Présentation

Texte biblique

Je vous encourage, mes frères, par le nom de notre Seigneur Jésus–Christ, à tenir tous le même discours : qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis, dans la même intelligence et dans la même pensée. En effet, mes frères, les gens de Chloé m’ont appris qu’il y a des disputes parmi vous. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul ! » –– « Et moi, à Apollos ! » –– « Et moi, à Céphas ! » – Et moi, au Christ !  Le Christ est–il divisé ? Est–ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est–ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ?  Je rends grâce à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, excepté Crispos et Gaïos. Ainsi personne ne peut dire que vous avez reçu le baptême pour mon nom. Si, j’ai encore baptisé la maison de Stéphanas ; au reste, je ne sais pas si j’ai baptisé quelqu’un d’autre. Car le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer la bonne nouvelle ; non pas dans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas vidée de son sens. En effet, le discours de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour nous qui sommes sur la voie du salut, elle est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, j’anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le débatteur de ce monde ? Dieu n’a–t–il pas frappé de folie la sagesse du monde ? En effet, puisque le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la proclamation qu’il a plu à Dieu de sauver ceux qui croient. Les Juifs, en effet, demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse. Or nous, nous proclamons un Christ crucifié, cause de chute pour les Juifs et folie pour les non–Juifs ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, un Christ qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les humains, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les humains.
I Corinthiens I, 10 à 25 (d'après la Nouvelle Bible Segond)

Un commentaire ici

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Dimanche 22 juin 2008
Prédication du dimanche 22 juin 2008
Baptême de Maëlle

Psaume 133

Un baptême, même un baptême d’enfant est toujours question d’engagement. Il y a les engagements de Régis et Marie Laure, les parents de Maëlle, les engagements d’Amandine et de Stéphane, ses parrain et marraine. Mais parmi ces engagements, ceux de l’assemblée toute entière sont sans doute les plus grands.
Je ne veux pas dénigrer les engagements de Régis, Marie Laure, Amandine et Stéphane, il est tout à fait important voir fondamental qu’ils parlent plus tard de son baptême à Maëlle. C’est eux qui devront prendre la responsabilité de l’envoyer au caté. Ils seront pour elle les premiers témoins de l’amour de Dieu. Mais franchement, si cette responsabilité est importante, ça ne me paraît tout de même pas être la mer à boire.
En revanche, en tant que communauté, nous avons à réaliser le psaume 133 pour Maëlle. Nous avons à être cette communauté fraternelle, cette communauté qui accueille et honore, cette communauté qui dit et qui est la bénédiction de Dieu.

Oui avant tout ce que nous avons à offrir à Maëlle, c’est un lieu où des frères et sœurs se retrouvent ensemble. Frères et sœurs… J’aime que l’Eglise repose sur ce vocabulaire de la famille. Maëlle n’entre pas aujourd’hui dans un club d’amis dont elle partagerait les intérêts, elle ne rejoint pas une bande ou une équipe dont elle devrait porter les couleurs. Elle est accueillie dans une famille qui est la sienne, au-delà de sa famille de sang. C’est une famille qui présente une particularité : celle de n’être qu’une gigantesque fratrie. Il n’y a pas dans l’Eglise différents degrés de parenté. Il n’y pas de lien de filiation qui viendrait introduire une hiérarchie. Parce que nous n’avons qu’un seul Père : nous sommes tous frères et sœurs. Et pour ceux qui voudraient se prévaloir d’un quelconque droit d’aînesse, je les encourage à aller regarder du côté de Jacob, de Joseph, de David et de voir à quel point Dieu se rit du droit d’aînesse… Oh, je ne prétendrais pas que l’Eglise est la famille idéale, comme toute les familles elle a ses difficultés, ses pesanteurs parfois ses conflits. Je voudrais m’arrêter sur une difficulté e la famille et de l’Eglise, une difficulté que nous avons soulignée dans nos engagements : Aucune contrainte ne la retiendra dans la communauté
chrétienne mais, si elle vient à s'en séparer,  vous affirmerez qu'elle peut toujours y retrouver sa place . Il existe des brouilles dans les familles, il existe la tentation de dire à son frère : « tu n’es plus mon frère ». Cette tentation du jugement et du rejet existe aussi dans l’Eglise mais aujourd’hui, nous avons pris l’engagement de ne pas y succomber, de ne pas couper le lien quoiqu’il arrive. Mais dire que nous ne couperons pas le lien, c’est prendre le risque que ce lien soit vécu comme une chaîne, un étouffement. Comme toutes les familles, l’Eglise est prise dans la difficulté de dire que le lien ne sera pas rompu mais que l’individu garde toute sa liberté. Ce n’est pas facile de dire à Maëlle qu’elle est et sera toujours libre de partir mais qu’une fois partie elle conservera la liberté de revenir. L’Eglise, comme toute les familles connaît la tentation d’un amour lierre qui agrippe et étouffe. Mais aujourd’hui, nous avons pris l’engagement de ne pas céder à cette tentation. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de dire à Maëlle : « tu appartiens à l’Eglise » mais de lui dire « l’Eglise t’appartient : elle est et sera là pour toi, à ton service ».
Je ne veux pas prétendre ce matin que l’Eglise est une famille idéale mais ce matin nous avons pris l’engagement que pour Maëlle, ce sera une famille belle et bonne à retrouver.

C’est comme l’huile parfumée sur la tête d’Aaron qui descend jusqu’à sa barbe, jusqu’au bord de ses vêtements. Il n’y a pas d’onction lors d’un baptême protestant, l’eau avec laquelle nous avons baptisé Maëlle, n’est qu’une bête eau du robinet… Et pourtant, ce matin, nous nous sommes engagés à l’onction. L’huile parfumée qui coule sur la tête d’Aaron, jusqu’à sa barbe, jusqu’à son vêtement, c’est le geste d’onction, le geste qui sacre les rois et les prêtres. Eh bien, en entrant dans notre communauté, Maëlle doit s’y sentir comme une reine, comme la grande prêtresse, comme le personnage le plus important de la communauté. Cela est vrai aujourd’hui où elle est sans doute la reine de la fête mais cela doit être vrai à chaque fois qu’elle est avec nous. Et cela doit être vrai pour toi, pour toi et pour toi, pour chacun d’entre nous. Sais-tu que tu es pour nous aussi important, aussi précieux qu’Aaron, le grand prêtre ? Sais-tu que nous reconnaissons en toi, le visage de Dieu ? Savons-nous suffisamment te le dire, te le montrer ?

