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Une femme de valeur

13 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

La-source-des-femmes.jpgPrédication du 13 novembre 2011

Genèse II, 18 à 24

Proverbes XXXI, 10-31

 

Une femme de valeur, qui la trouvera ?

J’avoue que j’ai rarement commencé une prédication en me sentant si peu autorisé à parler (même si j’ai trouvé une perle, ce texte reste dur à commenter pour un homme), que rarement, un texte m’a paru plus dangereux à prêcher que ce poème qui vient conclure le livre des proverbes…

Dangereux parce que je ne peux m’empêcher d’anticiper (ou peut-être simplement d’imaginer) vos réactions, mes sœurs quand vous entendez ce texte.

 

Et c’est vrai que chat échaudé craint l’eau froide et qu’on pourrait voir ce texte comme un texte piégé, à commencer par le piège de l’idéalisation.

Donner une si haute image de la femme de valeur, ça peut-être un bon moyen d’interdire à la femme de parvenir à cet idéal et donc de la rabaisser : si tu ne peux pas égaler ce portrait, tu n’es pas une femme de valeur et donc il n’existe pas de femme de valeur… Le poème serait ainsi l’équivalent hébraïque de ces films et de ces affiches retouchés qui projettent une telle image de la beauté que nulle ne peut espérer l’atteindre. D’ailleurs à l’appuis de cette lecture, il y a la question : « qui la trouvera ? »

On peut aussi y voir un autre piège, celui de la paresseuse flatterie. En lisant ce texte, on peut penser au film La source des femmes, ou tandis que les femmes vont chercher de l’eau, tissent leur tapis, font tourner la maison, les maris siègent tranquillement au caf é ou, dans le texte, à la porte de la ville. Et le poème résonne comme « Qui trouvera une femme de valeur, qui fait tout pendant qu’il ne fait rien ? »

Peut-être même certaines d’entre vous se demandent-elle ce que l’auteur de ce poème avait à se faire pardonner par son épouse

 

Alors, sans doute vaudrait-il mieux que je m’abstienne d’aller plus avant sur ce terrain miné et que je m’empresse de spiritualiser ce texte, de reconnaître dans cette femme de valeur, plus précieuse que les perles, une nouvel image de la sagesse. Une image qui me permettrait de contester l’accusation de misogynie que l’on fait sans cesse à la Bible : regardez, le portrait de la sagesse est un portrait féminin.

Cela vaudrait sans doute mieux. Mais je vais prendre le risque de ne pas le faire. Je vais prendre le risque de dire que ce texte n’est pas une allégorie, mais plutôt une justification de l’allégorie. Si l’on peut représenter la sagesse sous les traits d’une femme de valeur, c’est parce que la femme de valeur est tout cela.

 

Bien sûr, je commencerai par signaler que toute les qualités très pratique que le poème reconnaît chez la femme de valeur sont d’abord un don de Dieu : la femme qui craint le Seigneur, voila celle qu’on doit louer… (la femme est bien un être humain).

J’attirerai votre attention sur le fait que, parmi toutes les vertus dont le poème pare la femme, on ne trouve pas la soumission ou l’obéissance mais bien plutôt un esprit d’initiative et d’efficacité et un esprit qui ne se cantonne pas à la bonne marche de la maison mais également aux affaires de la famille « elle jette son dévolu sur un champ et l’achète » ainsi qu’au tissus social « elle ouvre sa main au misérable et la tend au pauvre ». On ne trouve pas non plus le silence, bien au contraire, elle parle et elle enseigne « elle ouvre sa bouche avec sagesse et sa langue fait gentiment la leçon ». Bref, au foyer comme au travail comme en société, la femme de valeur prend pleinement sa place au cœur de l’humanité, une place active et reconnue.

Je voudrai également m’inscrire en faux contre le fait de traduire par « qui trouvera » comme « c’est impossible ou très difficile ». Dans le livre des proverbes, on trouve le bonheur, on trouve la félicité et on les trouve en trouvant la sagesse, la loi de Dieu. Or la sagesse vient d’elle-même à la rencontre des hommes. Le livre des proverbes nous dit que le bonheur n’est pas difficile à trouver.

 

Mais surtout, après avoir prétendu savoir comment, mesdames, vous risquiez d’entendre ce texte, je vais vous dire comment un homme entend ce texte. Peut-être pas tous les hommes. Mais au moins un, et je ne suis pas certain que son cas, mon cas soit si isolé. Quand il entend ce poème, l’homme ne se dit pas « Ah si seulement j’en trouvais une comme ça », et même s’il aura sans doute la tentation de se tourner vers sa voisine pour lui dire « T’entends ? Prends-en de la graine », cet humour aura surtout pour but de masquer sa pudeur. Parce que, quand l’homme entend ce poème, il pense aux femmes qui l’entourent. A son épouse ou sa compagne, puisque c’est souvent celle qui lui est le plus proche. Mais dans ce texte, femme a un sens plus large qu’épouse. Il pense donc aux femmes qui l’entourent et il pense à ce qu’elles font. Pas aux points qui les séparent de cette femme de valeur, mais à tout ce qu’elles ont en commun avec elle.

Il n'entend pas "voilà ce qu'elle doit faire" là ou le texte nous dit "voilà ce qu'elle fait".

Bien sûr, peut-être à certains versets, pensera-t-il , « ah ça, j’aimerais bien. Mais, plus que le manque ou le regret, c’est la reconnaissance qu’il éprouvera, reconnaissance pour cette bénédiction qui lui est accordée à travers la femme ». En effet, pour une oreille masculine, ce texte résonne comme une piqûre de rappel, un appel à prendre conscience de tout ce que font les femmes autour de lui (néanmoins, je m’empresse de rappeler que psychologie masculine oblige, cette piqûre de rappel ne fonctionne que parce qu’elle est administrée par un homme, navré mesdames, mais vous empresser d’aller lire ce texte à vos maris, fils, collaborateurs, ne suscitera pas forcément la reconnaissance escomptée).

 

Je ne crois pas non plus que ce soit là, une idéalisation. Je ne crois pas idéaliser la femme à laquelle je pense d’abord et pour laquelle je rends grâce quand j’entend ce texte. Elle confirmera que je suis, hélas, très capable de faire une liste de ses défauts et de ses imperfections. Et si je sais que j’ai épousé une perle, je ne pense pas avoir épousé la perle unique ou la perle rare (et je n’en demande pas tant). Mais je sais aussi que la liste est bien plus longue de tous les dons que je reçois au travers elle…

 

En lisant ce texte, je me demandais pourquoi on ne trouvait pas de pareil portrait de l’homme de valeur dans la Bible. J’ai même anticipé une réponse sarcastique « c’est parce que la Bible ne parle que de ce qui existe ». Mais en fait, je crois que c’est parce que les textes bibliques sont écrits par des hommes. J’ose espérer qu’un texte écrit par une femme pourrait dire la reconnaissance pour les dons que Dieu accorde à travers l’homme, peut être même un texte qui ne donnerait pas l'impression que pendant que la femme fait tout, l'homme se contente de siéger avec les anciens. Mais c'est peut être une espérance assez folle…

 

Mes sœurs, que vous soyez épouses, mères, filles, collaboratrices, femmes tout simplement, que ce portrait vous dise votre valeur et notre reconnaissance pour ce cadeau que vous êtes.

Mes frères, peut-être vous me reprocherez vous un féminisme abusif. Mais ne vous sentez pas lésés. De ce texte nous avons la meilleure part : ce cadeau de Dieu, c’est nous qui le recevons. Et puisse ce poème de louange nous aider à une reconnaissance active.

 

Amen

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