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Où sont les anges ?

12 Juin 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

pentecote_vitrail-copie-2.jpgCulte du 12 juin 2011

Actes II, 1 à 13 et 32 à 41

I Corinthiens XII, 3 à 13

 

Le bruit venant du ciel, les langues de feu, les langues nouvelles, les apôtres, les juifs pieux venant de toutes les nations… La plupart d’entre nous connaissent bien ce récit de Pentecôte et ses éléments. Aussi ce matin, je voudrai me pencher sur une absence dans ce récit, une absence qui donne à la Pentecôte une place à part au milieu des grands événements du christianisme.

 

Pour que cette absence soit manifeste, je vous propose un petit rappel des grands faits chrétiens raconté par l’auteur du live des Actes : l’évangéliste Luc.

Annonciation : Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth,(Luc I, 26)

Naissance : Un ange du Seigneur se présenta devant les bergers, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte.(II, 9)

Passion : Alors un ange lui apparut, du ciel, pour lui redonner des forces.(XXII, 43)

Résurrection : Or, comme elles en étaient déconcertées, voici que deux hommes se présentèrent à elles en vêtements éblouissants. (Luc XXIV, 4)

Ascension : Voici que deux hommes aux vêtements blancs se trouvèrent à leurs côtés. (Actes I, 10)

 

Dans le témoignage de Luc, les anges sont sur tous les ponts (on pourrait même dire qu’après la présentation des personnages et du décors, ce sont eux qui lancent l’action :  Alors l’ange du Seigneur apparut à Zacharie, debout à droite de l’autel de l’encens (Luc I, 11)) et voilà qu’à la Pentecôte, pas l’ombre d’une aile, ou pour être plus fidèle à la description biblique, pas l’ombre d’un vêtement éclatant. Les anges sont les grands absents de cet évènement.

 

Pourquoi ? parce que l’ange c’est, avant tout, le messager (les termes grecs et hébreux que nous traduisons par ange signifient d’abord messager), le porteur d’une parole. Or, à partir de la Pentecôte, les messagers, c’est nous.

Les anges vont continuer à avoir un rôle dans le livre des actes (Luc les aime décidément beaucoup) mais les porteurs de la Bonne Nouvelle, de l’Evangile, seront dorénavant les témoins humains du Ressuscité.

 

Les anges maintenant, c’est nous. Et pourtant, je viens de vous le dire, les anges sont encore là dans les Actes, seulement, ils n’annoncent plus, ils n’expliquent plus mais ils préparent le terrain comme pour Philippe et Corneille, ou bien ils sont les acteurs surnaturels qui sortent Pierre de prison ou qui frappent Hérode. Cela pour nous rappeler que si dorénavant les anges, c’est nous, nous ne devons pas pour autant devenir des créatures célestes. Nous avons pour mission d’être porteur d’une bonne nouvelle mais nous restons complètement des hommes et des femmes, de simples humains, avec toutes leurs limites, avec tout (j’ose le mot ?) notre péché…

Bien sûr, nous pouvons avoir confiance en Dieu qui par son Esprit, par ses anges est aussi à l’œuvre, provoque les rencontre, suscite les prodiges (pourquoi pas ?) mais le témoignage nous est confié, c'est-à-dire qu’il nous faut prendre la parole.

Prendre la parole, c’est d’abord se dire soi, en effet, nous avons tous notre voix, nos tics de langage, nos accents, nos façons de parler et nous ne les effacerons pas comme ça. C’est aussi là que se trouve la diversité dont parle Paul. Mais c’est aussi essayer de se faire comprendre par l’autre, d’utiliser les mots qui le touchent, les gestes qu’il comprend. Etre témoin, c’est prendre le risque d’une rencontre, d’un dialogue, c’est s’exposer et découvrir l’autre. On ne témoigne pas en récitant une leçon, fût-elle un catéchisme bien appris. On témoigne en disant « je » et en disant « tu ». Et tant pis, si on est maladroit, tant pis si c’est difficile, tant pis si on nous accuse d’être des illuminés, d’être pleins de vin doux : nous sommes maintenant les messagers et ce serait dommage de ne pas porter cette bonne nouvelle.

 

Quelle bonne nouvelle ?  Je crois que la réponse est dans le discours de Pierre, ce discours que vous avez remarqué (peut-être avec reconnaissance) que j’ai écourté pour n’en garder que la fin. Et je pense qu’on peut le résumer encore en trois affirmations :

-         Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité.

-         Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié.

-         C’est à vous qu’est destinée la promesse, et à vos enfants ainsi qu’à tous ceux qui sont au loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera.

 

Dieu l’a fait Seigneur ce Jésus que vous, vous avez crucifié. La Bonne Nouvelle est d’abord une contestation forte de notre manière de vivre, de notre violence, de nos jugements, de notre célébration de la force et de notre rejet de la faiblesse, de notre penchant au lynchage réel ou médiatique, de notre capacité à maudire. Là où nous humilions, Dieu élève. Là où nous frappons, il console, Là où nous enfermons, il libère, là où nous crucifions, il ressuscite. La Bonne Nouvelle est un refus de notre soif de mort. Être porteur de la Bonne Nouvelle, c’est souvent dénoncer, accuser, j’ose le mot ? protester. Mais se rappeler que nous ne sommes pas des anges et que ce que nous dénonçons, accusons, rejetons est d’abord en nous. Etre porteur de la Bonne nouvelle, c’est reconnaître que nous ne valons pas mieux que ceux à qui nous annonçons cette promesse…

Cette promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin… Pierre ne dit pas aux foules « malheur à vous qui avez crucifié le Messie, vous êtes maudit jusqu’à la 7e génération. », il leur dit « la promesse est pour vous et pour vos enfants » Il leur dit, il nous dit, vous n’êtes pas prisonniers de vos actes, de vos erreurs ou de vos crimes. Le discours de Pierre est une relecture globale de l’histoire d’Israël et il s’ouvre sur le futur, ainsi l’apôtre dit : votre histoire toute entière, passé, présent, futur peut être relue selon une lumière nouvelle, non pas selon une fatalité mais selon une promesse qui est pour vous.

 Parce que, ce Jésus, Dieu l’a ressuscité… Nos actes de morts n’emprisonnent pas Dieu. La résurrection nous dit que là où la mort nous condamne, Dieu nous fait revivre. Le plus irréparable de nos actes ne met pas un terme à l’amour de Dieu. Le recommencement est toujours possible.

 

Voilà, frères et sœurs, la bonne nouvelle, la promesse que l’Esprit nous envoie partager par nos mots, par nos gestes avec ceux qui nous sont proches, avec nos enfants et avec tous ceux qui sont au loin.

Frères et sœurs, messagers de Dieu, l’Esprit saint vous accompagne dans cette mission qui nous est confiée.

 

Amen

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