Régis et Marie Laure m’ont gentiment dit qu’ils avaient été touchés par la manière dont ils ont été accueillis par notre communauté à Vernon. Tant mieux ! Mais cet accueil, cette fraternité peuvent et doivent toujours être améliorés. Je pense qu’en la matière, il ne doit pas y avoir de place pour une quelconque philosophie de décroissance. En ce qui concerne l’accueil,  la reconnaissance de l’autre, l’amour qui nous unit, nous devons faire toujours mieux, toujours plus. Nous devons être débordant comme la rosée du mont Hermon descendant sur les collines. Il faudra que toutes les Maëlle qui viennent à nous se s entent toujours plus accueillis. Je voudrais d’ailleurs m’adresser à Régis et Marie Laure, cet engagement de la communauté vis-à-vis de Maëlle et vis-à-vis de vous, c’est aussi votre engagement. En effet, nous espérons que vous aussi, à votre manière, participerez à donner à notre communauté ce visage ouvert.

Mais pourquoi cet accueil de Maëlle ? Pourquoi voulons-nous que demain, elle puisse en regardant notre communauté, s’exclamer avec le psalmiste  « Quel bonheur, quel douceur pour des frères d’être ensemble ? ». Ce n’est pas pour fidéliser une paroissienne de plus, ce n’est pas pour gagner une future cotisante, ce n’est pas pour grossir nos effectifs. Non. C’est pour qu’ainsi nous puissions témoigner à Maëlle du plus grand des engagements qui a été pris lors de son baptême. Non pas celui de ses parents, non pas celui de la communauté mais celui de Dieu, un engagement qu’il a pris vis-à-vis d’elle bien avant son baptême, avant sa naissance même. Un engagement qu’il a déjà tenu : celui de l’aimer et d’aller jusqu’au bout de son amour pour elle. Et ces renversements dont nous avons parlé, Jésus les a manifesté en recevant le baptême de Jean. Dieu est venu à nous dans le don et dans l’amour.

Amen.
ajouter un commentaire commentaires (1)   
créer un trackback recommander
Dimanche 25 mai 2008
Prédication du dimanche 25 mai 2008
Deutéronome VIII, 2 à 16
I Corinthiens X, 16 à 17
Jean VI, 51 à 59

« Je suis le pain de vie », cette parole est bien plus surprenante qu’un gâteau au miel qui vient recouvrir le désert pour nourrir une population affamée. Elle a bousculé ceux qui l’entendaient dans leur sentiment religieux, elle a ébranlé les disciples de Jésus dans leur volonté de suivre le maître et aujourd’hui elle nous étonne encore par le contexte que Jean lui donne.

 C’est ce que Jésus dit alors qu’il enseignait dans la synagogue à Capharnaüm. C’est sans doute aujourd’hui le verset le plus surprenant du texte. En effet, il est impossible, en entendant ce long discours sur Jésus comme pain de vie, sur son corps qui est nourriture et son sang qui est breuvage, sans penser à la Cène. Et voilà que Jean ne place pas ce discours au moment du dernier repas. Dernier repas au cours duquel, il ne place d’ailleurs pas l’institution de la Cène… Alors, Jean n’avait-il jamais entendu parler de ce partage du pain et du vin et de l’ordre donné par Jésus juste avant son arrestation ? Ignorait-il ce rite qui rassemblait les communautés chrétiennes si l’on en croit les lettres de Paul ? Cela me paraît peut vraisemblable : bien sûr les moyens de communications n’étaient pas aussi rapide qu’aujourd’hui mais il ne faudrait pas s’imaginer les premières communautés chrétiennes vivant complètement en autarcie, dans l’ignorance complète les unes des autres.
Mais alors pourquoi séparer ainsi cette parole sur le pain de vie du geste de la Cène ? Eh bien, je crois que Jean nous donne ainsi un enseignement sur le sens profond de la Cène. Il nous oblige à revoir un peu nos querelles de clocher, nos bagarres d’interprétation. La question essentielle n’est pas de savoir comment le Christ est présent lorsque nous partageons le pain et le vin. Ce n’est pas de savoir ce qui est nécessaire pour qu’il soit présent. Ce n’est pas de savoir si Jésus est dans le pain, sur le pain, sous le pain, à côté et de quel côté. La question n’est pas de savoir si le pain est ou non Jésus. La vraie question que nous devons nous poser lorsque nous partageons la Cène, mais aussi à chaque moment de notre vie ; la question que ni les juifs « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger », ni les disciples « Elle est dure cette parole et qui peut la recevoir ? » ne veulent se poser, c’est :
Est-ce que Jésus est le pain de vie ? Est-il la seule vraie nourriture et vraie boisson ?

