C'est avec joie que nous nous associons aux Noëls de la Solidarité.
Tout d’abord cette initiative est dans la droite ligne de la foi qui nous fait vivre. En tant que chrétiens, nous fêtons la naissance de Jésus Christ, un bébé sur la paille d'une mangeoire, comme l'évènement par lequel Dieu rejoint l'humanité toute entière, sans oublier les plus fragiles et les plus démunis. Alors nos célébrations sonneraient creux si nous ne partagions pas cette joie avec nos frères et sœurs dans la détresse. Pauvres, prisonniers, malades, en cette période de noël, nous avons tout particulièrement besoin d'eux, parce qu'ils sont le visage de notre Dieu.
Ensuite, elle rend compte de notre démarche œcuménique. Nos différences et nos désaccords avec l'Eglise catholique romaine doivent permettre l'échange et le débat qui sont des richesses. Mais elles ne doivent pas nous empêcher d'agir ensembles pour témoigner d’un Dieu proche de toute l’humanité. C'est ce que nous faisons dans l'Eure avec les Noëls de la Solidarité, avec les cercles de silence et les groupes ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture), autant d’initiatives œcuméniques.
La messe s’est bien passée, je dois dire que j’aime bien être prédicateur invité… Au fait, tu viens communier ? me demande le prêtre juste avant la célébration eucharistique. Pris au dépourvu, je chuchote "Non, mais donne-moi la parole".
Voici ce que j'ai essayé de dire (peut-être l'ai-je mieux dit, peut-être était-ce pire : c'était improvisé)
Lorsque nous avons préparé cet cérémonie, nous n'avons pas évoqué la question de la communion : il était clair qu'il s'agissait d'une messe. Cette invitation est donc tout à fait inattendue et j'aime que les choses se soient passées comme ça. En effet, dans le dialogue oecuménique, la question de la communion est une question difficile, douloureuse même pour certains. Et en ne la mettant pas au coeur de notre préparation, nous avons vu que nous pouvions célébrer ensembles, témoigner ensembles.
En nous invitant comme il l'a fait, le prêtre nous montre que lorsque l'amour de Jésus Christ nous rassemble, nos différences doctrinales ne peuvent plus nous diviser. Les protestants dans l'assemblée décideront chacun comment ils souhaitent répondre à l'invitation.
Pour ma part, tout en disant ma reconnaissance, je vais la décliner. Ne voyez pas dans mon abstention un refus ou un rejet, mais avant tout une marque de respect et aussi un rappel. Une marque de respect pour votre doctrine qui n'est pas la note. Et puis, parce qu'en tant que pasteur, je représente ici l'Eglise Réformée de France, voyez-y aussi le rappel que l'oecuménisme est aussi un dialogue entre deux institutions et que concernant la communion, il y a encore beaucoup de chemin à faire dans ce dialogue. Pour ces raisons, je m'abstiendrai aujourd'hui mais soyez certain que cela ne diminue en rien la communion que nous avons vécue ce matin.
Ce matin là, c'est le prêtre qui a témoigné d'une ouverture qui transcende la doctrine, et le pasteur qui s'est fait le gardien de la doctrine. Mais je ne regrette ni ma décision, ni mon abstention (j'aurai sans doute dû rester debout le temps de la communion, ceci dit, mais je suis nul en gestes liturgique). La plupart des protestants présents sont allés communier (y compris certains qui s'abstiennent d'ordinaire à la messe) Et je garde de cette matinée une profonde saveur oecuménique.
Je ne connais pas bien la pensée de Servet, mais le peu que j'en connais : l'idée de l'homme qui accède à Dieu et le refus d'un Dieu qui s'abaisse, me paraît
à l'opposé de ma théologie. Mais même si théologiquement je penche résolument plus du côté de Calvin que du côté deServet, ce 27 octobre de l'année Calvin, il 'aurait paru injuste d'oublier ce
bûcher vieux de 456 ans
Petit rappel : ulcéré qu’un de ses cousins lui reproche la licence des mœurs à Genève, Guillaume de Tries demande à Calvin de lui donner les écrits de Servet pour répondre à son cousin sur le mode « ben à Genève, en tout cas, on abrite pas des mecs qui font de la Trinité un chien à trois tête ». C’est avec ces écrits donné par Calvin que Servet sera dénoncé à l’inquisition qu’il parviendra à fuir pour être arrêté ensuite lors de son passage à Genève (pour prendre la place de Calvin ? dépêché par une Eglise catholique qui l’aurait laissé fuir pour mettre une écharde dans le pied du réformateur ? Qu’importe les théories, il n’y a pas d’excuses : Brûler un homme ce n'est pas défendre une idée, c'est brûler un homme.

Commentaires