Prédication du dimanche 26 février 2012
Genèse IX, 8 à 15
Marc I, 12 à 15
Ephésiens I, 3-14
Il nous a prédestinés… Prédestinés, le mot qui nous fait mal, le mot qui nous fait peur, le mot qui nous fait renier Calvin et qui, pour un peu, nous ferait regretter d’être protestants
Pourtant, la prédestination n’est pas un dogme théologique, elle n’est pas une question d’enfer ou de paradis. La prédestination, c’est un questionnement sur le sens de notre vie, ou plutôt une nouvelle ouverture dans le champ de ce questionnement. La prédestination, c’est surtout un appel à vivre vraiment notre vie…
D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Nonobstant le bête jeu de mot final, ce sont quand même des questions que nous affrontons régulièrement. Que nous nous prenions la tête entre les mains pour y réfléchir ou que ces questions nous effleurent seulement, je crois que tous, nous nous demandons parfois « A quoi bon tout ça ? » « Quel est le sens de ma vie ? »
Par moment, j’ai l’impression que ma vie est un navire que je pilote. Je fais des choix, bons ou mauvais et cela m’entraîne dans telle ou telle direction, pour me confronter à de nouveaux choix. Il peut y avoir une vision croyante ou athée de cette vie navire : dans la vision croyante, mes choix me valent le sourire ou la grimace de la divinité, des récompenses ou des punitions… Dans une vision athée, je suis seul à tirer les conséquences de mes choix…
Mais dans les deux cas, j’ai parfois un profond sentiment d’injustice. Parce que je me retrouve dans des situations que mes choix ne peuvent pas expliquer, parce que je n’ai pas mérité ça. J’avoue d’ailleurs que je trouve souvent beaucoup moins injustes les bonnes choses qui m’arrivent sans que je l’aie mérité que les petits ou gros embêtements que je n’ai pas d’avantage mérité.
A d’autres moments, je vois plutôt ma vie comme un fleuve qui m’entraîne dans son cours plus ou moins tranquille, je me sens transporté, ballotté sans avoir beaucoup de liberté de choix… Là encore, il peut y avoir une vision croyante ou athée. Je peux me sentir l’objet d’un destin déjà écrit par la divinité qui a fixé l’heure de ma naissance, celle de ma mort et tout ce qui m’arriverait entre les deux ou bien me sentir pris dans le jeu de multiples contingences que je ne maîtrise pas et le battement d’aile d’un papillon pékinois fait pleuvoir dans mon jardin…
Mais en fait, je crois que ma vie, c’est surtout d’être pris dans la trame des choix que je fais, des choix que font d’autres personnes et qui m’impliquent, et puis des accidents, des imprévus, des hasards… Et comme, même mes choix, je les fais souvent à l’aveuglette, c’est le sentiment d’inconnu et d’absurdité qui l’emporte. Si j’y regarde honnêtement, ma vie ne semble pas avoir beaucoup de sens.
Mais cette bénédiction qui ouvre la lettre aux Ephésiens nous dit que notre vie n’est pas ballottée, transportée d’accident en hasard, de choix en conséquence. Elle nous invite à la regarder plus largement que de notre naissance à notre mort. Notre vie s’inscrit dans un projet plus large mais un projet dont nous sommes bien le centre. Elle nous dit que dès avant la fondation du monde nous étions voulus, souhaités par Dieu. Je dis « nous », je devrais dire « tu », « dès avant la fondation du monde, tu étais voulu N…»
Peut-être es-tu un enfant de l’amour, peut-être es-tu le fruit d’un hasard ou d’un accident, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le descendant d’un roi ou celui d’un esclave, celui d’un saint ou celui d’un monstre, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le successeur d’une amibe, d’un poisson qui a eu la curieuse idée de sortir de l’eau, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être n’es tu qu’un amas de cellule animé par un peu d’électricité : qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu.
Voulu par Dieu pour être, sous son regard d’amour, saints et irréprochables quand les temps seront accomplis. Depuis avant la création du monde, jusqu’à l’accomplissement des temps, sans doute y aura-t-il des détours et des méandres, des errances et des faux pas et tous ces accidents de parcours ne seront certes pas voulu par Dieu, il y aura tes propres choix, tes propres décisions, les décisions d’autres aussi. Mais de tout ces méandres, rien ne pourra définitivement t’écarter du but que Dieu a fixé pour toi, du sens qu’il a donné. Et ce ne sont pas tes échecs ni tes succès, ce ne sont pas tes chagrins ni tes joies qui disent ce que tu es, mais c’est ce sens que Dieu donne à ta vie qui te définit. Ton identité tu ne la trouves pas dans ce que tu fais ni dans ce que tu subis, ton identité, elle est dans le regard d’amour que Dieu porte sur toi, ton identité, c’est d’être cet enfant de Dieu voulu et aimé par lui.
