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Les mercredis de Calvin (41) Les reliques, ridicules et dangereuses

14 Octobre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire.

Quant à la vierge Marie, pour ce qu’ils tiennent que son corps n’est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d’en avoir les os. Autrement, je pense qu’ils eussent fait croire qu’elle avait un corps pour remplir un grand charnier. Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps (…) Du lait, [il est impossible de dénombrer les lieux où il y en a]. Car il n’y a si petite villette, ni si méchant couvent soit de moines, soit de nonnains, où l’on n’en montre, les uns plus, les autres moins. Non pas qu’ils aient été honteux de se vanter d’en avoir à pleines potées, mais pour ce qu’il leur semblait avis que leur mensonge serait plus couvert s’ils n’en avaient que ce qui pourrait tenir dedans quelque montre de verre ou de cristallin, afin qu’on n’en fît pas d’examen plus près. Tant y en a que si la Sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand’peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D’autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu’on montre aujourd’hui partout, s’est recueilli pour le réserver en notre temps. Car nous ne lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit que les pasteurs ont adoré Jésus-Christ, que les sages lui ont offert leurs présents, mais il n’est point dit qu’ils aient rapporté du lait pour récompense. Saint Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge, mais il ne dit pas qu’il lui demandât de son lait. Quand on ne regardera que ce point, il ne faut pas arguer davantage pour montrer combien cette folie est contre toute raison et sans couverture aucune. C’est merveille, puisqu’ils ne pouvaient avoir autre chose du corps qu’ils ne se soient pas avisés de rogner de ses ongles et choses semblables. Mais il faut dire que tout ne leur est pas venu en mémoire.

Le traité des reliques

 

Bon, Le traité des reliques est férocement drôle, j’ai d’ailleurs déjà dû le citer ici. Mais, il n’est pas que drôle et le lire attentivement permet de défaire une image fausse de Calvin qui affecte encore le protestantisme.

 

Chacun confesse que ce qui a ému notre Seigneur à cacher le corps de Moïse a été de peur que le peuple d’Israël n’en abusât en l’adorant. Or il convient étendre ce qui a été fait un un saint à tous les autres, vu que c’est une même raison. (…) Il n’est jà métier de faire longue dispute sur ce point à savoir s’il est bon ou mauvais d’avoir des reliques pour les garder seulement comme choses précieuses, sans les adorer. Car ainsi que nous avons dit, l’expérience montre que l’un n’est presque jamais sans l’autre. Il est bien vrai que Saint Ambroise, parlant d’Hélène, mère de Constantin empereur, laquelle avec grand’peine et gros dépens chercha la croix de notre Seigneur, dit qu’elle n’adora que le Seigneur qui y avait été pendu et non pas le bois ; mais c’est chose bien rare d’avoir le cœur adonné à quelque relique que ce soit, qu’on ne se contamine et pollue quant et quant de quelque superstition. Je confesse qu’on ne vient pas du premier coup à idolâtrie manifeste, mais petit à petit on vient d’un abus à l’autre, jusqu’à ce qu’on trébuche en l’extrémité. Tant y a que le peuple qui se dit chrétien en est venu jusque là, qu’il a pleinement idolâtré en cet endroit, autant que firent jamais païens. Car on s’est prosterné et agenouillé devant les reliques, tout ainsi que devant Dieu. On leur a allumé torches et chandelles en signe d’hommage. On y a mis sa fiance. On a eu là son recours, comme si la vertu et la grâce de Dieu y eût été enclose. Si l’idolâtrie n’est rien d’autre que transférer l’honneur de Dieu ailleurs, nierons nous que cela soit idolâtrie ?

Le traité des reliques

 

Le refus des reliques est souvent vu, à commencer par les protestants eux-mêmes, comme une méfiance par rapport à la piété populaire soupçonnée (à mon avis à juste titre) de superstition. Mais Calvin n’use pas de cet argument. En fait c’est la prévenance qui le fait se dresser contre les reliques : il voit combien il est difficile d’adorer Celui à qui renvoie la relique sans tomber dans l’adoration de la relique elle-même. Donc, au lieu d’être une aide, la relique devient un risque supplémentaire pour le fidèle et c’est bien cet écueil de plus placé devant les plus faibles et non pas le mépris qui motive son rejet. D'où le grand profit qui reviendrait à la chrétienté si l'on faisait inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France, Allemagne, Espagne et autres royaumes et pays...

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Calvinus 19/10/2009 10:23


Un livre récent sur les reliques, dont une étude sur Calvin : Reliques modernes, aux éditions de l'EHESS