2 Novembre 2011
6h40 : Nous voilà installés dans l’avion.
La fin de la journée d’hier était plus tranquille : restaurant de poisson au dessus du restaurant de poulet de la veille. Je ne sais pas si l’énorme et délicieux poisson que nous trouvons dans notre assiette est un barracuda, mais en tout cas, c’est délicieux même si nous n’avons plus d’appétit (promis, je vous épargne les papillons de ma jeunesse (ou pas)).
La bibliothèque d’Alexandrie était bien en grève, nous nous en contenterons donc d’en admirer l’architecture générale. Je regrette beaucoup mais d’un autre côté, c’est pas plus mal vu que le lendemain c’est à 3 heures qu’il faudra se lever…
En tout cas, Aischa a beau nous dire que les révolutionnaires ont été très gentils, elle trouve quand même que depuis la Révolution, c’est le bazar et que les gens ont un peu trop tendance à croire que la liberté c’est faire tout ce qu’on veut.
Ca roupille sec dans l’autocar, faut dire que nous avons mis une heure à sortir d’Alexandrie, une heure ou plus pour
rentrer dans Le Caire. Petit arrêt au bord de la route du désert pour acheter des dattes. Les enfants sont très mignons mais Jean Paul nous dissuade de leur offrir le paquet de gâteaux français qui traîne dans notre valise
depuis le départ : « écoutez-les. Quelqu’un vient de leur offrir des stylos et maintenant, ils réclament de l’argent. Tant pis pour eux. De toute façon, ils ne sont vraiment pas dans le
besoin. »
Retour à l’hôtel Santana à 21h, nos adieux à Aischa à qui je laisse mon bouquin «Ce que la Bible doit à l’Egypte. Un repas auquel nous ne touchons pas beaucoup. Malgré la sieste dans le car, nous sommes tous fatigués et la nuit sera courte. Comme plaisante mon père, j’espère que nous n’avons payé que 2 nuits au Santana : la première nous sommes arrivés à 3h et la dernière, nous partons à 3h…
Ce matin, les enfants étaient prêts avant nous. Bien joué ! Un thé et dans l’énorme boîte petit dèj’, nous piochons de quoi manger un morceau en route. Mais les tomates, concombre, pain et confitures restent derrière nous…
Dans le bus, nos adieux à Jean Paul, cette fois. Puis embarquement, passage des douanes. Pour finir en beauté avec leurs petits embêtements (je vous aurais bien raconté mais ça aurait pris trop de temps), Fabienne et Sophie sont rappelées dans le bus. Mais cette fois, c’est juste pour leur dire que leurs sièges ont été changés. Ca me permet juste d’être sarcastique et de demander à Fabienne quel est son lien de parenté avec Pierre Richard…
Trop fatigué pour vraiment stresser. Juste content de ce voyage, content aussi qu’il touche à sa fin. Un rendez vous, plus tard, avec une Egypte moins monumentale et plus quotidienne. Qui sait ?
9h45
J’aimerais bien qu’ils arrêtent de nous passer des sketch de caméra cachée pour nous remettre les informations de vol…
Du coup j’en profite pour vous livrer deux ou trois divers que j’ai oublié d’inclure dans les notes précédentes
1) L’utilité du nilomètre qu’on retrouve dans tous les temples et qui sert à mesurer la crue du Nil. Pas par soucis d’archivage mais pour savoir comment fixer les impôts. Si les crues sont hautes, les récoltes ont dû être bonnes et on peut prélever beaucoup… Je proposerai à notre trésorière d’investir dans un pluviomètre…
2) Le babouin dans l’iconographie égyptienne qui est soit figure du dieu Thot (pour changer un peu de l’ibis, sans doute), soit figure solaire (parce que les babouins crient et dansent quand le soleil se lève), soit figure de la clepsydre (l’horloge de nuit). Pourquoi de la clepsydre ? Parce que les anciens avaient observé que le babouin urinait toutes les heures.
