Je ne sais pas combien de couples homosexuels se marieront (et encore moins combien demanderaient une bénédiction sur leur couple (mais là, je suis hors sujet)). Je ne sais pas combien de couples homosexuels adopteront combien d'enfants. Mais je suis sûr que le nombre sera infiniment moins grand que celui des esprits qui s'enflamment sur la question.
J'ai
longtemps appelé de mes vœux une vraie réflexion sur la question dans mon Église et j'avoue que le débat tel qu'il a lieu actuellement me déçoit profondément. D'abord parce qu'il se résume au
pire aspect de la démocratie : il prend la tournure de ce chant/concours de colonies de vacance "C'est à bâbord qu'on gueule le plus fort" (merci de ne pas voir d’interprétation politique dans le
choix du couplet)
Ensuite parce que l'instrumentalisation des arguments n'a jamais été aussi patente. Ce n'est pas tel et tel arguments me conduisent à telle conclusion mais ma conclusion me pousse à brandir tel
ou tel argument (je ne prétend absolument pas échapper à cette tentation mais j'avoue que les agnostiques du mariage gay me manquent)
Bon l'avantage de cette discussion au raz des pâquerettes, c'est que du coup ça me permet d'écrire sans trop de scrupule mon petit grain de sel.
Comme je ne suis pas plus objectif que les autres, commençons par mon point de vue. Je pense qu'un couple, c'est un projet à deux qui s'inscrit dans la durée et la stabilité. Et je pense que le couple a besoin d'un cadre extérieur, d'une reconnaissance civile et juridique pour exister.
Je sais que
des hommes aiment un autre homme, que des femmes aiment une autre femme et éprouvent le désir de construire avec cet autre un projet
Je pense qu'en règle générale, il vaut mieux pour un enfant de grandir dans une famille que d'aller de famille d'accueil en centres.
Je pense
qu'il existe encore une homophobie réelle dans notre société, qui conduit facilement à l'insulte ou à l'ostracisme voire à l'agression et je pense qu'un geste fort de reconnaissance civil permet
de faire diminuer les haines de ce type.
Pour ces raisons, je suis favorable au mariage pour tous et même à l'adoption tout en gardant certaines réserves et en reconnaissant que ce sera un vaste chamboulement. (Personnellement, j'aurai
préféré que soit conservé une différentiation (pas hiérarchique) entre un projet de couple hétérosexuel et un projet de couple homosexuel (peut être meme entre couple féminins et masculins)).
Pour le moment, je m'abstiens de me prononcer sur la question de la bénédiction des couples gay.
Ceci dit, j’écris surtout cet article pour me soulager : quelques arguments pro et anti que je lis ou entend régulièrement m’agacent. La suite sera donc tout à fait partiale, sarcastique et défoulatoire Mais vu le niveau actuel du débat, je ne vois pas pourquoi je me gênerais
Exemples de couples homosexuels maltraitant leurs enfants
Exemples de couples hétérosexuels maltraitants leurs enfants
L'exemple outrancier élevé au rang de vérité générale, en dessous du niveau zéro du débat
Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont moins équilibrés que les autres.
1) Quelles études ?
2) La phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples homosexuels dans une société qui considère l'homosexualité comme une anomalie sont moins équilibrés que les autres.
3) voir l'argument suivant
Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont aussi équilibrés que les autres
1) quelles études ?
2) la phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples qui se savaient sous observation constante avec nécessité de faire leur preuve sont aussi équilibrés que les autres
3) voir l'argument précédent (et faudrait savoir)
Les études favorables au mariage et à l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies gays
Voir argument suivant
Les études défavorables au mariage et l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies antigay
Voir argument précédent
L'important est de protéger les enfants
Et c'est sûr que répéter à longueur de médias aux enfants actuellement élevés par des couples homosexuels qu'ils sont en danger grave de déséquilibre, c'est une bonne manière de les protéger.
Il faut vivre avec son temps.
