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Walk like an Egyptian (8)

9 Novembre 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

DSC0000830 Octobre

5h30

Décidément, je n’arrive pas à écrire le soir. Heureusement que je n’arrive pas non plus à dormir le matin….

Hier, départ à 7h pour les nécropoles. Nous passons à l’ouest du Nil. « Parce que le Nil coule vers le nord et que vers la droite, c’est la vie et vers la gauche c’est la mort ». Je me demande si Aischa fait de la politique…

Un premier arrêt à la vallée des Reines. Les rois et leurs épouses faisaient tombeaux à part (forcément l’éternité à deux, c’est long surtout vers la fin). En fait de tombeaux de reines, nous n’avons vu que celui de Titi (épouse de Rô-Min-Het, (pas pu m’en empêcher)), qui est très endommagé. L’intérêt est plutôt dans les tombeaux de deux fils de pharaon mort avant leur puberté. En effet l’enfant non pubère était alors considéré comme ayant besoin de la protection de sa mère jusque dans l’au-delà. Il y a quelque chose d’émouvant dans ces deux jeunes princes qui s’avancent dans le séjour des morts sous la protection de leur père.

Après les reines, nous passons à la vallée des artisans. C’est presque vexant, aucun vendeur n’est là à la sortie du bus… Pendant qu’ils travaillaient aux tombeaux des rois et des reines, les artisans étaient cloîtrés dans des villages, à côté de ces vallées, et pendant leur temps libre, ils mettaient en pratique leur art pour construire leurs propres tombeaux. Les deux tombes que nous visitons nous montrent des couples (tombe à part, c’est bon pour les pharaons) et surtout la vie quotidienne (alors que les pharaons se concentrent sur la mythologie). Les sous titres idiots que nous nous amusons à donner aux fresques ne dissimulent absolument pas notre émerveillement devant la richesse des scènes et la finesse des traits…

Ensuite, direction la vallée es Nobles. Ici, une seule tombe mais riche en histoire et enseignement puisqu’elle appartenait à un ministre d’Amenophis IV alias Akhenaton. Du coup, non seulement le tombeau présente deux styles différents mais Akhenaton ayant déplacé sa capitale, il est resté inachevé.

Ainsi, on peut voir le quadrillage qui permettait aux peintres et aux tailleurs de respecter les dimensions qui leurs étaient imposées. On voit également la différence des styles : sous Akhenaton, l’idéalisation des personnage n’est plus de mise, et les artistes se lâchent, poussant parfois le naturalisme jusqu’à la caricature…

Au-delà des questions historiques, ce sont les détails des bas-reliefs qui me fascinent : les perruques, ciselées chacune différemment, les vêtements dont on peut nettement voir le style. Une supposition d’égyptologue de comptoir : les artistes étant tenus de respecter toujours les même proportions et les mêmes trait sur les corps et les visages ne se sont-ils pas lâchés sur les détails des parures ?

Nous terminons par la vallée des Rois en y retrouvant nos vendeurs. L’un d’entre eux s’amourache de Sophie. « Un bisou contre un papyrus ». Ce monstre de Madian suggère « Vas-y et après tu me donnes le papyrus ! » Réponse de Sophie : « Fais lui toi-même un bisou »…

Le principe de visite de la vallée des rois et le même que pour la vallée des reines : 6 ou 7 tombes sont ouvertes, vous avez le droit d’en visiter 3. En effet,  il serait bon que la respiration et la transpiration d’une horde de touristes ne viennent pas détruire en 50 ans ce que la sécheresse a préservé pendant des millénaires… Quelques uns prendront le supplément pour la tombe de Ramsès 6 mais Aischa nous déconseille fortement la tombe de Toutankhamon. Faut dire que c’est gonflé de demander un supplément pour la tombe qui est la plus petite de toute et qui est restée inachevée… (Ben oui, les pharaons faisaient construire leur tombeau pendant tout leur règne mais une fois qu’ils mourraient, pas question de retarder l’enterrement. Du coup, le pauvre Toutankhamon mort à l’âge de 18 ans….)

