Il y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de
David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.
Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...
Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.
Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.
Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.
Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture. Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"
C'est un passage obligé des ballades d'été et
d'automne : l'arrêt auprès de buissons sur lesquels on a aperçu mûres, myrtille, framboises ou fraises (je sais, les fraises ne poussent pas sur fes buissons). Traditionnellement, nous marquons le début de l'année par une embrassade, des voeux et des résolutions. Si la Saint Sylvestre n'a rien d'une fête chrétienne, à la lumière de notre foi, ces trois rites peuvent prendre une signification particulière.
Ne vous conformez pas à ce monde–ci, mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréé et parfait
Romains XII, 12
Nos résolutions suscitent souvent une bonne dose de scepticisme et de méfiance : combien sont réellement
tenues ? Et ne sont-elles pas un énième avatar de l'éternelle tentation des oeuvres ? Prendre de bonnes résolutions, c'est vouloir encore et toujours donner nous même une valeur à notre vie,
c'est vouloir, encore et toujours, être juste par nos propres forces. Sans doute.
Mais prendre des résolutions, c'est aussi reconnaître que nous ne sommes pas parfaits, que notre vie a besoin de changements. Prendre des résolutions, c'est refuser de nous résigner à
nous-même.
Ne renonçons pas trop vite à nos résolutions mais, pour qu'elles soient plus qu'une vaine tentative d'auto-justification, prenons-les à la lumière de nos voeux.
Soyez bénis du SEIGNEUR, qui fait le ciel et la terre !
Psaume 115, 15
"Bonne année, bonne santé" Nos voeux sont le deuxième passage obligé de ce début d'année. A tel point qu’ils résonnent comme une formule un peu creuse. Pourtant, ils disent quelque chose d'essentiel : le bien que nous espérons pour l'année qui commence ne dépend pas de nous. Il serait donc cohérent, pour nous, chrétiens, de présenter nos voeux de Nouvel-an comme une prière de bénédiction pour ceux que nous aimons et que nous présentons à Dieu, pour nous-mêmes qui avons besoin de la bénédiction de Dieu sur nos projet et nos résolutions et même pour ceux que nous ne parvenons pas à aimer afin que la bise du Nouvel-an annonce l'année qui va suivre.
Saluez-vous d'un saint baiser.
Romains XVI, 16
En effet, nous commençons l'année par un geste qui n'a rien d'anodin. Qu'il soit échangé avec notre conjoint ou un inconnu croisé pour la soirée de la Saint Sylvestre, ce baiser est un geste d'amour et de paix. Il dit la rencontre. Il dit que l'autre nous est précieux et que nous nous ouvrons à lui. Ce baiser qui commence notre année est la préfiguration de tous les gestes qui la peupleront. En ferons-nous le baiser de Judas ? A Dieu ne plaise.
A vous tous, mes frères et mes soeurs, une année de grâce et de bénédiction !
(Edito de notre bulletin paroissial)
"Bonjour, je suis un distributeur automatique de billets" affiche l'écran du distributeur de je ne sais plus quelle banque de Montpellier.
Non !
Je veux bien que tout s'automatise ; moi-même, j'ai souvent recours aux bornes automatiques pour gagner du temps. Mais, je ne veux pas que, par soucis d'anthropomorphisme, une machine qui n'a aucune conscience d'elle même, me dise "Je". Je ne veux pas qu'on galvaude ce petit mot de deux lettres.
En effet, c'est un pouvoir immense que celui de la subjectivité. J'ai conscience de faire ce que je fais. J'ai conscience de penser ce que je pense. Et j'ai même conscience de n'être pas toujours maître de ma pensée ou de mes actes.
C'est dans ce "je" que je comprends "fait à l'image de Dieu". En effet, ce "je" est une caractéristique essentielle de Dieu, une caractéristique que la traduction de YHVH par l'Eternel, gomme malencontreusement. Dieu est sujet, bien plus que je ne puis l'être. En effet, quoiqu'individu conscient et donc sujet, je reste programmé et donc objet (moins qu'un distributeur automatique, quand même), Dieu est, quant à lui le sujet absolu, sans programmation, ni contrainte. Et c'est ce "je" là qui a choisi de s'attacher à moi. C'est ce "je" là qui m'offre ma liberté.
Le schofar (chofar ou encore shophar) est un instrument de musique à vent en usage dans le rituel israëlite depuis l'Antiquité.
La vuvuzela (prononcé vouvouzéla), aussi appelée lepetata en setswana, est une corne d'environ un mètre de long, utilisée par les supporters de football dans les stades d'Afrique du Sud.
(Source : wikipedia)
Le football m'indiffère totalement. Je me suis senti étranger à l'allégresse de 98, je me sens étranger à l'effondrement de 2010. Je ne fais même plus partie de ceux que cela agace.
Pourtant, il y a parfois autour de la coupe du monde des polémiques amusantes. Là, c'est la question des vuvuzelas qui a attiré mon attention. D'abord parce que je collectionne les mots rigolos et que vuvuzela, c'est quand même très joli.
Et puis, parce que ce débat soulève un concept intéressant : celui de la trompette qui fait trop de bruit. Ce n'est pas un concept nouveau, je le connais bien : depuis les premiers jeux offerts à mes enfants, à grand renfort de ricanements sardoniques, par un frère facétieux jusqu'aux premières leçons de hautbois de Yaël, j'ai eu l'occasion d'y être confronté.
Mais la vuvuzela m'évoque le shofar, cette trompe biblique, qui est le premier instrument liturgique, la trompette évoquée par certaines traductions (cor me paraît quand même plus approprié). Or cette trompette n'a pas pour but de charmer nos oreilles avec des mélodies à la Louis Armstrong, mais de sonner le rappel ((Exode XIX, 16), de faire s'effondrer les murailles (Josué VI, 16) et même de réveiller les morts (I Corinthiens XV, 52).
Et plus qu'à une mélopée qui nous berce, la voix de Dieu ressemble à une clameur de vuvusela qui nous bouscule, nous dérange et nous réveille.
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
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