Le pain de vie, la vraie nourriture et le vrai breuvage : qu’est ce que cela veut dire ? La réponse est simple : il faut manger pour vivre. Jésus est donc ce dont nous avons besoin pour vivre. Et c’est bien cela qui scandalise les opposants à Jésus, bien plus qu’une question d’anthropophagie : les opposants juifs à Jésus ne sont pas stupides, ils savent très bien ce qu’est un langage symbolique. Mais Jésus affirme ici être plus que la manne tombée du ciel. Or la manne, c’est Moïse, c’est la Loi. Jésus affirme être plus que la loi et pour les pharisiens c’est inacceptable !
Mais je crois que nous pouvons aller encore plus loin dans le scandale que représente cette affirmation. Nous connaissons tous cette devise qu’Harpagon voulait faire graver au-dessus de sa cheminée. Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. Et je crois qu’elle est très vraie. Or, si Jésus est la vraie nourriture, le vraie manger et si Jésus est Dieu, nous pouvons entendre : Il faut Dieu pour vivre et non vivre pour Dieu. Quand Jésus affirme être le vrai pain, il se pose contre notre sentiment religieux.
En effet, j’ai, bien souvent la tentation de vivre pour Dieu. Je veux lui plaire. Et, bien sûr, je m’imagine qu’à la clef, il y aura une récompense. Parce que, nous sommes entre nous et je peux vous l’avouer : quand je veux vivre pour Dieu, je veux vivre pour moi. Et puis il y a un  autre avantage à vouloir vivre pour Dieu, c’est que c’est mon choix. D’une part, je peux m’enorgueillir d’avoir fait le bon choix : puisque tant de gens vénèrent de faux dieux voire pas de dieu du tout, faut-il que je sois malin pour avoir choisi le bon ! D’autre part, je peux quand j’en ai ras-le-bol arrêter de vivre pour Dieu. Tant pis pour ma récompense mais quand ça devient trop dur, je peux démissionner et ranger Dieu bien au fond de son placard, arrêter de vivre pour lui… J’ai le sentiment que je ne suis pas tout à fait le seul à avoir cette tentation…
Et voilà que Jésus me dit : Je suis le pain de vie, je suis ce qui te fait vivre. Tu n’as pas le choix. Si tu ne vis pas de moi, tu es mort. Jésus vient renverser mon tranquille sentiment religieux : Il faut Dieu pour vivre. Dieu n’est pas le but que tu décides d’atteindre : il est la seule source de ta vie. Il n’est pas question ici d’avoir une vision utilitaire de Dieu. Dieu n’est pas la cerise sur le gâteau, il n’est pas non plus l’outil qui va me faciliter la vie. Il m’est complètement, absolument indispensable. Je ne peux pas me passer de lui et toute vie que j’entends trouver ailleurs qu’en lui n’est qu’une illusion de vie.

Mais si les pharisiens sont scandalisés dans leur sentiment religieux, les disciples le sont aussi et plus profondément encore : « elle est dure cette parole est qui peut la recevoir ». Et oui, même si je reconnais en Jésus celui qui me donne de vivre, cette idée du pain de vie me heurte. D’autant que Jésus, impitoyablement, passe d’un vague
esqiw manger  au verbe trwgw mâcher, croquer.
Or, ce verbe me renvoie à mon péché, à mon hostilité profonde envers Dieu : manger et à fortiori, manger de la viande, c’est tuer, c’est détruire. J’aimerai pouvoir prélever mon entrecôte sans faire de mal au malheureux ruminant mais c’est impossible. C’est ma nature : je dois tuer ce qui me fait vivre. Et cette tragédie est si profondément ancrée en moi qu’elle s’applique même à ma relation à Dieu. Quand mon Dieu vient à moi, comme Jacob, je ne puis faire autrement que le combattre. Quand mon Dieu vient à moi, je ne puis faire autrement qu’essayer de le détruire. Il est impossible que la rencontre entre l’homme et son Dieu se passe à l’amiable : un des deux doit mourir et Dieu a décidé que ce serait Lui-même qui mourrait. On s’oppose souvent à la fatalité de la croix au nom d’un Dieu d’amour, et l’on a raison comment un Dieu d’amour pourrait-il avoir besoin d’un sacrifice sanglant. Mais ce n’est pas Dieu qui fait de la croix une nécessité, mais bien l’homme… C’est l’homme qui s’oppose à Dieu de toutes ses forces. Toutefois si la croix est une fatalité, sur la croix, Dieu brise la fatalité et voilà qu’en se laissant détruire, il devient notre vie.
Le verbe mâcher, croquer implique un investissement fort (c'est le mot que les grecs emploient pour manger des fruits secs ou des aliments crus, de ceux qui résistent sous la dent). La mort de Jésus Christ me fait vivre, ce n’est pas simplement une affirmation intellectuelle ou spirituelle. Je voudrais faire appel à un deuxième proverbe, plus récent : « Je suis ce que je mange ». Oui, manger, mastiquer Jésus le Christ c’est me laisser envahir par lui, c’est renoncer à cette illusion de vie pour vivre selon sa vie, selon son amour. Oui, dès aujourd’hui nous pouvons quitter notre mort,  c’est à dire de notre enfermement en nous même : l’immobilisme de nos peurs, de nos jugements, de notre égoïsme et, en laissant Christ prendre place en nous, entrer dans le mouvement de son amour. Mâcher le Christ c’est nous mettre en action tout en reconnaissant que nous sommes agis par lui, c’est faire tout en reconnaissant que ce n’est pas moi qui fait. Et oui, cette parole est dure à entendre, dure à recevoir, dure à vivre.

Mais pourtant, mon frère, ma sœur, cette parole est pour toi, pour moi : une parole de vie. Alors, laisse toi saisir par cet amour et, avec le crucifié, mords la vie à pleine dent !



ajouter un commentaire commentaires (2)   
créer un trackback recommander
Jeudi 22 mai 2008

Une prédication de Tillich sur Marthe et Marie que je trouve très éclairante...

Luc 10, 33-42.


Les paroles que Jésus a dites à Marthe comptent parmi les plus célèbres de la Bible. Marthe et Marie sont de l’homme dans toute l’humanité, de deux sortes de préoccupation. Marthe est préoccupée par beaucoup de choses, mais toutes choses sont finies, préliminaires, éphémères. Marie est préoccupée par une seule chose, infinie, ultime, durable.