3) Si l’on peignait le visage du défunt sur les sarcophages, c’est pour que le bâ, l’âme immortelle, puisse retrouver la bonne momie lors de la résurrection. De là à conclure que le bâ des pharaons était analphabète (y avait leur cartouche partout dans leurs tombeaux), il n’y a qu’un pas…
4) J’ai oublié de vous
raconter les vendeurs en felouques à l’écluse d’Esna. Alors que le bateau ralentit pour approcher de l’écluse, nous voyons des felouques s’approcher dans la nuit. Et elles commencent à nous
balancer des projectiles ! En fait ce ne sont pas des pirates mais des marchands. Les projectiles sont des sacs en plastique contenant des foulards, nappes ou djellaba. Si une marchandise
intéresse un passager, la négociation commence par dessus bord. Si l’affaire se fait, un nouveau sac est envoyé ou mettre l’argent, sinon, on renvoie les marchandises. Jean Paul nous raconte une
anecdote propre à dissuader toute tentation de malhonnêteté : le bateau est bloqué à l’écluse et les marchands n’ont aucune hésitation à prévenir la police en cas de mauvais payeurs… En tout
cas pour être marchand en felouque, il faut avoir le bras musclé et bien viser : ai-je précis é que le pont supérieur était au quatrième étage du bateau ?
5) Je terminerai en évoquant Mykerinos dont les anglais trouvèrent la momie sous sa pyramide et qu’ils voulurent ramener à Londres. Le bateau a coulé, offrant aux poissons de la nourriture lyophilisée depuis trois mille ans…C’est utile d’aller en Egypte, je sais enfin le pourquoi du titre d’un de mes jeux…
1er/11/2011
9h : J’ai mal dormi cette nuit. Et ce n’est pas seulement à cause du muezzin du port d’Alexandrie qui avait braqué ses haut-parleur vers notre chambre pour être bien sûr qu’on entendrait bien sa mélodie (encore la même que depuis le début du voyage, mais plus fort). Peut-être le luxe de l’hôtel, en principe plutôt destiné au pontes de la pétro-industrie qu’aux touristes. Ou, plus probablement, le retour des préoccupations du quotidien. Notre parenthèse égyptienne est en train de se refermer doucement…
11h20
Petite halte derrière l’amphithéâtre que l’hôtel nous annoncé être fermé. Ce serait une aubaine pour le petit cireur de chaussures (le premier que je vois) si nous ne portions pas tous des sandales… En tout cas, c’est une riche idée de quand même faire un détour pour le voir de l’extérieur, cela nous permet de constater qu’il est ouvert. Jamais faire confiance aux hôtels (ou plutôt : toujours vérifier l’information). En fait d’amphithéâtre, c’est un odéon. Et bien sûr, le seul moyen que trouvent mes parpaillots pour tester l’acoustique, c’est d’entonner « A toi la gloire »…
Traversée du marché qui commence à s’installer (c'est-à-dire que les commerçants commencent à s’installer sur la route) pour aller aux catacombes afin d’y découvrir un curieux mélange de styles égyptien et greco-romain puis un petit tour de la colonne Pompée pour vérifier que le soleil et le marbre sont une association pas toujours heureuse. Il fait plus frais à Alexandrie mais à cause de la réverbération, je n’ai jamais autant souffert de la chaleur pendant notre voyage que durant ce petit tour… Et nouvelle traversée du marché, cette fois bien installé. Nous découvrons un commerce nouveau : les marchands de moitié de voiture (moitié arrière pour le bas de la rue, moitié avant pour le haut de la rue). Eh bien sûr comme toujours, les commerçants s’installent sur la route, ne reculant que lorsque le tramway arrive, les boutiques en dur râlent parce que du coup, ces boutiques mobiles leurs piquent la clientèle (on se croirait dans une discussion sur les boutiques en ligne et les boutiques en dur…)
Bref, un nombre incalculable de scènes de rue, que j’oublie au fur et à mesure. Déjà que j’ai du mal à retenir toutes les explications d’Aischa….
13h25
Aischa profite du musée d’Alexandrie pour nous expliquer le pourquoi de la posture si particulière des personnages des bas reliefs. (Cette posture à laquelle vous
devez ma référence à un fleuron de la décadence pop des années 80) Il s’agit de représenter en deux dimensions la meilleure perspective (celle qui permettra de donner le plus de détails) de
chaque partie du corps : le visage de profil, l’œil de face, le torse de face, la poitrine des femmes de profil. De plus, elle nous fait remarquer que dans la représentation des couples,
c’est toujours la femme qui enlace l’homme. Ce qui est amusant c’est qu’on retrouve la même position quand le dieu enlace le roi…
Tout en admirant de jolies pièces, nous enjambons les étudiant(e)s assis(e)s par terre pour dessiner, MP3 à l’oreille.
