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Le ruban blanc

31 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

J’aurais pu faire du Ruban blanc, un ènième film emblématique de mon anthropologie pessimiste, portrait glaçant d’une humanité trop veule pour être vraiment haïssable, où même l’amour, pourtant présenté comme une bouffée d’air et d’innocence, ne sert en fait qu’à aveugler l’instituteur qui était le mieux placé pour découvrir les drames se jouant dans ce village d’Allemagne.

Seulement voilà, entre cantiques et citations bibliques, la religion occupe une place importante dans ce film et pour une fois (ce n’est pas si fréquent) c’est un pasteur luthérien qui tient le rôle du grand méchant loup (ce qui fera des vacances à nos frères catholiques). Et là, il y a pas mal à dire.

Tout d’abord, on n’est pas dans le pamphlet athéiste ou la religion serait la source de tous les maux, le docteur, que je vois, je ne sais pas pourquoi, comme une figure de libre pensée, ne vaut pas mieux.

Ensuite, le ruban blanc ne souffre pas du syndrome Magdalene’s Sisters. La foi ne manque pas. Le pasteur n’est pas un affreux tartuffe animé par la luxure et l’appât du gain, son terrifiant rigorisme lui vient d’une foi certainement profonde et sincère et de la conviction de bien faire. Ce qui le rend encore plus inquiétant.

Enfin, ce n’est pas non plus l’amour qui manque à cette religion, c’est par amour, parce qu’il veut leur salut, que le pasteur bat ses enfants, par amour qu’il attache son fils dans son lit « pour lui éviter de céder aux tentations de sa jeune chair »… Il aime ses enfants au point de refuser de voir l’évidence. Ce qui manque à cette religion, c’est un peu de légèreté, c’est l’humour qui permet de voir l’être humain tel qu’il est, sans perdre de vue qu’aussi faible, aussi faillible qu’il soit, il est aimé de Dieu et que de ce constat monte une grande joie, et une vraie liberté.

Sans cet humour qui, seul, permet à l’homme de renoncer à porter le poids du monde, la foi n’est plus que religion, aussi humiliante, culpabilisante et vaine contre le mal qu’un ruban blanc rappelant une pureté inaccessible.

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