L’attitude de Marthe n’est pas méprisable. Au contraire ! C’est ainsi que marche le monde. C’est la force qui conduit, conserve et enrichit la vie et la culture. Sans elle, Jésus n’aurait jamais pu parler à Marie et Marie n’aurait pu écouter Jésus. J’ai entendu une fois un sermon dédié à la gloire et à la justification de Marthe. Pourquoi pas ? Dans notre vie et, d’une manière générale en toute vie humaine, d’innombrables préoccupations réclament notre attention, notre ardeur et notre passion. Elles sont souvent importantes pour vous et pour moi et pour toute l’humanité. Cependant aucune n’a d’importance ultime. C’est pourquoi Jésus ne loue pas Marthe, mais Marie. Elle a choisi la meilleure part, la seule chose dont l’homme a besoin, celle qui peut le préoccuper de façon ultime.

    L’heure du culte à l’église et chaque moment de lecture et de méditation, sont consacrés à une écoute semblable à celle de Marie. Quelque chose nous est dit, - au prédicateur comme à ses auditeurs - qui peut nous préoccuper infiniment. C’est la raison d’être du sermon : il doit éveiller une préoccupation infinie.


    Que signifie être préoccupé par quelque chose ? Cela signifie que nous y sommes en jeu, qu’une partie de nous-même s’y trouve engagée et que nous y prenons part de tout notre cœur. Cela peut encore vouloir dire davantage. Cela montre de quelle manière nous sommes en jeu, autrement dit, avec inquiétude. La sagesse du langage identifie souvent la préoccupation et l’inquiétude. Beaucoup de chose nous mettent en jeu et nous font éprouver de l’inquiétude. Beaucoup de choses nous intéressent, et certaines nous font pitié ou horreur. Ce ne sont pourtant pas de véritables préoccupations ; elle n’engendrent pas cette l’angoisse qui nous torture quand nous sommes véritablement et sérieusement préoccupés. Dans l’histoire, Marthe était sérieusement préoccupée. Rappelons-nous ce qui nous préoccupe dans notre vie de tous les jours, du lever à la minute à notre coucher et au-delà, quand nos inquiétudes apparaissent dans nos rêves.

    Nous sommes préoccupés par notre travail ; c’est la base de notre existence.
Nous pouvons l’aimer ou le détester, ou l’accomplir comme un devoir ou comme une dure nécessité. L’inquiétude nous saisit dès que nous éprouvons les limites de nos forces, notre manque d’efficacité, que nous sentons combien il faut lutter contre la paresse, ou se préserver des dangers d’un échec. Nous sommes préoccupés par nos relations avec les autres. Nous ne pouvons pas imaginer vivre sans la bienveillance d’autrui, sans amitié, sans amour, sans communion. Nous sommes inquiets et souvent profondément désespérés à la vue de l’indifférence, du déchaînement de la colère et de la jalousie, de l’animosité cachée et souvent empoisonnée que nous découvrons en nous et chez ceux que nous aimons. Cette préoccupation s’immisce dans nos cœurs et rend notre amour fiévreux. Nous sommes préoccupés par nous-même. Nous-nous sentons responsables de la croissance de notre maturité, de notre ténacité dans la vie, de notre sagesse et notre vie spirituelle. En même temps, nous recherchons le bonheur, nous avons le souci de nos plaisirs, celui d’avoir du « bon temps ». Cette préoccupation compte à nos yeux énormément. Mais l’inquiétude nous saisit quand nous nous voyons dans le miroir de notre conscience, ou dans le jugement des autres. Nous sentons que nous pris de mauvaises décisions, que nous avons fait fausse route, que nous perdons la face à nos propres yeux et devant les autres. Nous nous comparons aux autres et nous-nous sentons inférieurs à eux ; nous sommes alors déprimés et frustrés. Nous croyons avoir gaspillé notre bonheur en le recherchant avec trop d’impatience, en le confondant avec le plaisir, ou encore par manque de courage au moment où il fallait prendre la juste décision qui nous rendrait heureux.

    N’oublions pas la préoccupation la plus naturelle et la plus universelle parmi les vivants : se maintenir en vie. C’est la préoccupation du « pain quotidien » ! On l’avait presque oubliée dans de larges secteurs du monde occidental. Elle est revenue en force aujourd’hui dans une grande partie de l’humanité. Elle fait disparaître la plupart des autres tant elle absorbe l’esprit beaucoup de gens.


Quelqu’un dira: n’existe-t-il pas de préoccupations plus hautes que celles de la vie quotidienne ? Jésus lui-même n’en témoigne- t-il pas? Son émotion devant la misère des masses ne consacre t-elle pas les préoccupations sociales qui saisissent de nos jours nombre de contemporains? Quand Jésus a été pris de compassion pour les malades et qu’il les guérit, ne consacrait-il pas la préoccupation de tous les médecins et de tous les soignants du corps et de l’âme ? Quand Jésus a rassemblé autour de lui un petit groupe pour constituer une communauté, ne consacrait-il pas la préoccupation de la vie sociale ? Quand il disait venir rendre témoignage à la vérité, ne consacrai-il pas la préoccupation de la vérité et la passion de la connaissance, qui deviennent l’un des courants moteur de notre temps. Quand il enseignait les foules et ses disciples ne consacrait-il pas la préoccupation de l’enseignement et de l’éducation ? Quand il racontait des paraboles, quand il décrivait la beauté de la nature et formulait des sentences d’une perfection classique, ne consacrait-il pas la préoccupation de la beauté, avec l’élévation spirituelle et le repos qu’elles nous accordent après l’agitation de la journée.

Toutes ces nobles préoccupations sont-elles la seule chose dont nous avons besoin, la chose nécessaire choisie par Marie? Ou ne sont-elles pas, au contraire la formes supérieure de la préoccupation représentée par Marthe ? Ne somme-nous pas encore préoccupés comme Marthe par beaucoup de choses, même si celles-ci sont nobles et grandes ?