Petite note, les égyptiens sont de plus en plus nombreux à fréquenter leurs musées (qui sont quasiment gratuits pour eux) et c’est une très bonne chose, se réjouit Jean Paul. Il y a encore 20 ans, les livres d’école ne faisaient commencer l’histoire de l’Egypte que lors de l’arrivée de l’Islam…
31 Octobre
9h10 ; Entre Le Caire et Alexandrie, nous prenons la route dite « du désert », mais les condominion dont nous parlait Jean Paul le premier jour et qu’Aischa nous présente à présent de façon plus positive, rendent cette route très peu désertique…
11h25
Nous quittons le monastère de Wadi Natroun. Quelques informations sur la vie quotidienne des moines (qui meurent à eux-mêmes et au monde extérieur, la prière des morts est dites sur le moine qui entre dans les ordres, brrr). Nous troublons la messe copte (orthodoxe) qui se déroule dans l’Eglise à l’atmosphère saturée d’encens et je me demande ce que le corps de Jean le Baptiste est venu faire en Egypte… En revanche tellement peu de données sur l’ancienneté du monachisme que je suis bon pour faire un exposé ce soir (je pensais que la visite guidée par un moine m’en dispenserai)
Mais ce qui m’amuse le plus, c’est la tête d’Aischa quand le moine nous dit que les musulmans ont persécuté les chrétiens, les obligeant à porter du noir (et les juifs à porter du jaune). Des musulmans persécutant des chrétiens ? Pas possible ! Ah quoique si c’était pendant la période des fatimides chiites, alors peut-être… Ben voyons (décidément, même l’Islam le plus modéré a encore des progrès à faire dans la capacité à l’auto-critique)
13h15 Nous arrivons à Alexandrie, retour dans les bouchons. J’ai oublié de raconter qu’hier, au Caire, nous avons longé, non loin de notre hôtel, un bâtiment très fortement gardé. Il s’agissait de l’ambassade saoudienne. Or, le bruit court que l’Arabie Saoudite paye les casseurs et provocateurs qu’on a beaucoup vus à l’oeuvre ces derniers temps (un petit rappel de l’actualité au milieu de laquelle nous jouons les touristes…)
22h50Je ne sais pas si je vais réussir à aller jusqu’au bout de notre journée d’aujourd’hui. A midi brochette de poulet dans un restaurant de poisson (en fait, non,
l’enseigne m’a induit en erreur, le restaurant de poisson est à l’étage au-dessus), joli panorama sur la Méditerranée (ça nous change un peu du Nil, pourtant on n’était pas lassés).
« N’attendez pas le dessert, il n’y en a pas » informe Jean paul avant d’aller s’en griller une. Il est à peine parti que nous voyons arriver un chariot à desserts. Je fais passer
l’information que le dessert n’est sans doute pas compris, mais Aischa me rassure, elle a négocié le dessert… Du coup, je cours prévenir Jean Paul (on n’est pas ségrégationniste au point
de priver les fumeurs de dessert) que je trouve avec le dessert qu’il vient d’aller acheter dans la pâtisserie voisine. Nos guides ne sont pas toujours très bien coordonnés mais ils sont aux
petits soins pour nous.
Ensuite, visite de la citadelle de Qaitbay, que le sultan éponyme fit construire à l’emplacement du phare d’Alexandrie, dont la destruction, entamée par une ruse des byzantins et la cupidité d’un sultan (« Alexandre a planqué son trésor dans le phare »), fut achevée par un tremblement de terre. La citadelle est sympa et les enfants s’amusent dans le dédale de salles.
Beaucoup moins sympas sont ces policiers qui nous suivent partout pour nous rendre de menu services : indiquer une marche, prendre une photo (quitte à nous arracher de force l’appareil des mains) pour glaner quelques euros. Je sais que j’en parle à chaque page, mais c’est parce que ça se passe à chaque moment…
Mauvaise nouvelle : la bibliothèque est fermée pour cause de grève. Aïe, c’est quand même pour ça qu’on a tenu à ce que notre itinéraire passe par Alexandrie.