Trois tombes sont suffisantes pour occuper l’heure et quart de visite que nous avons. NousNout laissons donc les plus connaisseurs découvrir Ramsès VI et nous explorons les trois qu’Aischa nous recommande, nous amusant à reconnaître les dieux et les scènes à l’aide des nombreuses clefs que notre guide nous a données tout au long de la semaine…

Je me demande quand même comment les égyptologues ont réussi à comprendre que la déesse Nout au corps étoilé était le ciel de jour alors qu ela déesse Nout au corps parcouru par le soleil était le ciel de nuit. Peut être tout simplement parce que l’histoire de Nout avalant le ciel tous les soirs et l’accouchant tous les matin était racontée dans les papyrus. Peut-être encore est-ce une question d’orientation… Une autre question m’intrigue : les égyptiens momifient leurs corps pour que leur Bâ (disons âme) puissent retrouver celui-ci en bon état lors de la résurrection. D’un autre côté, cette résurrection a lieu dans un corps idéalisé, dans un monde idéalisé. Ce monde idéal est il un monde céleste ou notre monde ? Bref, toujours le même problème quand on donne trop de détail sur l’au-delà, chaque réponse soulève une nouvelle difficulté…

Et puis nous avons droit à une petite séquence aventure, alors que nous visitons notre première tombe, toutes les lumières s’éteignent. Je m’attends à entendre Amonbofis s’esclaffer « Ce tombeau sera votre tombeau, français ! » Mais le générateur se relance et les lumières se rallument.

En tout cas, c’est sympa de voir ces tombeaux après trois jours de temples. Toutes ces couleurs, c’est tout de suite plus gai ! Bien sûr, je plaisante. Les temples étaient aussi colorés que les tombeaux,  c’est juste que l’enfouissement et la sécheresse ont préservé les peintures des seconds… Mais cet anachronisme ne fait que souligner l’optimisme des égyptiens à propos de l’au-delà, un optimisme qui ne gagnera Israël que par l’intermédiaire des grecs.

 

Afin de permettre à ceux qui le souhaitent d’aller au musée, Jean Paul s’arrange pour que nous DSC01134prenions un raccourcis à travers le Nil : le bus nous dépose à l’embarcadère et c’est un bateau qui nous amènera à notre bateau. Déjeuner au lance-pierre (l’avantage des buffets) puis un petit groupe, accompagné des djeunz part visiter le musée de Louxor. Un petit musée finalement mais bien mis en valeur avec de très belles pièces. Et surtout, comme me le fait remarquer Laurence, du mobilier, absent jusqu’ici mais qui humanise toutes ces pierres.

Notre petit groupe rejoint ensuite le gros de la troupe pour une ballade en bateau vers une bananeraie/briqueterie. C’est une initiative de Jean Paul qui trouve que tous ces cailloux, c’est bien gentil mais fatiguant à la longue, et qui est ravi de nous montrer l’Egypte d’aujourd’hui. C’est vrai que c’est une pause salutaire, entourés de verdure, de gens sympas, loin de tout harcèlement commercial. Le paysan dont Laurence photographie les ânes pour me faire plaisir, pose et fait le pitre avant de repartir à son travail tout sourire sans nous demander aucun backshish. Nous découvrons la culture de la banane, la fabrication des briques, goûtons à la canne à sucre et sirotons qui un jus de citron, qui un jus de goyave avant que le propriétaire du bar nous invite à aller admirer le coucher de soleil en terrasse…

Je me demande si le groupe de jeunes filles voilées qui vient d’envahir, en prenant moulte photos, le restaurant avant que nous le quittions sont des touristes égyptiennes. En tout cas, une fois de plus, si nous ne pouvons que constater l’omniprésence du voile, nous devons également voir qu’il n’empêche absolument pas la coquetterie.

De retour au bateau, je bois une bière avec Jean Paul avant de me lancer dans une nouvelle étude (décidément, j’ai bien fait de les rendre optionnelles, une fois de plus tout le monde est là ou presque pour m’entendre parler de l’influence des mythes égyptiens sur la théologie chrétienne).

Puis, nous retrouvons la cohue d’un embarquement en train : le chauffeur qui engueule un des porteurs parce qu’il a claqué la porte de la soute trop fort, quelques commerçants qui viennent nous proposer des jeux de carte (une nouveauté sans doute due au contexte quai de gare). JeDSC01142 continue à bien aimer le train de nuit mais c’est vrai que ma cellule monastique me change du luxe du bateau (et encore, une fois de plus j’ai la mienne pour moi tout seul). En principe, le service doit nous réveiller une heure avant l’arrivée à Gizah (« mais pourquoi vous autres, français remplacez vous nos « a » par des « e » ?») pou nous réveiller et nous proposer un petit déjeuner. Il est 7h15 et il vient juste de passer. Seulement une heure de retard, ça devrait aller…

Je suis content, j’ai rattrapé tout mon retard, si j’écris ce soir, ce sera pour vous parler d’aujourd’hui…

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