Sommes-nous réellement au-delà de l’angoisse quand les problèmes sociaux nous préoccupent et que nous prenons conscience de notre situation de privilégiés face à la misère et aux injustices dont souffrent les masses du monde entier ? Ne sommes nous pas atterrés ? Cela ne nous coupe t-il pas le souffle? Connaissez-vous la torture de ceux qui veulent soigner un malade et qui savent qu’il est trop tard ; de ceux qui veulent donner une éducation et qui rencontrent la stupidité, la méchanceté et la haine ; de ceux qui doivent gouverner et qu’accablent l’ignorance populaire, l’ambition de leurs adversaires, de mauvaises institutions ou la malchance ? Voilà des inquiétudes plus grandes que celles que nous rencontrons dans la vie quotidienne. Connaissez vous l’inquiétude liée à toute recherche honnête ? Celle de tomber dans l’erreur, en particulier quand la pensée doit explorer de nouvelles voies ? Avez vous ressenti le sentiment de vide presque intolérable qu’on éprouve quand en retournant vers les soucis de la vie journalière après avoir admiré une grande oeuvre d’art ? Même s’il ne s’agit pas de la seule chose dont nous avons besoin, comme le déclare Jésus quand il annonce devant la beauté du temple qu’il est condamné à la destruction. L’Europe a appris que la créativité millénaire dont elle se vantait n’était pas la « seule chose nécessaire » ; les monuments de ces millénaires sont maintenant en ruine.

Pourquoi ces multiples choses qui nous préoccupent sont-elles en rapport avec le souci et l’angoisse ? Nous leur consacrons nos forces, notre passion et il faut qu’il en soit ainsi, sinon nous ne pourrions rien accomplir. Pourquoi laissent-t-elles alors les profondeurs de notre cœur sans repos? Pourquoi Jésus les écarte t-il comme n’étant rien d’ultimement nécessaire ?

Jésus montre, par ses paroles au sujet de Marie, que toutes ces choses peuvent nous être retirées. Elles sont toutes finies. Ce sont des préoccupations finies. Dans la courte durée de notre vie beaucoup d’entres elles ont disparues, d’autres ont surgies qui disparaîtrons à leur tour. De nombreuses préoccupations du passé se sont évanouies et beaucoup d’autres prendront fin tôt ou tard. La loi mélancolique de l’éphémère régit nos préoccupations, même les plus passionnées. L’angoisse de la fin habite les joies qu’elles nous accordent. Les choses qui nous préoccupent, et nous avec elles, auront une fin. Un moment viendra – peut-être n’est-il pas loin – où toutes ces préoccupations ne nous préoccuperont plus ; leur finitude nous sera révélée avec l’expérience de notre propre finitude – autrement dit, de notre propre fin.

Nous tenons à nos préoccupations préliminaires comme si elles étaient ultimes. Elles nous maintiennent sous leur emprise même nous essayons de nous en libérer. Toute préoccupation est tyrannique. Elle réclame tout notre cœur, tout notre esprit, toute notre force. Toute préoccupation tend à devenir notre préoccupation ultime, notre dieu. La préoccupation du travail réussit souvent à être notre dieu, comme le font aussi la préoccupation des autres ou celle du plaisir. La préoccupation de la science a réussi à devenir le dieu de toute une période de l’histoire. La préoccupation de l’argent est devenu un dieu encore plus important. La préoccupation de la nation a été le dieu le plus important de tous. Toutes ces préoccupations finies combattent les unes avec les autres et elles accablent notre conscience parce que nous ne pouvons pas leur faire justice à toutes.
Nous pouvons essayer d’éliminer toute préoccupation pour adopter le détachement du cynique. Nous décidons que rien ne nous préoccupera, sauf peut-être occasionnellement, mais pas sérieusement. Nous essayons d’être détaché de nous-même, des autres, de notre travail, de nos plaisirs, du nécessaire et du luxe, des affaires sociales et politiques, du savoir et de la beauté. Finalement, nous pouvons estimer que notre détachement a quelque chose d’héroïque. Une chose est vraie : c’est la seule alternative à la préoccupation ultime. Le détachement ou la préoccupation ultime : voilà la seule alternative. Le cynique est passionnément préoccupé par une seule chose : son détachement. C’est la contradiction interne à tout détachement. Voilà pourquoi, il n’y a qu’une seule possibilité, c’est la préoccupation ultime.

Quelle est alors la seule chose dont nous avons besoin ? Quelle est la meilleure part que Marie a choisie ? Comme l’histoire que nous avons lue, j’hésite à répondre, car toute réponse devient source de malentendus. Si je réponds : c’est la « religion », on se méprendra. On croira qu’il s’agit d’un ensemble de croyances et de pratiques. Comme le montre d’autres récits du Nouveau Testament, Marthe était pour le moins aussi religieuse que Marie. La religion peut devenir une préoccupation humaine du niveau des autres, créant de l’angoisse comme les autres ce qu’on constate en histoire et en psychologie des religions. Il existe même des gens censés cultiver cette préoccupation particulière. On les appelle des «religionistes»! C’est une appellation très blasphématoire, qui en révèle davantage sur la décadence de la religion à notre époque, que n’importe quoi d’autre. Si la religion est la préoccupation particulière de certaines personnes et non pas la préoccupation ultime de tout le monde, elle n’est qu’un non-sens et un blasphème. Revenons encore à la question : Quelle est la seule chose dont nous avons besoin ? La réponse est difficile à donner. Elle peut-être mal comprise. Même Dieu peut être changé en objet d’une préoccupation finie ; en quelque chose à laquelle croient certaines personnes et d’autres pas. Un tel Dieu, bien sûr, ne peut nous préoccuper d’une manière ultime. C’est une personne, semblable aux autres personnes, avec lesquelles il est utile d’être en relation. Une personne comme celle-là peut être l’objet d’une préoccupation finie, mais jamais celui d’une préoccupation infinie.

La seule chose nécessaire – c’est la première réponse et d’une certaine façon la dernière que je peux donner - c’est d’être préoccupé ultimement, inconditionnellement, infiniment. Marie l’était ainsi. Marthe l’a senti et s’est mise en colère. Jésus a loué en Marie. On ne peut pas dire grand chose de Marie et c’est bien peu en regard de tout ce qu’on peut de Marthe. Marie était infiniment préoccupée. C’est la seule chose nécessaire.