Mais le plus extraordinaire de cette journée, c’est ce trajet vers l’hôtel. C’est à deux pas de la citadelle, mais le chauffeur ne sait pas où exactement et
surtout, il tient à nous déposer au pied de l’hôtel : fierté professionnelle. Or, un bus ce n’st pas facile à manier dans les bouchons d’Alexandrie… Par deux fois, au moins, il faut pousser
des voitures stationnées sur la route. Résultat, nous mettons deux heures (au sens propre) à faire les deux pas (au sens figuré) Jean Paul fulmine, à juste titre, contre l’organisation d’Hermès
(le tour operator local) mais le groupe prend le parti d’en rire.
Il me faudrait raconter cela, aussi : les fous-rires, les plaisanteries idiotes (je vous jure que je ne suis pas le seul), les petites attentions des uns pour les autres, à chaque moment. Je n’ai pas découvert de nouvelles facettes chez ceux qui nous accompagnent, mais pendant ces dix jours, j’ai vraiment l’impression que chacun(e) donne le meilleur de lui-même. Et ce n’ets pas la moindre des bénédictions de ce voyage.
C’est sur cette note et cette reconnaissance que je vais me coucher, le luxe de l’hôtel, on verra demain.
31 octobre
6h25
Bon, ça n’a pas raté, je me suis effondré sans avoir eu le courage d’écrire quoique ce soit sur la journée d’hier. Allons-y donc
Pendant qu’Aischa nous explique l’histoire d’Egypte, nous apercevons les pyramides entre les immeubles, mais cet imbécile de car fait exprès de ne s’arrêter que devant des arbres ou des poteaux. Je comprends mieux pourquoi on ne voit les pyramides que sur fond de désert…
Il était impensable de passer en Egypte sans voir le plateau de Giza (c’est du dernier snobisme, non, d’écrire Giza au lieu de Gizeh ?) et c’est vrai que le site est grandiose mais ce n’est pas le plus passionnant, à mon humble avis. Et qu’est ce que les vendeurs sont pénibles… Ici, ils se comportent vraiment en chasseur : mieux vaut ne pas s’éloigner du troupeau. Surtout quand on est une femme rousse aux yeux bleus. Fabienne l’apprendra à ses dépens : trois policiers s’associent à un chamelier pour la faire grimper de force sur un dromadaire et lui extorquer les trois euros d’usage. C’est pas du vol, juste une méthode commerciale qui confine au racket… (Madian sera plus rusé : s’il monte sur un chameau, il laisse d’autre payer pour lui. Merci Uschi !
On nous fait ensuite enfiler des palmes (ce doit être l’équivalent égyptien du gilet de
sauvetage) pour visiter la barque solaire de Khéops, un puzzle de 1200 pièces, long d’une quarantaine de mètre et vieux de 4500 ans. Barque solaire ou barque d’apparat ? La question reste
posée. Si c’était une barque solaire, c'est-à-dire le véhicule dans lequel le pharaon devait accompagner le soleil dans son voyage souterrain, l’immortalité commençait par une sérieuse épreuve de
patience : la barque était fournie en kit…
Si le désert est toujours magnifique, j’aime bien la vue sur le Caire et sa pollution, aussi. Ensuite, descente vers le sphinx. Là, j’avoue que le sphinx et la pierre du songe m’amusent moins que le groupe de collégiens qui vient nous encercler, non pas pour nous vendre quelque chose, mais juste pour échanger quelques mots d’anglais. J’incite les enfants à répondre mais seule Yaël se lancera, ce qui ravit Aya, la plus délurée et souriante du groupe : pas de voile et c’est elle qui insiste le plus « What’s your name ? » « Where are you from ? » Welcome to Cairo ! »
7h30
En tout cas, Uderzo et Goscinny ont dû passer en Egypte. Le marché de souvenirs devant le sphinx, c’est tout à fait ça (les auvents en moins, quand même) (d’ailleurs je regrette de ne pas avoir apporté Asterix et Cléopâtre, Aischa ne semble pas connaître la véritable raison du nez manquant)
A midi, grillades. Délicieuses (à part dans le train, on mange bien en Egypte). Je profite du calme du restaurant pour accepter de donner un billet de 20 euros à un serveur en échange de petite monnaie. Mauvaise idée : cela attire les musiciens qui nous font découvrir une nouvelle forme de harcèlement des touristes : la torture auditive jusqu’à ce qu’on paye pour qu’ils s’éloignent… Pas grave : on a fini notre dessert. A la sortie, un tour de chameau pour Amos, Yaël et Sophie qui piaffaient de jalousie par rapport à Madian. Cette fois, c’est un euro le tour…
Après le repas, direction Sakkarah, la plus ancienne nécropole et les premiers bâtiments de pierres. En effet, les bâtiments des vivants (palais royaux y compris) étaient en brique alors que pour les dieux et les morts, les bâtiments sont en pierre. Une petite énigme dans une mastaba : sur une très jolie fresque, deux porteurs ont été martelés, seulement deux. Alors qu’ils sont tous identiques. Pourquoi ? Hypothèses de l’égyptologue de comptoir : soit les peintres et tailleurs se sont ratés (et le martelage devient l’équivalent du coup de blanco), soit les porteurs martelés ont été virés pour incompétence et leur patron ne tenait surtout pas à se les fader pour l’éternité.
