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Le rabbin et le cardinal

16 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La particularité du lien de fraternité, c'est qu'il n'est pas suspendu à la bonne volonté des frères.

G. Bernheim

C'est un rabbin et un cardinal qui discutent. Le livre commence comme une histoire drôle, et ça tombe bien, c'est l'humour qui permet la rencontre précise-t-il d'emblée.

Bon, je peux tout de suite jouer les esprits chagrin :  Bernheim comme Barbarin ont tous les deux fortement tendance à oublier que le courant qu'ils représentent ne constitue pas à lui seul leur religion. C'est flagrant chez Barbarin qui passe  de "chrétien" à "catholique" comme si les deux termes étaient interchangeables (une déformation de langage malheureusement classique chez nos frères romains). Mais Bernheim n'est pas en reste quand il parle du judaïsme de l'époque de Jésus comme si celui-ci était monolithiquement rabbinique, en oubliant les autres courants qui ont certes disparu au fil de l'histoire mais qui étaient bien trop présents lors de la naissance du christianisme pour que l'on n'en tienne pas compte.

Bon, une fois cette protestation hélas habituelle posée, l'entretien est agréable, intéressant, porte sur les sujets attendus du dialogue judéo chrétien : la foi, Jésus, la Shoah, la société, l'Islam, Israël (ah non, tiens, pas Israël. Y aurait-il un tabou ?)

Mais l'un des intérêts de cet entretien, c'est qu'alors que Bernheim cherche visiblement la confrontation, Barbarin, de son côté cherche toujours le consensus. On pourrait bien sûr dénoncer un esprit identitaire guerrier chez l'un ou une volonté hégémonique chez l'autre. Mais je crois que c'est la manifestation d'une différence bien plus profonde entre deux cultures du dialogue. Pour le judaïsme rabbinique, le désaccord est un enrichissement, une ouverture plus grande de la pensée, pour le catholicisme romain, il est une blessure. Et ce qui est merveilleux, c'est que grâce à l'humour et à l'amour, grâce à leur foi les deux hommes parviennent à dépasser cette différence pour une véritable rencontre, une rencontre qui rendra bien mieux compte de la richesse du dialogue judéo-catholique que n'importe quelle déclaration officielle.

 

G. Bernheim et P. Barbarin. Le rabbin et le cardinal. Edition Stock.

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full 23/10/2009 12:45


okay, grand merci ! si vous le voulez, je vous enverrai par mail ou par poste un exemplaire du Cep de décembre,
Amitiés


Heimerdinger Anne dit full 23/10/2009 10:52


Bonjour,
Je suis rédactrice du Cep (journal régional de l'ERF en cévennes,Languedoc,Roussillon. Me permettez-vous de publier un billet d'humeur daté de Décembre 2005 : sur on ne peut donner que ce que l'on
a reçu... en précisant d'où j'emprunte l'article et qui en est l'auteur. J'utiliserais ce témoignage pour illustrer un thème de dossier : cadeaux : plaisir ou casse-tête.
En vous remerciant, Cordialement, Full


Eric George 23/10/2009 10:56


Bien sûr, j'aimerai cependant que vous gardiez le titre exact de l'article : "c'est facile de donner quand on a reçu"