Si sous l’emprise et la passion de cette préoccupation ultime, nous considérons l’ensemble de nos préoccupations finies - le domaine de la vie  de Marthe - tout semble être ce qu’il était et pourtant tout a changé. Nous sommes encore préoccupés par beaucoup de choses, mais différemment – l’angoisse est partie! Elle existe encore et elle tente de revenir, mais sa puissance est brisée. Elle ne peut plus nous détruire. Celui qui est saisi par la seule chose nécessaire a toutes les autres sous ses pieds. Elles le préoccupent, mais pas de manière ultime. Quand il les perd, il ne perd pas la seule chose qui lui est nécessaire ; elle ne peut lui être retirée.

Paul Tillich.

ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un trackback recommander
Dimanche 11 mai 2008
Si, par hasard
Sur l'Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent fripon
Prudenc', prends garde à ton jupon
Si, par hasard
Sur l'Pont des Arts
Tu croises le vent, le vent maraud
Prudent, prends garde à ton chapeau

G. Brassens


Prédication du dimanche 11 mai 2008
I Rois XIX, 3 à 13
Jean III 1 à 12
Actes II 1 à 12

Merci à Amos qui a bien voulu nous interpréter ce « vertige » de Ophèle-Gaubert qui nous introduit directement dans la réflexion de ce matin. En effet, si la Pentecôte évoque souvent une histoire de langues de feu qui tombent sur la tête des apôtres, ou encore une foule de pèlerins d’origines diverses qui reçoivent chacun un message dans leur langue maternelle mais on oublie souvent ce grand bruit, cette explosion de vent violent qui envahit toute la maison. Pourtant, ce bruit comme celui d’un grand vent est une marque importante de la pentecôte : fête de l’esprit, fête du souffle (en grec, le mot est le même). Fête de Dieu présent et agissant dans notre vie.

Or, je trouve que le vent, le souffle est une très belle image de Dieu. Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut voir la main de Dieu derrière tempêtes, typhons et ouragan. Ici, nous sommes bien dans l’image. Et dans une image que je trouve très éloquente. D’abord parce que le souffle, c’est la respiration, c’est le mouvement et donc, c’est la vie.
Ensuite parce que c’est une image… qui n’est pas une image : le vent, le souffle, c’est ce qu’on ne voit pas. On en ressent les effets, on l’entend mais on ne le voit pas. Or, Dieu, même présent et agissant dans le monde reste le grand invisible. A tel point qu’il est normal de douter de sa présence et pourtant on l’entend…
Mais même quand on entend le vent, ce n’est pas lui qu’on entend mais c’est ce sur quoi il souffle. Entends-tu le vent dans les arbres ? Non mais j’entends le chant des arbres mus par le vent. Entends-tu le vent dans les voiles ? Non mais j’entends la voile qui claque au vent. Et pourtant sans le vent, les arbres, la voile resteraient silencieux. C’est bien ainsi que Dieu se fait entendre, il passe à travers des témoins et c’est bien la voix de ces témoins que l’on entend,  avec leur histoire, leur culture, leur personnalité propres. Ils sont « porte parole » mais ils restent eux-mêmes, leurs mots sont les leurs et c’est pourtant bien Dieu qu’on entend à travers leur voix. C’est comme pour la plupart des instruments à vent : un souffle qui vient de l’extérieur les fait chanter mais chaque instrument à son timbre propre.
Mais si le timbre, les mots, la voix sont ceux de Paul, d’Esaïe, de Marc ou de Jean, comment puis-je savoir que c’est Dieu qui parle ? Eh bien, je sais que Dieu parle à travers un témoin quand Dieu me fait reconnaître sa voix à travers ce témoin. En effet, aussi surprenant cela soit-il, même quand il parle, même quand il agit, Dieu reste le grand invisible. Et c’est bien pour cela qu’il y en aura toujours pour dire « Ils sont pleins de vin doux ». Oui, la foi qui me vient de Dieu me permet seule de recevoir le message qui me vient de Dieu. Et la liberté de l’Esprit, du souffle est si grande que parfois, dans ma foi, je reçois un message de Dieu à travers les mots d’un non-croyant…

Mais si j’aime cette image du vent c’est surtout parce que c’est une image pas très raisonnable. En effet, dans la plupart des mythologies polythéistes, le vent pose un problème : soit il est représenté par un dieu capricieux, soit il est représenté par plusieurs dieux : Dans une vaste caverne, Éole tient enchaînés et emprisonnés les vents, qui s'efforcent de fuir, ainsi que les tempêtes bruyantes nous raconte l’Enéide… En effet, je parle du vent mais peut-être devrai-je parler des vents car qu’y a-t-il de commun entre la brise légère d’un soir d’été (…), le vent qui vient gonfler les voiles (…), la longue plainte qui parcourt une plaine déserte (…) ou le hurlement de la tempête ? Alors, la tentation est grande de faire le tri : de séparer entre les vents agréables et utiles et les vents destructeurs et effrayants.
Il faut d’ailleurs bien dire que même les vents utiles et agréables sont capricieux : n’avez-vous jamais espéré la fraîcheur d’un léger souffle par une chaude journée d’été ? Interrogez le marin, paralysé par un calme plat, une absence complète de vent…
Or, si le nouveau Testament distingue entre pneumatos et anemos, c'est-à-dire entre le souffle (l’action de Dieu) et le vent au sens propre, l’Ancien Testament lui est moins précis, oui il y a une distinction entre vent fort et brise légère, entre rouah et hevel. Mais l’action de Dieu, quant à elle peut être aussi bien rouah que hevel. Elie reconnaît la présence de Dieu dans la fugacité d’une brise légère, d’« à peine un souffle ». Mais l’action de Dieu peut aussi être ce vent assez puissant pour ouvrir la mer lors de la sortie d’Egypte, pour assécher la terre après le déluge et même pour retenir la masse des eaux, l’empêchant de recouvrir la terre. Si Elie apprend, et il en avait besoin, que Dieu n’est pas forcément dans la puissance, dans le coup d’éclat, nous ne devons pas à notre tour emprisonner Dieu dans la brise légère. Le vent souffle où il veut. Dieu est libre.
Dieu est libre et, au regard de notre sagesse humaine, comme le vent, il est un peu fou. Jamais là où nous nous attendons à le trouver, pas toujours là où, selon nous, il faudrait qu’il soit. Cette liberté absolue de Dieu qui se rit de toutes nos conventions humaines, nous la retrouvons dans toute la Bible, à travers l’Ancien Testament et plus encore à travers l’incroyable liberté que manifesta cet homme Jésus Christ vis-à-vis des conventions de son époque. Et nous la retrouvons encore au moment de la Pentecôte : le témoignage même des apôtres devient tellement libre que chacun peut le recevoir dans sa langue, dans sa culture, dans son histoire. Le témoignage des apôtres n’est plus prisonnier des conventions et des formes, il est libre maintenant d’atteindre chacun. Mais avant cela, avant même ce feu bien domestiqué qui vient se répartir gentiment sur la tête de chaque apôtre, il y a ce grand bruit qui envahit toute la maison, ce vacarme assourdissant, cette explosion qu’aucun mur n’arrête. Et c’est cela la Pentecôte, Dieu fait irruption dans nos vies, il se rit de nos murs, de nos verrous. Dans le murmure de la brise, dans le hurlement de la tempête, de manière souvent inattendue, surprenante, Dieu se fait entendre. Cet aspect inattendu, incontrôlable de Dieu a sans doute de quoi nous effrayer ou au moins nous inquiéter. C’est vrai que le vent sème souvent le trouble, enlevant les chapeaux, retournant les parapluies, soulevant les robes, faisant claquer volets et portes. C’est vrai que ce n’est pas toujours agréable de ne pas savoir à quoi s’attendre, c’est vrai que nous préfèrerions souvent un Dieu plus apprivoisé, un Dieu qui serait un peu moins tramontane… Mais si Dieu nous paraît souvent folie, rappelons-nous qu’il est une folie aimante.