Heureusement que l'Église confessante qui s'est opposée au nazisme a refusé de vivre avec son temps. NB. Je ne fais aucune comparaison entre l'homosexualité et le nazisme, il s'agit simplement d'affirmer que l'Église n'a absolument aucun devoir de vivre avec son temps, elle doit être se réformer sans cesse, elle doit être assez humble pour accepter que parfois l'évolution des moeurs lui permet de mieux vivre l'Évangile, mais vivre avec son temps... Elle l'a malheureusement trop souvent fait en massacrant de l'infidèle et en brûlant de l'hérétique.
La nature nous montre que pour avoir des enfants, il faut un mâle et une femelle.
Oui et la nature nous montre aussi que pour que le troupeau survive, il faut laisser les vieux et les faibles se faire bouffer.
Demain on réclamera le
mariage à trois ou avec son frère ou avec son orang-outang.
Alors, allons plus loin que le refus du mariage pour tous et remontons à la source du problème. A partir du moment où l'on a cessé d'enfermer les homos, c'était sûr qu'ils allaient se mettre à
vivre en couple et même à élever des enfants. Donc criminalisons l'homosexualité.
C'est une remise en cause des bases de notre société.
Peut-être. L'abolition de l'esclavage en était certainement une.
Si tout le monde était homosexuel ce serait la fin de l’humanité
Oui, à court terme. En même temps, le mariage pour tous ne me donne aucun regret d’avoir épousé une femme. A vous, si ?
C'est une question d'égalité
Je ne crois pas que l'égalité se vive en établissant les même cadres pour tous.
En remplaçant les termes de père et de mère par celui de parent, on anéantit les notions de paternité et de maternité.
En fait, c'est faux. Le texte prévoit de remplacer l'ensemble "père et mère" par "parents", pas de supprimer les notions de père et de mère.
Les opposants aux mariages gay sont homophobes
Là, je n'ai pas d'argument pour expliquer pourquoi ça me sort par les yeux.
Les religions n'ont pas à se mêler des questions de société
Ben si. Même que ça s'appelle la laïcité.
La Bible condamne l'homosexualité
Et aussi le mariage avec une étrangère. En revanche, elle accepte l'esclavage et elle affirme que toute autorité vient de Dieu et qu'il convient de s'y soumettre, donc même aux autorités qui autorisent le mariage pour tous, non ?
La Bible pose la différence sexuelle comme essentielle à l'altérité
Avec un récit de la création qui célèbre la similitude entre l’homme et la femme s’en s’attarder sur leurs différences ? Avec un Dieu lu comme principalement masculin qui épouse le peuple qu’il appelle son fils (mais travesti pour le mariage, il est vrai) ? Ou bien avec un Dieu dont la capacité à la relation est dite à travers l'image de la trinité (ou de la filiation) mais pas du tout dans la différentiation sexuelle ? Est-c qu’on aurait pas un peu tendance à surinterpréter les images, là ?
David et Jonathan était un couple homosexuel
N'importe quoi. Quand David dit de Jonathan que son amour vaut mieux que celui des femmes, il se contente d'énoncer un lieu commun qui a prévalu pendant des siècles : l'amitié masculine est plus noble que la relation entre homme et femme. Aujourd'hui, on se dirait simplement que c'est plus sympa de boire une bière entre mecs que de s'encombrer d'histoires de bonnes femmes.
Tant qu’on y est, le disciple que Jésus aimait n’était pas non plus le giton de Jésus.
Jésus a dit : "aimez vous les uns les autres" donc il faut laisser les homos faire comme ils veulent.
Ben oui mais je peux, je dois, même, aimer l'assassin sans le laisser assassiner. Ah zut, on va encore m'accuser d'assimiler l'homosexualité à un crime. Bon, je peux aimer celui qui s'oppose au mariage pour tous sans pour autant le laisser empêcher la loi.
Dans les quatre derniers arguments, merci d'entendre au-delà de tout sarcasme facile, une réelle inquiétude sur la manière dont nous instrumentalisons les textes bibliques.
