaissons notre identité, nous savons qui nous sommes au-delà de ce que nous croyons être. Cette identité qui nous est donnée depuis avant la fondation du monde, qui nous attends pour l’accomplissement du temps, nous la recevons aujourd’hui et nous sommes appelés à la vivre dès maintenant, à ne pas laisser nos succès nous monter à la tête, à ne pas laisser nos échecs et nos errances nous modeler, à ne pas laisser nos malheurs nous plier. Nous sommes appelés à ne nous laisser modeler par aucun maître qui ne serait pas notre Dieu, à refuser toute identité qui ne nous viendrait pas de ce regard d’amour. Que dès aujourd’hui, nous puissions signer chacun de nos gestes, chacune de nos paroles par cette phrase : je suis l’enfant chéri du Dieu d’amour. C’est à cela que nous sommes prédestinés.

 

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, lève toi dans le regard d’amour que Dieu a posé sur toi dès avant ta naissance, lève toi car c’est ce regard d’amour qui te détermine et non tes échecs et tes limites, lève toi dans la liberté nouvelle que ton créateur te donne. Lève toi, aime et témoigne.

Amen.

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