Intéressante aussi cette pyramide à niveaux, pyramide imprévue puisque Imothep après avoir empilé gradin sur
gradin pour faire plus grand, s’est rendu compte que la forme pyramidale, c’était pas mal.
En tout cas, je note que les modernes sont encore plus sympas avec les pharaons morts que leurs contemporains. Si les bâtisseurs avaient laissé deux trous devant les yeux de la statue de Djeser,
pour qu’elle puisse voir du monde, nous on l’a carrément amenée au musée…
Sakkarah c’est aussi beaucoup moins de harcèlement qu’à Giza. Un des gardiens perdra quand même un pourboire, il a tellement insisté pendant que j’étais en train d’essayer d’extraire une pièce de mon rouleau de 20 centimes, que je me suis cogné la tête. Du coup je ne lui ai rien laissé. Ah mais !D’après Jean Paul, la différence est due au fait qu’à Giza, les vendeurs sont les voyous des faubourgs, alors qu’à Sakkarah ce sont les paysans du coin.
Après Sakkarah, direction Memphis. Ou plutôt ce qu’il en reste. Quelques statues exposées au milieu d’un petit village pas très fréquenté par les touristes : le prix de l’eau et des cartes postales ont sensiblement baissé. La colossale statue effondrée de Ramsès II nous permet de vérifier sous son pagne : effectivement le pharaon avait un truc à compenser…
Sur la route de Memphis, pas besoin d’un air idiot pour me bercer, j’ai beau aimer les scènes de rues, mes yeux se ferment tous seuls…
Arrêt à un magasin de papyrus. Cette fois, au moins, on nous explique un peu comment on fait le papyrus… Les enfants ont
été super pendant le voyage, ils méritent bien les papyrus que nous leur achetons…
Ensuite retour à l’hôtel du premier soir au milieu des bouchon. Je joue aux colons de Catane avec Amos ce qui m’évite de me rendormir. A l’hôtel, mauvaise surprise : le porteur attend visiblement un pourboire et fait la gueule devant nos 50 centimes d’euro (pourtant le double du pourboire indiqué par Jean Paul) J’aurai l’explication le lendemain (c'est-à-dire aujourd’hui) : les porteurs ne savaient pas que leurs pourboires étaient versés par l’agence. « Ils sont vraiment cons des fois, ça fait des années que je viens et c’est toujours le même système… » Il est 8h40, cela fait une heure que nous roulons et nous sortons tout juste du Caire. Je pense que les égyptologues se sont plantés : les longues files de personnages qu’ils ont pris pour des processions étaient en fait les bouchons de l’époque…
Au moins, mes prochaines notes concerneront la journée d’aujourd’hui…
30 Octobre
5h30
Décidément, je n’arrive pas à écrire le soir. Heureusement que je n’arrive pas non plus à dormir le matin….