Troy Davis est mort et son exécution me fait
hésiter à poster cette note : je n'aime pas transformer un homme en étendard. On me pardonnera cependant de partager mon amertume. Voici ce que j'étais en train d'écrire ces jours-ci.Sur un plan artistique, le Piss Christ de Serano me laisse complètement indifférent. Ou plutôt il suscite un léger agacement : s’il suffit de plonger un symbole quelconque dans la pisse pour faire de l’art, alors le billet brûlé de Gainsbourg était de l’art. J’avoue avoir une un peu plus haute estime de l’art.
Mais l’indignation qu’il suscite chez certains chrétiens (catholiques et protestants) m’interpelle. Qu’est ce que c’est qu’une croix, qu’est ce que c’est qu’un crucifix ?
Dans une église ou dans un temple, c’est effectivement le rappel de la mort de Jésus pour moi, de son élévation aussi, si je suis l’évangile selon Jean.
Mais une croix lumineuse verte dans la rue ne fait que m’indiquer une pharmacie
Une croix entre deux nombres sur un cahier d’écolier, c’est une addition (une multiplication, si elle est un peu de travers).
Le crucifix qu’embrasse un footballeur avant d’entrer sur le terrain n’est rien qu’un colifichet superstitieux, il ne m’évoque pas plus Jésus Christ que ne le ferait un trèfle à quatre feuilles ou une patte de lapin.
Alors est ce que Serano pisse sur la croix ? Est-ce que cela vaut le coup de s’indigner ? De crier au blasphème ?
Peut-être faudrait-il rappeler que la croix où meurt le Fils de Dieu est déjà un blasphème ! Peut-être faut-il rappeler que la Passion est faite d’insulte et d’humiliation et que c’est dans cette Passion que Dieu nous rejoint, que le Christ est notre sauveur.
Je ne crois pas que Serano y ait pensé, je vois plutôt dans on œuvre une belle provoc à fric. Mais plutôt que de lui faire de la pub en réagissant exactement comme il le voudrait, et si on relisait son Piss Christ à la lumière des évangiles ? Et si au lieu de pousser des cris d’orfraie que personne n’entendra, on réaffirmait qu’en effet, c’est dans notre fange, dans notre humiliation la plus vile que notre Sauveur nous a rejoint ?
Et si nous nous indignions en regardant, par exemple, vers la Côte d’Ivoire plutôt que du côté d’Avignon…
L'attentat contre une église d'Irak est un choc, mais pas vraiment une surprise. Depuis un certain temps déjà, les annonces se succèdent sur les réseaux
chrétiens, nous informant de situations dramatiques. Dans plusieurs pays musulmans, les chrétiens sont persécutés, à force de vexations ou de brimades voire d’arrestation et d’exécution, par les
autorités ou par des groupuscules. Il ne s'agit pas de situations nouvelles mais plutôt d'une prise de conscience (Authueil
parle de buzz, c’est sans doute vrai mais cela n’empêche pas la réalité des faits)
Je me fais le relais de ces informations et cela me fait mal. D'abord parce que ces situations ne devraient pas exister, parce que nul ne devrait, au XXI° siècle,
être inquiété voire tué à cause de sa foi. Ensuite parce que je sais bien que ces informations sont très largement reprises par les fauteurs de haine, nostalgiques des croisades, ou rêveurs d'un
choc de civilisations.
Pourtant, si je me refuse à une généralisation excessive, si je sais bien que là encore, la religion est instrumentalisée à des fins politiques, que les facteurs
historiques et géopolitiques sont nombreux, je ne suis plus non plus assez naïf pour ne voir dans ses tragédies que les agissements d'une minorité de fanatiques.
Le problème me semble plus profondément lié à une forte revendication hégémonique, à la négation de la liberté de conscience. Il ne s'agit pas de diaboliser l'Islam, ni d'oublier que ces tentations n'épargnent pas le christianisme (notre histoire le prouve et ces tentations n'appartiennent pas seulement au passé). Il ne s'agit pas de refuser tout dialogue et de ne voir la rencontre possible que dans le fracas des armes.
Mais aucune discussion honnête ne sera jamais possible si nous ne pouvons poser aux musulmans que nous rencontrons dans nos échanges interreligieux, la question de la situation des non-musulmans en terre d'Islam, la question de la liberté de quitter l'Islam et la question de l'adéquation entre les réponses et les faits.
Je ne crois pas que l'Islam soit, plus que le christianisme, condamné à la violence, mais je crois que, comme le christianisme, il ne pourra se guérir de cette
maladie que par l'autocritique.
Je ne me sens pas le droit de décréter que la violence est constitutive de l'Islam mais je crois et je veux avoir le droit de poser la question.
PS : après un échange avec mon ami et collègue Gilles Boucomont, une précision me semble s'imposer, ce billet est rédigé sur un point de vue raisonnable et humaniste, comme une base sur le dialogue entre deux religions, le christianisme et l'Islam.
Au regard de ma foi, je ne peux que pleurer pour mes frères et soeurs victimes, prier pour la fin de cette haine et ces violence et proclamer, à cause de Jésus
Christ, mon espérance en l'Esprit de Dieu qui nous libère de ce cycle infernal.
Un certain nombre de ceux qui avaient exercé les arts magiques, ayant apporté leurs livres, les brûlèrent devant tout le monde: on en estima la
valeur à cinquante mille pièces d'argent. C'est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et en force.
Actes XIX, 19-40
Le pasteur Terry Jones appelle à brûler Le Coran demain.
Première réaction, cet appel n'est pas religieux, la date choisie (le 11 septembre) montre bien que ce geste s'inscrit plus dans ce que le pasteur Jones prend pour du patriotisme que dans le domaine de la foi. Bref, c'est une provocation revancharde bien plus qu'un geste chrétien.
N'empêche que Jones est pasteur et qu'en ce qui concerne les bûchers de livres, de l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie à cet appel d’un pasteur évangélique en passant les différents autodafés, le christianisme a une ardoise chargée.
Aucun de ces feux ne brille d'intelligence mais ils n'ont pas tous la même signification.
Luther brûlant la Bulle d'excommunication papale, les autodafés sont autant de gestes symboliques : il s'agit plus d'affirmer que la pensée de l'auteur ne vaut rien que d'empêcher la diffusion de cette pensée.
L'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie se situe dans un contexte de persécutions anti-païennes. Alors que l'empereur Théodose multiplie les lois contre le paganisme, interdisant entre autre les célébration païennes, et l'accès aux temples païens, une bande de fanatiques chrétiens décident d'aller plus loin et de brûler tout ce qui se rapporte au paganisme (de quoi réfléchir à ce qui se passe quand un gouvernement ostracise tout un pan de sa population).
Le geste de Jones en reste juste à l'insulte : prendre ce qu'il y a de plus sacré pour les musulmans et le détruire pour venger les victimes du 11 septembre. La réaction haineuse d'un crétin de redneck pour qui tous les musulmans sont des terroristes et donc l'ennemi. Just bullshit.
Le problème, c'est que toutes ces bûchers sont associées à Actes XIX, que ce soient par ceux qui les allument ou par ceux qui veulent y voir la preuve que la bibliopyromanie des chrétiens se trouve bien dans leurs textes fondateurs. Or, dans l'épisode d'Ephèse, c'est par une décision libre (pas forcément intelligente mais libre) que les convertis décident de brûler leurs propres livres. On n'est pas dans une scène de Fahrenheit 451, il ne s'agit pas de tuer symboliquement un auteur ni de déclarer la guerre à une communauté, mais plutôt de manifester un changement radical, une libération. Le seul geste que l'on puisse associer à Actes XIX, c'est l'ancien fumeur qui détruit son paquet de cigarettes, ou l'amoureux déçu qui détruit sa correspondance, pas vraiment un geste intelligent, certes mais en aucun cas un geste offensif.
Si le pasteur Jones est assez ignorant de l'Islam pour voir les musulmans comme dis à vis des ennemis, il aurait au moins pu connaître assez la Bible pour savoir que le commandement de Jésus n'est pas "Brûlez leurs livres" mais "aimez et bénissez"
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
Commentaires