Miettes de théologie

Qui suis je ?

28 Juin 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 juin 2012

 

 

Psaume 139

 

Il est toujours difficile de prêcher sur les psaumes : ce sont des poèmes et ce sont des prières, deux genre littéraires qu’il est sans doute dangereux de trop analyser et décortiquer : parce qu’ils échappent à notre rationnel, le risque est grand en les démontant de leur faire perdre leur substance…

Pourtant, je voudrais ce matin faire une erreur de débutant et ouvrir une prédication par une remarque d’ordre « technique » qui a son importance. La tentation est grande de découper le psaume en deux. Faire des versets 19 à 24 un psaume à part… C’est vrai que ce « Dieu ! Si tu voulais massacrer l’infidèle » tombe un peu comme un cheveux sur la soupe et vient nous troubler dans notre médiation… Mais je vais garder au psaume son unité, d’abord parce que c’est ainsi qu’il a été conservé dans le corpus des psaumes, ensuite parce que le vers final « Scrute moi et connais mon cœur répond parfaitement au premier vers tu me scrutes et tu me connais », enfin parce que ces deux parties ont en commun un vocabulaire rare dans la Bible. Oui, tant au niveau du vocabulaire qu’au niveau de la pensée on trouve dans ce psaume 139, un fort apport de l’étranger, une perception du monde qu’Israël a très bien su adapter à sa foi mais qui n’en reste pas moins une perception étrangère, nouvelle… Ainsi, par une merveilleuse ironie, si la finale de ce psaume nous évoque un fort replis sur soi, le psaume tout entier reste un très bel exemple de la richesse du croisement des cultures… L’influence étrangère perceptible dans la beauté de ce psaume désarme son aspect le plus gênant…

Maintenant que je vous ai partagé cette remarque de spécialiste, nous pouvons la mettre de côté.

 

Personnellement, quand je lis ce psaume, avant d’entendre un plaidoyer pour le métissage culturel, avant d’entendre une théologie inhabituelle en Israël, j’entends le portrait du psalmiste… Je l’entends me parler de ses triomphes, de ces moments où il lui semble gravir, seul, les cieux, être au pinacle, à l’apothéose de sa vie. Et je pense à mes propres succès, ce ne sont peut-être pas des temps d’apothéose, je n’ai peut-être pas le sentiment d’avoir escaladé le ciel mais ces temps de joie profonde, ce sentiment d’accomplissement personnel, cette joie mêlée de fierté, je les connais…

Je l’entends me parler de ses fuites, de ces moments où il voudrait tout lâcher, simplement renoncer. Et je pense à mes propres envies de renoncement, aux moments où je voudrai simplement m’allonger et tout laisser aller. Je ne souhaite pas forcément être englouti par les ténèbres ou descendre au séjour des morts, mais ces temps de lassitude, de fatigue intense, de désespoir, de « juste ras-le-bol » je les connais.

Je l’entends me parler de sa routine, de son dodo (tu connais mon coucher), de son boulot (et mon lever) et même de son métro (tu surveilles ma route). Et je pense à mes propres habitudes, à mon propre quotidien, à ces étapes que je passe presque sans y penser, à ces jours qui se cochent sur mon calendrier… Je pense à mes projets, je pense à mes paroles. A des milliers d’années du psalmiste, je connais ce sentiment de quotidien mêlé de projets…

Je l’entends me dire ses incompréhensions qu’il transforme en haine. Et je me dis que si je n’ai pas de haine parfaite (sans doute suis-je trop superficiel), je connais quand même bien ce sentiment de surprise et d’énervement face à des gens dont je n’arrive pas à comprendre la pensée, les opinions… « Comment peut-on être ______________ » (mettez ici le courant de pensée de votre choix)

Mais surtout j’entends sa question, cette énigme qu’il se pose, qui le dépasse «mystérieuse connaissance, j’ai été fait dans le secret ! que tes projets sont difficiles pour moi ! ». La grande question du psalmiste,  c'est qui suis-je ?

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle est la valeur de ma vie ? Cette question est la mienne aussi. Qui suis-je ?

Suis je le produit de mon ascendance et de mon histoire ? Sans doute. Suis-je ce que je fais,  la somme de mes succès et de mes échecs ? Sans doute. Suis-je ce que mes amis et mes ennemis disent de moi ? Sans doute. Suis-je l'équilibre entre mes projets et mes décidément, entre mes rêves et mes lucidités ? Sans doute.

Sans doute suis-je un peu tout cela. Mais j'ai aussi la conviction profonde d'être bien plus encore, sans pourtant vraiment savoir qui est ce être que je suis...

Oui, je me retrouve bien dans le mystère que le psalmiste perçoit autour de son existence, dans cette question implicite, ce "qui suis-je ?" qu'il se pose..

 

Et paradoxalement, c'estdans cette question que le psalmiste découvre sa foi. En effet, en explorant sa vie, en visitant ce tourbillon d'échecs et de succès, de confiance et d'abdandon, ce torrent de vie qui saute du sommet à l'abîme, de la lumière à l'obscurité, de la certitude au brouillard, de la joie la plus profonde au chagrin le plus absolu, le psalmiste découvre une constante, une seule : Dieu est toujours là.

Et c'est cette découverte qui va lui dire qui il est : que sa vie soit sombre ou lumineuse, rêvée ou ennuyeuse, fidèle ou rebelle, il est cette merveille que Dieu a tissé, cette merveille dont Dieu se préoccupe. On voit souvent le croyant comme un roc, comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions, qui connaît sa voie. Et voilà que le psaume, nous montre une image toute autre, une foi profonde au Dieu toujours présent, une confiance immense dans les projets de Dieu pour nous, mais une foi qui jaillit en se posant la question de l’identité.

 

Mon frère, ma soeur qu'à tout moment ce psaume te parle de ta vie. Que tu doutes ou que tu croies, que tu exultes ou que tu succombes, qu'il te dise que Dieu se tient là, à tes côtés, qu'il t'entoure même quand tu l'ignore et qu'il ne t'abandonnera jamais.

Parce que, mon frère, ma soeur, qui que tu croies être, même si tu ne sais plus rien, tu es cette merveille que Dieu a tissé de sa volonté.

Amen

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