Mais la bénédiction ne s’arrête pas là, non seulement nous sommes voulu depuis avant la création du monde en prévision de l’accomplissement des temps mais nous le savons… Et là, peut être le nous est-il plus restreint. « Il nous a prédestiné à être pour lui en adoption par Jésus le Christ. » J’ai tendance à entendre « nous, humains ». Mais dans « nous avons été prédestinés pour être ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », j’entends clairement « nous, chrétiens ». En effet, nous, nous connaissons notre identité, nous savons qui nous sommes au-delà de ce que nous croyons être. Cette identité qui nous est donnée depuis avant la fondation du monde, qui nous attends pour l’accomplissement du temps, nous la recevons aujourd’hui et nous sommes appelés à la vivre dès maintenant, à ne pas laisser nos succès nous monter à la tête, à ne pas laisser nos échecs et nos errances nous modeler, à ne pas laisser nos malheurs nous plier. Nous sommes appelés à ne nous laisser modeler par aucun maître qui ne serait pas notre Dieu, à refuser toute identité qui ne nous viendrait pas de ce regard d’amour. Que dès aujourd’hui, nous puissions signer chacun de nos gestes, chacune de nos paroles par cette phrase : je suis l’enfant chéri du Dieu d’amour. C’est à cela que nous sommes prédestinés.
Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, lève toi dans le regard d’amour que Dieu a posé sur toi dès avant ta naissance, lève toi car c’est ce regard d’amour qui te détermine et non tes échecs et tes limites, lève toi dans la liberté nouvelle que ton créateur te donne. Lève toi, aime et témoigne.
Amen.
Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.
Les articles de cette séries s'accompagneront sans doute d'exemple de textes liturgiques. Je précise donc que ces textes, donnés à titre d'exemple, ne sont en rien obligatoire et varient énormément selon les cultes..
Pardonnés et libérés, nous pouvons écouter ce que Dieu veut pour nous, ce qu'il nous donne la force de faire.
“Vous avez été appelés à être libres.
Seulement ne faites pas de cette liberté un prétexte pour vivre selon les désirs de votre propre nature.
Au contraire, laissez-vous guider par l’amour
pour vous mettre au service les uns des autres.
Car toute loi se résume dans ce seul commandement: aime ton prochain comme toi-même.”
J'ai mis beaucoup de temps à commenter cette partie de notre liturgie parce que ce moment où se dit la volonté de Dieu est sans doute le plus susceptible de
varier selon les paroisses et les officiants. En effet, lors de l’établissement de notre nouvelle liturgie, il y eut un grand débat sur cette place de la volonté de Dieu et aujourd’hui encore, on
trouve 3 écoles dans la liturgie réformée.
Pendant longtemps, la loi, dans nos cultes, a suivi la louange et précédé la confession du péché. La nouvelle liturgie a d'ailleurs conservé une proposition conservant cet ordre. Cette loi qui
entraîne la confession du péché prend un rôle pédagogique. Face à loi de Dieu, l'homme ne peut que reconnaître que, par ses propres forces, il est incapable de suivre la loi, qu'il lui est
impossible de se dire juste .devant Dieu. Cet usage pédagogique de loi est clairement exprimé par la phrase d'introduction à la confession du péché : La loi de Dieu nous conduit à la
repentance.
Autre ordre de culte : la loi se place après l'annonce du pardon. On ne parle plus de loi mais de volonté de Dieu. En effet, il n'est pas question ici de
présenter la facture à la livraison : "maintenant qu'on t'a pardonné va falloir payer mon p'tit gars sinon, on reprend tout". Mais bien de réaffirmer que ce pardon que nous avons reçu transforme
notre vie.
