Miettes de théologie

Mangez le si vous voulez

5 Octobre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Mangez-le.jpgLe crucifié du Golgotha - collègue d'Alain - pend au mur.

Jean Teulé

 

Une belle journée d'août 1870, Alain de Moneys se rend à la foire de Hautefaye. Il n'en reviendra pas. Il sera battu, torturé puis brûlé par une foule comprenant des voisins et des amis. La lecture du récit de cet horrible fait-divers est à peu près aussi éprouvante que le visionnage de La passion du Christ ( peut être même plus : les mots désamorcent moins la violence et l'horreur que les images). Pourtant, ce n'est pas au Calvaire que je pense en lisant Jean Teulé, mais plutôt au double assassinat d’Echirolle, un autre meurtre collectif de victimes identifiées comme représentant l'autre. Sofiane et Kevin ont sans doute été tués parce qu'ils venaient de l'autre quartier, Alain de Moneys a été tué par une foule qui avait décidé de faire de lui un prussien…

Teulé nous dépeint bien l'aveuglement de cette foule, son invraisemblable incapacité à reconnaître Alain de Moneys, connu et apprécié sous les traits de celui qui lui a été désigné comme prussien. En ce temps de canicule et de guerre, il fallait un bouc émissaire.

Mais de manière tacite, le récit de Teulé nous interroge : le lynchage d'Alain de Moneys nous aurait-il paru moins atroce si celui-ci avait vraiment été un prussien, s'il avait vraiment crié "A  bas la France" ? Peut-être après tout ce crime aurait été moins atroce parce que moins incompréhensible. Torturer le jeune et sympathique Alain de Moneys nous paraît une folie alors que s'agissant d'un sympathisant prussien, l'opinion publique de l'époque aurait été moins révoltée ( sans doute se serait-elle contenté de grincer les sourcils face à l'excès), et à supposer que le fait divers soit remonté jusqu'à nous, nous serions contenté d'évoquer la barbarie d'une époque révolue ( fin du XIXe siècle !).

Poser la question sous cet angle, c'est nous confronter à notre propre pulsion de violence, à ce feu qui couve sourdement en nous et ne demande qu'à s'embraser pourvu qu'on lui présente une victime qu'on pourrait ne plus identifier comme humaine.

Finalement, nous pousser à toujours reconnaître l'autre comme un prochain, comme à l’image de Dieu, comme un visage du Christ, comme un frère est peut-être la seule barrière efficace contre la violence.

 

Jean Teulé : Mangez le si vous voulez. Ed Juliard

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