Hier, départ à 7h pour les nécropoles. Nous passons à l’ouest du Nil. « Parce que le Nil coule vers le nord et que vers la droite, c’est la vie et vers la gauche c’est la mort ». Je me demande si Aischa fait de la politique…
Un premier arrêt à la vallée des Reines. Les rois et leurs épouses faisaient tombeaux à part (forcément l’éternité à deux, c’est long surtout vers la fin). En fait de tombeaux de reines, nous n’avons vu que celui de Titi (épouse de Rô-Min-Het, (pas pu m’en empêcher)), qui est très endommagé. L’intérêt est plutôt dans les tombeaux de deux fils de pharaon mort avant leur puberté. En effet l’enfant non pubère était alors considéré comme ayant besoin de la protection de sa mère jusque dans l’au-delà. Il y a quelque chose d’émouvant dans ces deux jeunes princes qui s’avancent dans le séjour des morts sous la protection de leur père.
Après les reines, nous passons à la vallée des artisans. C’est presque vexant, aucun vendeur n’est là à la sortie du bus… Pendant qu’ils travaillaient aux tombeaux des rois et des reines, les artisans étaient cloîtrés dans des villages, à côté de ces vallées, et pendant leur temps libre, ils mettaient en pratique leur art pour construire leurs propres tombeaux. Les deux tombes que nous visitons nous montrent des couples (tombe à part, c’est bon pour les pharaons) et surtout la vie quotidienne (alors que les pharaons se concentrent sur la mythologie). Les sous titres idiots que nous nous amusons à donner aux fresques ne dissimulent absolument pas notre émerveillement devant la richesse des scènes et la finesse des traits…
Ensuite, direction la vallée es Nobles. Ici, une seule tombe mais riche en histoire et enseignement puisqu’elle appartenait à un ministre d’Amenophis IV alias Akhenaton. Du coup, non seulement le tombeau présente deux styles différents mais Akhenaton ayant déplacé sa capitale, il est resté inachevé.
Ainsi, on peut voir le quadrillage qui permettait aux peintres et aux tailleurs de respecter les dimensions qui leurs étaient imposées. On voit également la différence des styles : sous Akhenaton, l’idéalisation des personnage n’est plus de mise, et les artistes se lâchent, poussant parfois le naturalisme jusqu’à la caricature…
Au-delà des questions historiques, ce sont les détails des bas-reliefs qui me fascinent : les perruques, ciselées chacune différemment, les vêtements dont on peut nettement voir le style. Une supposition d’égyptologue de comptoir : les artistes étant tenus de respecter toujours les même proportions et les mêmes trait sur les corps et les visages ne se sont-ils pas lâchés sur les détails des parures ?
Nous terminons par la vallée des Rois en y retrouvant nos vendeurs. L’un d’entre eux s’amourache de Sophie. « Un bisou contre un papyrus ». Ce monstre de Madian suggère « Vas-y et après tu me donnes le papyrus ! » Réponse de Sophie : « Fais lui toi-même un bisou »…
Le principe de visite de la vallée des rois et le même que pour la vallée des reines : 6 ou 7 tombes sont ouvertes, vous avez le droit d’en visiter 3. En effet, il serait bon que la respiration et la transpiration d’une horde de touristes ne viennent pas détruire en 50 ans ce que la sécheresse a préservé pendant des millénaires… Quelques uns prendront le supplément pour la tombe de Ramsès 6 mais Aischa nous déconseille fortement la tombe de Toutankhamon. Faut dire que c’est gonflé de demander un supplément pour la tombe qui est la plus petite de toute et qui est restée inachevée… (Ben oui, les pharaons faisaient construire leur tombeau pendant tout leur règne mais une fois qu’ils mourraient, pas question de retarder l’enterrement. Du coup, le pauvre Toutankhamon mort à l’âge de 18 ans….)
