Miettes de théologie

Trop tard...

1 Avril 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

rameaux15.gifPrédication du dimanche 1er avril 2012

Philippiens II , 6 à 11

II Rois IX 1 à 13

Marc XI, 1 à 11

 

On devrait toujours faire coïncider le culte des rameaux avec un culte des familles. C’est facile : on coupe des branches, on met des manteaux par terre, on fait rentrer un âne dans le temple, ça en fait un de plus (avec le pasteur, je veux dire)… C’est vrai que nous voyons toujours  le dimanche des rameaux, l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem comme une belle image pieuse. Mais que nous ne prêtons plus beaucoup attention au texte, lui-même. Par exemple, nous demandons nous pourquoi alors que sur les images, nous voyons la foule agitez des rameaux, des palmes devant Jésus, l’évangile selon Marc nous dit que les branchages sont posés sur sa route ? Eh bien c’est parce que les palmes agitées devant Jésus, c’est le récit de l’évangile selon Jean. Mais nous reviendrons aux branchages un peu plus tard… C’est une autre surprise du texte que je voudrais souligner ce matin. 

Si vous n’avez jamais lu l’évangile selon Marc d’une seule traite, je vous invite à le faire. Vous le prenez comme roman pour votre prochain long voyage en train, ou bien vous profitez d’un bel après midi de soleil pour le lire dans votre jardin, ou bien vous enfermez chien, conjoint, enfants, petits-enfants dans la cave, ou vous les envoyez au cinéma et vous vous installez confortablement pour 2 heures, 2 heures 30 de lecture, pas beaucoup plus. Ce n’est pas un poisson d’avril. En lisant ainsi l’évangile selon Marc, vous aurez l’impression d’un marathon : l’écriture est serrée, nerveuse, les événements s’enchaînent et se bousculent. Et voilà que nous sommes arrivé au terme du marathon, voilà que Jésus arrive à Jérusalem, sous les acclamations de la foule. Et voila que Jésus passe la périphérie de Jérusalem, il entre dans la ville, il se dirige vers son but : le Temple. Il regarde autour de lui, il va y prendre la parole, faire quelque chose d’extraordinaire. Ah non, il se fait tard et il rentre se coucher.

Avouons que c’est assez inattendu… Matthieu et Luc en racontant cet épisode n’ont pas placé d’interruption entre l’entrée dans Jérusalem et le récit de Jésus au temple. Et je ne crois pas que Marc coupe l’élan de son récit gratuitement. C’est bien à cause de cet arrêt que je crois important de comprendre ce que signifie cette entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem aux yeux de Marc.

 

« Ils se hâtèrent de prendre chacun son vêtement qu’ils mirent sous ses pieds en haut des marches. » « Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route ». Avec cette route jonchée de vêtements et de branchages, Marc nous montre que Jésus entre dans Jérusalem comme un nouveau Jehu. Or Jehu est un roi qui va purifier la ville. Si Jésus entre dans Jérusalem c’est bien pour purifier la ville, rétablir le culte véritable. Quoi de plus normal dès lors qu’il commence par se diriger vers le Temple ?

 Mais quand il arrive au temple, nous dit Marc, il se fait tard. C’est trop tard. Et je crois que c’est ce trop tard qui nous permet de véritablement comprendre le passage des rameaux à la passion, le retournement de la foule. C’est également ce trop tard qui nous permet de vivre aujourd’hui l’entrée à Jérusalem.

 

Les points communs sont nombreux entre nous et la foule de Jérusalem. D’abord, tout comme la foule, nous ressentons bien le besoin d’un renouveau, d’un assainissement de notre manière de vivre notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. Et si nous sommes ici ce matin, c’est bien parce que nous sentons que Jésus est celui qui peut nous apporter ce changement, ce renouveau.

Ensuite, tout comme pour la foule, la venue de Jésus vers nous a été préparée, elle a été annoncée. Jésus envoie ses disciples chercher un ânon, ils le trouvent là où il l’a indiqué et il suffit d’un mot pour que les propriétaires de l’animal le laissent partir. On peut y voir un prodige. Mais je trouve l’explication rationnelle plus riche de signification : Jésus a préparé son entrée à Jérusalem. Il ne se contente pas de laisser l’intendance, les tâches pratiques à ses disciples. Non. Il prépare lui aussi les choses et associe ses disciples à ses préparatifs, il leur donne un rôle. Eh bien nous sommes à égalité avec les habitants de Jérusalem : nous aussi nous sommes prévenus de la venue de Jésus vers nous, prévenus par cette foule de témoins passés et présent que Dieu a placés pour nous. Nous ne cessons de le dire dans nos cultes, dans nos partages bibliques, dans nos confessions de foi et dans nos prières : « Le Seigneur vient » « Son règne arrive »

Mais, pour nous comme pour les habitants de Jérusalem, ce règne arrive bien tard, ce règne arrive trop tard. Nous nous sentons tellement enracinés dans nos renoncements, englués dans nos regrets, emprisonnés dans nos faiblesses. Nous éprouvons tellement de rancoeurs, tellement d’amertumes pour tout ce qui aurait pu être et qui n’a pas été. Comment Dieu pourrait-il régner sur nos vies, comment pourrait-il changer nos cœurs, alors qu’il vient si tard ?

 

Le jour des rameaux nous paraît comme une fête, et Marc nous le décrit comme le sommet d’une attente déçue. On attend ce qu’on peut attendre, on attend dans la limite de ce que nos yeux peuvent voir, de ce que nos intelligences peuvent appréhender, de ce que nos raisons peuvent envisager. L’attente est à hauteur humaine…

Eh bien le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à renoncer à notre attente pour voir plus loin, pour voir plus grand. Le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à basculer de l’attente du Messie à l’espérance de Pâques. Comme les habitants de Jérusalem, nous sommes déçus dans nos attentes. Sans doute attendaient-ils le messie qui allait chasser les romains comme Jéhu avait chassé Jezabel. Ils ne pouvaient pas espérer un monde dans lequel, il n’y aurait plus ni juif ni romain, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre. Cela dépassait de très loin le champ de leurs possibles… Et nous qui attendons un dieu qui vient empêcher nos proches de mourir, qui vient nous faire triompher de nos ennemis, quelle espérance viendra ouvrir le champ de nos possibles ?

En effet, si l’attente est simplement un prolongement de notre vue, l’espérance est elle un élargissement de notre vue. L’espérance c’est refuser que notre monde, nos possibilités soient limités à nos passés et à nos constats. Et contrairement à l’attente, l’espérance n’est pas une passivité. Les possibilités que nous espérons, nous sommes appelés à les vivre dès maintenant, possible de pardon, possible de relèvement, possible d’amour, possible de liberté.

 

Frères et sœurs, que nos attentes déçues nous ouvrent sur une nouvelle relation à Dieu, que nos attentes déçues nous rendent disponibles pour une espérance inespérée, que nos attentes déçues nous permettent de vivre aujourd’hui la résurrection.

 

Amen

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