Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un bébé pour dire l'humanité

25 Décembre 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

PrédicatN.jpgion du 25 décembre 2009

Esaïe IX, 1-6

Luc II, 1 à 20

Ce sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau–né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Ce sera pour vous un signe… C’est un peu étrange. L’ange aurait pu se contenter de dire : ce sera ce bébé.

Mais non, ce sera pour vous un signe. Un des mots que nos bibles traduisent parfois par miracle. Ce sera pour vous un miracle ? J’ai des doutes : après tout les bergers ont déjà vu un ange leur apparaître, juste après c’est toute l’armée des cieux qu’ils peuvent contempler… Alors, ont-il encore besoin de miracles ? Et même s’ils en avaient besoin, un bébé dans une mangeoire, ça n’a rien de prodigieux, ni, hélas, extraordinaire, il y en a eu d’autre des bébés nés sur la paille, il y en a d’autres, il y en aura d’autres. Ce n’est donc pas un prodige auquel vont assister les bergers mais bien recevoir un signe, quelque chose qui va faire sens pour eux et pour nous. Mais quel signe ? Que signifie l’enfant dans la mangeoire ?

 

La première réponse est tellement évidente, on l’a tellement redite dans les prédications, au catéchisme, que je ne vais pas m’étendre ce matin. Dieu nous rejoint dans la simplicité d’une naissance, il nous rejoint jusque dans nos faiblesses, dans nos fragilités. On l’a tellement redit que cela ne semble pas nouveau mais c’est tellement merveilleux, tellement immense que je ne suis pas sûr que nous ne parvenions jamais à l’appréhender vraiment.

La preuve, c’est que de nombreuses peintures et sculptures représentent l’enfant Jésus en majesté, assis, le port altier, la main levée en signe de bénédiction. On sent bien que les artistes et sans doute avant eux les théologiens, les dignitaires de l’Eglise ont été bien embêté avec ce bébé, comme ils ont été bien embêtés avec le crucifié. Sans doute parce qu’il est inconvenant d’imaginer Dieu comme un bébé, aussi inconvenant que de l’imaginer comme un crucifié.

Se représenter Jésus comme un bébé, c’est inconvenant quant à sa dimension divine, mais en fait c’est sans doute inconvenant aussi quant à sa dimension humaine.

 

Quand on pose la question « qu’est ce que c’est qu’un être humain ? », je crois que nous avons tous un archétype, un modèle d’être humain qui nous vient en tête. Physiquement, ce modèle est un adulte aux traits harmonieux. C’est comme cela que se le représentaient les anciens grecs puis les artistes de la renaissance, c’est encore comme ça que nous le vendent la publicité et le cinéma. Quand les sondes spatiales Pioneer 10 et 11 furent lancées pour quitter le système solaire, elle emportèrent avec elle, comme une bouteille à la mer, un dessin pour représenter notre espèce : la représentation d’un homme et une femme. Ils sont nus, ils sont adultes, leurs traits sont harmonieux.

         Et bien sûr, quitte à se représenter un modèle d’humanité, on mettra aussi en valeur son intelligence, son sens artistique. On n’a jamais vu de grands singes composer les cantates de Bach ou résoudre des équations au 5e degré. C’est donc bien ça qui nous distingue en tant qu’être humain.

Or, un bébé, c’est un être humain qui n’a aucun contrôle sur son corps, qui ne peut ni se tenir assis, ni se retourner, qui ne peut ni parler ni être propre, qui a entièrement besoin de soins. Et pourtant, nous dit Luc, c’est bien comme un bébé, emmailloté, posé là que Jésus est venu dans le monde. Oui, Jésus a souillé ses langes, il a bavé, fait son rot, il est tombé en apprenant à marcher, il a pleuré pour qu’on vienne le prendre, plus tard il a du apprendre à parler. Un biberon, un hochet, un paquet de couche : voici les nouveaux ustensiles du culte.

 

         Notre humanité, nous la pensons libre, maîtresse de ses décisions et de son destin. L’homme vrai, c’est l’homme libre.

Et voilà que le bébé est emmailloté. Je ne sais pas si vous avez déjà vu des bébés engoncés dans leurs tenues d’hivers mais ce n’est pas tout à fait un symbole de liberté.

         Notre humanité, nous la pensons fière d’occuper sa place. Au cours des âges, on l’a vue au centre de l’univers, au sommet de l’évolution et on a souffert à chaque fois qu’elle était déplacée. Aujourd’hui encore, certains la voudraient maîtresse de la nature ou bien en harmonie avec elle. Mais c’est toujours une humanité à sa place.

Et voilà que le bébé est dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour lui à l’hôtel.

 

Ce matin, l’affirmation du bébé emmailloté dans une mangeoire doit être pour nous un signe. Signe de ce que c’est qu’un être humain. Le bébé de la mangeoire, l’homme de la croix est un être humain, complètement. Il n’est pas un dieu du stade, un athlète, un surdoué, il n’est pas en pleine possession de ses moyens, indépendant, autonome. Il n’est pas cet archétype d’humanité que nous rêvons et par lequel nous jugeons nos frères et nos sœurs, par lequel nous nous jugeons nous même, bien souvent.

Mais ce bébé est un homme, rien de moins. De ce bébé, nous affirmons même dans certaines de nos confessions de foi qu’il est plus humain qu’aucun humain ne saurait l’être par lui-même.

Dieu rejoint l’humanité dans un bébé emmailloté dans une mangeoire. Ainsi, il n’y a pas d’archétype d’humanité, il n’y a pas d’humanité en marge, il n’y a pas de plus humain ou de moins humain. Il n’y a qu’une humanité entière avec ses bien portants et avec ses souffrants, avec ses facilités et ses difficultés, avec ses libertés et avec ses chaînes, avec ses capacités et avec ses besoins. Il y a une humanité entière et c’est cette humanité toute entière que Dieu rejoint.

 

Mon frère, ma sœur, toi qui fait partie de cette humanité par le simple fait de ta naissance, ce premier cadeau qui t’a été fait, c’est toi que Dieu a rejoint dans cette naissance que nous fêtons aujourd’hui. C’est pour toi qu’il est venu, pour toi qu’il est mort, pour toi qu’il est vivant. C’est toi que Dieu aime et fait vivre. C’est toi qu’il appelle à l’amour de tes frères et de tes sœurs qui partagent la même humanité, le même cadeau, les mêmes besoins.

 

Amen.

Partager cet article

Commenter cet article