Frères et sœurs, qu’en ce jour de Pentecôte nous acceptions l’extraordinaire liberté de Dieu qui surgit dans notre vie et nous pousse à sortir sur des chemins nouveaux, vers de nouvelles rencontres. Qu’en ce jour de Pentecôte, nous fassions place à l’imprévu, à l’inattendu, à l’incontrôlable de Dieu et que sans peur nous nous laissions porter par ce vent maraud, ce vent un peu brigand qui vient gonfler nos voiles.

Amen
ajouter un commentaire commentaires (0)   
créer un trackback recommander
Mercredi 9 avril 2008
Prédication du dimanche 6 avril 2008
Actes II, 14 à 33
Luc XXIV, 13 à 25
Cantique 619, 1 et 3
Psaume XVI
Le sort qui m’échoit est délicieux, la part que j’ai reçue est la plus belle. C’est beau comme un spot publicitaire : avec Dieu tu auras tout, le sourire de star du ciné, la belle maison, la décapotable et le top-model qui va avec. Avec Dieu, ma vie est encore plus belle qu’avec l’ami Ricoré. Avec le Seigneur pour ami, tu as le succès, l’argent, la santé, la famille et ta femme, elle revient !
C’est merveilleux mais… et mes soucis si réels, les drames de ma vie, et mes blessures publiques et secrètes, et cette souffrance que je n’arrive même pas à dire, c’est parce que Dieu m’a abandonné ? C’est parce que je ne crois pas assez ? Pas assez bien ? Ou pas assez fort ? Pourquoi cette joie que chante le psalmiste m’est-elle refusée ?
Mais si l’on y regarde de plus près, ce psaume est attribué à David. C’est dans la bouche de David que le psalmiste place cette affirmation : Le sort qui m’échoit est délicieux. Rien de surprenant à cela, me direz vous, comment le roi David, le grand toi d’Israël pourrait-il ne pas se réjouir de son sort ?  On reste donc bien dans la page de publicité. Eh bien, si je lis l’histoire de la vie de David, je me dis que je n’aimerais pas être à sa place, non parce que je suis bien trop paresseux pour endosser les responsabilités royales ou bien trop lâche pour assumer la fonction de chef de guerre, mais tout simplement parce que la vie de David ne me paraît pas être une vie heureuse. C’est une vie de fuite, une vie de mercenaire pour une armée étrangère, c’est une vie de drames : mort de son ami Jonathan, mort du fils de Bethsabée, guerre contre son propre fils, Absalom et meurtre de celui-ci par la main d’un soldat de David. Ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais une vie heureuse…. Ainsi, la joie du psalmiste n’est pas celle du bonheur tel que nous l’entendons. Nous ne sommes pas ici devant un portrait « glamour » de la vie du croyant.

Je crois que pour comprendre la joie du psalmiste, il faut passer par les mystérieux versets 3 et 4 Dans les saints du pays et dans les magnifiques, tout mon plaisir. Leurs ravages sont nombreux, ils se hâtent vers un autre. Je ne verserai pas leur libation de sang.
Je reconnais que c’est un peu obscur. Quelques remarques donc. La proximité en hébreux entre « ravages » et « idoles » et la référence aux libations de sangs montrent que le verset 4 parle de l’idolâtrie. Mais qu’en est-il du verset 3, qui sont ces saints et ses magnifiques. A cause de la structure du psaume, je pense qu’ils correspondent aux attributs (saints  et grands) qu’on donnait aux divinités cananéennes et sont les idoles dénoncées aux versets 4,  le plan du psaume serait donc : confession de foi / rejet des idoles / affirmation de la fidélité de Dieu, e qui me paraît plus naturel que confession de foi (incise sur le peuple de Dieu) rejet des idoles / affirmation de la fidélité de Dieu. Je me rallie donc à l’interprétation de la TOB : Les divinités de cette terre, ces puissances qui me plaisaient tant, augmentent leurs ravages ; on se rue à leur suite. Mais je ne leur offrirai plus de libations de sang, et mes lèvres ne prononceront plus leurs noms.
La joie du psalmiste, bien plus que dans nos images toutes faites du bonheur, est donc dans la fidélité de dieu et dans sa délivrance de l’idolâtrie
Mais qu’est ce que l’idolâtrie ?
Première définition : l’idolâtrie c’est l’adoration d’autres dieux que Dieu. Cette définition ne nous entraîne pas très loin. Sauf à considérer que les religions non chrétiennes ou non abrahamiques sont idolâtres, ce qui se discute, l’idolâtrie n’est plus vraiment répandue dans notre société et ne nous concerne plus beaucoup. J’aurais donc mieux fait de ne pas m’attarder sur ce psaume 16… Mais on peut élargir cette définition.
Deuxième définition: l’idolâtrie, c’est vouer un culte à autre chose que Dieu. Et là, les idoles surgissent de partout, aujourd’hui encore, culte de l’argent, du travail, du moi, culte de la famille, culte du plaisir, du pouvoir et que sais-je encore. Elles sont myriades nos idoles…
J’ouvre une parenthèse : l’idolâtrie n’a rien à voir avec la morale (la morale elle-même peut d’ailleurs être une idole). Nous ne parlons pas ici en terme de c’est bien ou c’est mal : il n’y a aucun mal à attacher une importance immense à sa famille ou à son travail où à sa santé. Seulement, c’est être idolâtre.