Trois tombes sont suffisantes pour occuper l’heure et quart de visite que nous avons. Nous
laissons donc les plus connaisseurs découvrir Ramsès VI et nous
explorons les trois qu’Aischa nous recommande, nous amusant à reconnaître les dieux et les scènes à l’aide des nombreuses clefs que notre guide nous a données tout au long de la semaine…
Je me demande quand même comment les égyptologues ont réussi à comprendre que la déesse Nout au corps étoilé était le ciel de jour alors qu ela déesse Nout au corps parcouru par le soleil était le ciel de nuit. Peut être tout simplement parce que l’histoire de Nout avalant le ciel tous les soirs et l’accouchant tous les matin était racontée dans les papyrus. Peut-être encore est-ce une question d’orientation… Une autre question m’intrigue : les égyptiens momifient leurs corps pour que leur Bâ (disons âme) puissent retrouver celui-ci en bon état lors de la résurrection. D’un autre côté, cette résurrection a lieu dans un corps idéalisé, dans un monde idéalisé. Ce monde idéal est il un monde céleste ou notre monde ? Bref, toujours le même problème quand on donne trop de détail sur l’au-delà, chaque réponse soulève une nouvelle difficulté…
Et puis nous avons droit à une petite séquence aventure, alors que nous visitons notre première tombe, toutes les lumières s’éteignent. Je m’attends à entendre Amonbofis s’esclaffer « Ce tombeau sera votre tombeau, français ! » Mais le générateur se relance et les lumières se rallument.
En tout cas, c’est sympa de voir ces tombeaux après trois jours de temples. Toutes ces couleurs, c’est tout de suite plus gai ! Bien sûr, je plaisante. Les temples étaient aussi colorés que les tombeaux, c’est juste que l’enfouissement et la sécheresse ont préservé les peintures des seconds… Mais cet anachronisme ne fait que souligner l’optimisme des égyptiens à propos de l’au-delà, un optimisme qui ne gagnera Israël que par l’intermédiaire des grecs.
Afin de permettre à ceux qui le souhaitent d’aller au musée, Jean Paul s’arrange pour que nous prenions un raccourcis à travers le Nil : le bus nous
dépose à l’embarcadère et c’est un bateau qui nous amènera à notre bateau. Déjeuner au lance-pierre (l’avantage des buffets) puis un petit groupe, accompagné des djeunz part visiter le musée de
Louxor. Un petit musée finalement mais bien mis en valeur avec de très belles pièces. Et surtout, comme me le fait remarquer Laurence, du mobilier, absent jusqu’ici mais qui humanise toutes ces
pierres.
Notre petit groupe rejoint ensuite le gros de la troupe pour une ballade en bateau vers une bananeraie/briqueterie. C’est une initiative de Jean Paul qui trouve que tous ces cailloux, c’est bien gentil mais fatiguant à la longue, et qui est ravi de nous montrer l’Egypte d’aujourd’hui. C’est vrai que c’est une pause salutaire, entourés de verdure, de gens sympas, loin de tout harcèlement commercial. Le paysan dont Laurence photographie les ânes pour me faire plaisir, pose et fait le pitre avant de repartir à son travail tout sourire sans nous demander aucun backshish. Nous découvrons la culture de la banane, la fabrication des briques, goûtons à la canne à sucre et sirotons qui un jus de citron, qui un jus de goyave avant que le propriétaire du bar nous invite à aller admirer le coucher de soleil en terrasse…
Je me demande si le groupe de jeunes filles voilées qui vient d’envahir, en prenant moulte photos, le restaurant avant que nous le quittions sont des touristes égyptiennes. En tout cas, une fois de plus, si nous ne pouvons que constater l’omniprésence du voile, nous devons également voir qu’il n’empêche absolument pas la coquetterie.
De retour au bateau, je bois une bière avec Jean Paul avant de me lancer dans une nouvelle étude (décidément, j’ai bien fait de les rendre optionnelles, une fois de plus tout le monde est là ou presque pour m’entendre parler de l’influence des mythes égyptiens sur la théologie chrétienne).
Puis, nous retrouvons la cohue d’un embarquement en train : le chauffeur qui engueule un des porteurs parce qu’il a claqué la porte de la soute trop fort,
quelques commerçants qui viennent nous proposer des jeux de carte (une nouveauté sans doute due au contexte quai de gare). Je continue à bien aimer le train de nuit mais c’est vrai que ma
cellule monastique me change du luxe du bateau (et encore, une fois de plus j’ai la mienne pour moi tout seul). En principe, le service doit nous réveiller une heure avant l’arrivée à Gizah
(« mais pourquoi vous autres, français remplacez vous nos « a » par des « e » ?») pou nous réveiller et nous proposer un petit déjeuner. Il est 7h15 et il vient
juste de passer. Seulement une heure de retard, ça devrait aller…
Je suis content, j’ai rattrapé tout mon retard, si j’écris ce soir, ce sera pour vous parler d’aujourd’hui…
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
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