Pardonnés et libérés (le lien de subordination au pardon) est clairement établi) nous pouvons écouter (le verbe pouvoir n'exprime pas un caractère optionnel mais une capacité : il faut vraiment
avoir reçu la parole du pardon pour que cet envoi ait un sens) ce que Dieu veut pour nous (la volonté de Dieu n'est pas une décision arbitraire. Dieu n'a pas besoin de nous mais ce qu'il nous
demande est pour notre bien, dans notre propre intérêt) et qu'il nous donne la force de faire (encore une fois, ce n'est pas de nous même mais de Dieu que nous vient ce nouveau
comportement)
Quelle que soit la place de cette volonté de Dieu, nos différentes liturgies privilégient l'utilisation de textes bibliques afin de bien rappeler qu'ici, nous ne sommes pas face au code de conduite d'une Église mais devant une parole de Dieu.
Enfin, certains suppriment tout simplement cette partie de la liturgie. Quoiqu'en fait, même dans ce cas extrême, la volonté de Dieu pour nous reste exprimée dans la prédication et dans l'exhortation finale.
Ces différences d'emplacement de la volonté ne traduisent donc pas des théologies différentes mais plutôt un souci de clarté. En effet, l'idée que Dieu nous
aime à condition que nous suivions ses règles est tellement ancrée en nous que chaque proposition est au risque d'une mauvaise interprétation.
Quand la loi précède et entraîne la confession du péché, celle-ci peut être perçue comme une liste de nos infractions de la semaine. Quand la volonté de Dieu suit l'annonce du pardon, il est
facile d'y voir une condition à la grâce. Et l'absence pure et simple peut nous faire perdre de vue que le pardon de Dieu change notre vie.
Le pardon de Dieu change notre vie. Voila, à travers tant de débats et d'hésitation, ce que nous rappelle ce moment de notre liturgie.
Le pasteur s’est placé derrière la table de communion. Il a loué Dieu et chacun s’apprête à entendre maintenant l’institution biblique, ce passage tellement connu : « La nuit où il fut livré, le Seigneur… » Mais brutalement, face à l’assemblée recueillie, l’officiant annonce « Ce pain que nous partageons, nous le partageons dorénavant en mémoire de moi, Éric George » Le scandale serait sans doute immense et à juste titre.
Et pourtant, la Cène est avant tout un détournement. En partageant le traditionnel repas de la Pâque juive avec ses disciples, Jésus détourne vers lui, les paroles et les gestes de ce repas. Dorénavant, le passage n’est plus la traversée de la mer rouge mais le chemin de la croix au tombeau vide. Dorénavant, la parole de vie n’est plus la Loi donnée à Moïse pour le peuple hébreux mais Jésus lui-même livré à l’humanité pour l’humanité.
En ce Jeudi Saint, mis à part, c'est cette déchirure, cete audace inouïe de Jésus que je voulais partager avec vous plutôt que de grandes considérations sur la manière dontJésus ets présent dans la Cène. En effet, dans l'habitude de nos communions rituelles et fraternelles, dans le tumultede nos discussions théologiques ou liturgiques, il me semble que c'est cet aspect scandaleusement revivifiant que nous avons le plus perdu du vue.
Le Jeudi saint est plus qu’une annonce du vendredi saint, il manifeste déjà cette véritable déchirure, ce renversement complet qu’est la Pâques de Jésus le Christ.
Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.
Les articles de cette séries s'accompagneront sans doute d'exemple de textes liturgiques. Je précise donc que ces textes, donnés à titre d'exemple, ne sont en rien obligatoire et varient énormément selon les cultes..
Il peut paraitre étrange de parler de pardon après avoir expliqué que le péché n'était pas forcément associé à la faute. Le pardon rejoint ici la notion paulinienne de justification, un terme moins évocateur et peut-être même encore plus ambigü que celui de pardon. Lorsque Paul affirme que Dieu nous justifie, cela ne veut absolument pas dire qu'il nous cherche des excuses, mais plutôt qu'il nous déclare justes (c'est à dire conformes à sa volonté) alors même que nous ne le sommes pas.
L'annonce du pardon ou de la justification est une étape très audacieuse de notre liturgie, peut-être même est-ce le principal moment de confession de foi. En effet, nous n'implorons pas que Dieu nous pardonne ou qu'il nous déclare juste, nous osons affirmer qu'Il nous pardonne. Certains pourraient dès lors nous accuser d'asservir Dieu à nos désirs. Pourtant en annonçant ce pardon inconditionnel, nous affirmons la confiance que nous plaçons dans l'Evangile : Tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et sont, gratuitement, justifiés par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est en Jésus–Christ (Romains III, 23-24)
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
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