J’ai dit au Seigneur, je n’ai pas de plus grand bonheur que toi… Je garde sans cesse le Seigneur devant moi. Le psaume XVI, m’invite à élargir encore la définition…
Troisième définition : l’idolâtrie, c’est, dans sa vie, donner, à quoi que ce soit autant, voire plus d’importance qu’à Dieu lui-même. Cela ne signifie qu’il faille penser à Dieu et prier 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 sans détourner notre pensée de Lui ne fut-ce qu’une seconde. C’est à la fois plus profond et plus léger : il s’agit de reconnaître que rien n’a plus de poids, plus d’importance, rien n’est plus décisif pour notre vie que Dieu.
En fait, être délivré de l’idolâtrie c’est comprendre qu’à part Dieu, il n’y a rien d’absolu. Tout, absolument tout est relatif. Ce qui ne signifie pas sans importance, mais passager, transitoire, modifiable, révisable. Tout est relatif, c'est-à-dire rien n’est sacré, rien n’est suffisamment fort pour avoir un poids définitif. Et ce tout est relatif, cela inclus bien sûr la morale, la religion, l’Eglise, la Bible même… Tout. Sauf Dieu. Dieu seul est dieu.

Et c’est une libération immense.  Parce que relativiser, c’est prendre du recul. Du recul par rapport à ce qui nous accable, du recul aussi par rapport à ce que nous avons perdu ou à ce que nous avons peur de perdre… Cette libération est une guérison parce qu’elle vient me dire que ce qui me fait si mal, ce qui me semble me détruire a, finalement, moins de poids que Dieu qui m’aime et me fait vivre. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ.

C’est une libération qui nous est offerte. David le dit : ce qui le délivre des idoles c’est que la part qu’il a reçu, c’est Dieu. Or si David reçoit cette part à la force de ses bras, alors, il prends plus de pouvoir, plus de poids que Dieu. Si Dieu seul est Dieu, Dieu seul peut donner Dieu à David. C’est donc bien Dieu qui nous délivre de nos idoles.
De plus, nous avons tous vu combien cette définition fait de nous tous des idolâtres, nous dit combien nous sommes rapides à donner à d’autres que Dieu l’importance, c'est-à-dire la gloire qui ne revient qu’à Lui. Mais nous désespérer reviendrait à faire de notre incapacité à être fidèle une idole de plus. Si je crois que mon infidélité me sépare de Dieu, qu’elle a le pouvoir de s’opposer à lui, je donne à mon infidélité plus de poids qu’à Dieu. De même si je crois que c’est ma fidélité qui fait que Dieu m’est fidèle. Etre libéré de mes idoles, c’est m’apercevoir  que Dieu est fidèle même quand je lui suis infidèle.

C’est une libération immense, c’est une libération offerte mais c’est une libération exigeante. C’est une libération qui a un prix.
Dans les saints du pays, dans les grands se trouve tout mon plaisir (Ps XVI). Tout comme le psalmiste, je les aime ces idoles que Dieu fait tomber. Comme les dieux cananéens marquaient le rythme des saisons et expliquaient le monde, mes idoles structurent ma vie et lui donnent un sens. Elles me servent de points de repères, voire d’ancrage. Elles me guident dans mes choix. En me les enlevant, Dieu me déstabilise. Etre délivré de mes idoles, c’est aussi être privé du confort de mes certitudes, c’est être placé devant l’absurdité de l’existence.
Dieu nous délivre de nos idoles, il ne nous installe pas dans une verte vallée de savoir, il ne nous conduit pas sur une autoroute bien balisée mais il nous jette sur un sentier de vie. Un sentier, c’est rarement droit, ce n’est pas toujours bien indiqué, il y a des passages difficiles, des moments où l’on se sent perdu. Mais c’est le mouvement et donc c’est la vie.

Frères et sœurs, que tombent donc nos idoles et que d’un pas léger nous nous lancions sur ce sentier parfois riant, parfois sombre. Que sur tout ce qui nous pèse et nous oppresse, Dieu nous donne du recul et que ce recul, nous en témoignions par notre humour et notre liberté.

Amen
ajouter un commentaire commentaires (7)   
créer un trackback recommander

Agenda

  Juin 2008

Lundi 2 20h Café le Franklin. 7 rue Franklin Roosevelt Evreux
Café Biblique : La vie après la vie

Discussion libre et éclairage biblique sur le thème de l'au delà.

Samedi 28 Dimanche 29
Nuit des veilleurs organisée par l'ACAT


Temps d'ouverture au temple
5 rue du chantier, Evreux
de 20h à 21h

Temps de prière à Vernon
Eglise St Jean Baptiste
de 21h à 22h



Commentaires

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Communautés

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
Blog : Rêver sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus