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Synodal tour 2010 (3) Et le pire c'est que j'aime ça

21 Mai 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Je n'ai pas vraiment l'ambition de dépeindre dans ce synodal tour, les débats de nos synodes. En fait, je me comporte un peu comme le renard de la fable : je suis absolument incapable de dépeindre ces débats avec tous leurs tenants et aboutissants. Disons donc qu'ils sont bons pour les goujats et que vous l'avez échappé belle.

 

En arrivant sous le marabout qui accueille les pauses synodales, on est littéralement agressé par l'infernale cacophonie des discussions. Et puis on repère un visage ami, la personne à qu l'on voulait parler, on entre dans le brouhaha et celui-ci disparaît ou du moins diminue. C'est un peu ça un synode, une invraisemblable cacophonie tant qu'on lui est extérieur mais qui prend un sens quand on a le fil conducteur des dossiers.

 

Un petit tour d’horizon de quelques un de ces dossiers (attention compte rendu complètement subjectif, incomplet et non officiel)

La diaconie, déjà évoqué dans l'article précédent. Je voudrais commencer par tirer mon chapeau à nos rapporteuses (le terme synodal pour les chargés du dossier est encore pire au féminin qu'au masculin) pour avoir sur ce point intégré le travail des groupes à leurs textes. Du jamais vu. (On n'a même pas entendu la fameuse litanie synodale : "je ne retrouve pas dans le texte ce qu'on a dit dans mon groupe", c'est d'ailleurs un peu frustrant de nous priver ainsi de nos récriminations préférées) Quelques thèmes de ce dossier : les relations entre les Eglises locales et les institutions diaconales, nos diaconies doivent elles être confessionnelles ou non ? Les obstacles très concrets  que pose la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat à nos actions de service ; la reconnaissance de l'engagement de nos membres ; la question d'un ministère de diacre (mais voulons nous vraiment définir ce ministère ?). A l'issue de ces réflexions, 4 textes pour 4 destinataires, les Eglises locales, les Oeuvres et mouvement (comprendre, en gros, les organisations humanitaires d'inspiration protestantes), le conseil national (histoire de prendre des orientations générales précises), et le grand public (pour rappeler que nos Eglises ont des trucs à dire). Si je trouve le courage, ou si vous n'êtes pas sage, peut-être que je commenterai ici ces décisions.

Le traitement et les retraites des ministres. En fait, il s'agit de deux dossiers bien distincts et il n'est pas question des finances de l'Etat (par ministres, il faut comprendre ministres de l’union, donc pasteurs). Trop technique pour que je commente, même si de par ma fiche de paye et mon mandat au conseil régional, je suis en amont et en aval de ce dossier. (Technique,certes, mais pas uniquement comptable puisque si on ose approfondir, il y va de toute notre compréhension du don et du ministère pastorale).

L'union avec les luthériens. Ce n'est pas un dossier spécifique mais l'ombre (à entendre sous son aspect plus positif de nuée) de 2013 plane sur tous nos débats. Mention spéciale pour un joli bug bien résolu : le Synode a travaillé sur une déclaration publique commune sur la diaconie. Au moment d'accepter le texte, une question surgit : "pouvons-nous publier ce texte alors que le synode général des luthériens n'a pas encore eu lieu ?, pouvons nous mettre un embargo sur un texte synodal en les attendant ?" Il était temps de soulever la question. Un vote et une très, très large majorité se prononce pour attendre les luthériens pour une déclaration vraiment commune. L'union reste en bonne voie.

Pour les connaisseurs, ce n'est pas par désintérêt que j'ai passé sous silence les expérimentations, le sujet me passionne mais évoquer la discipline, la période d'expérimentation, les enjeux, en faisant simple, c'est au-dessus de mes forces.

 

Enoncé comme cela, tout à l'air terriblement administratif et froid, et nombreux sont ceux qui me diront que tout ça est très loin du terrain (certains collègues ne seront pas les derniers). Je comprends bien. Mais d’une part, je trouve important de montrer que le synode n’est pas un lieu de haute spéculation théologique et qu’on s’y confronte au réel, avec des dossiers techniques, avec des décisions administratives… Et puis, c'est en synode que je mesure à quel point l'E. R. F ne se cantonne pas aux communautés locales, c'est en synode que je goûte la nécessité d'une vision d'ensemble, que je rencontre les membres d'Eglises réformée d'ailleurs qu'en France. Le synode me vaccine contre la tentation de m'enfermer dans ma communauté.

Enfin un synode, c'est quand même profondément humain, à côté des déclarations officielles, il y a les commentaires échangés avec les voisins, les bruits de couloirs, les grincements de dents, les persiflages... Eh non, tous les propos de synode ne sont pas toujours inspiré, les interventions au micro pas plus que les propos de table, d'ailleurs… Mais c’est de l’humain tout ça… Et, au milieu des conflits de personnes, au milieu des tensions entre le national, le régional et le local, je crois que l'Esprit conduit nos synodes. Parce que, bien loin d'être seulement une machine décisionnelle bureaucratique, le synode se vit aussi dans les plaisanteries échangée avec Sylvie et Frédéric, dans les retrouvailles avec Annie ou Cyrille, dans la bière trinquée avec Anne-Marie et Nicolas. Et j’aime ce mélange.

Lourds, bavards, pinailleurs, nos synodes le sont sans doute, mais ils sont aussi, pour moi, lieux de fraternité, de travail, d'échange, d'élan aussi et par dessus tout d'un peu d'humour qui sauve tout le reste..

 

NB : Certains me reprocheront ici d’abuser de la langue de bois, mais je vous assure que c’est pire que ça : j’aime vraiment les synodes et l’ambiance de travail, de tension et de fraternité qu’on y vit. En fait, je ne me sens pas plus un devoir institutionnel de langue de bois qu’un devoir protestant de persiflage des instances. Je suis un incorrigible consensuel et j’aime bien dire que j’aime bien. Mais promis, demain j’évoquerai un agacement qui me taraude.

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Robin 22/05/2010 07:22



Merci pour ton texte, si bien écrit. Il exprime très franchement ce que je ressens aussi lors d'un synode, ce mélange d'humanité (brouillonne et pas toujours aimante) et de fraternité
enthousiasmante. Vivement demain pour voir ce qui fache !