Ma Bible est une autre Bible. Ses rédacteurs et ses protagonistes sont de chair et de sang. Elle n'a pas été rédigée par Dieu, et ses personnages ne sont ni saints, ni
purs. Je n'ai ni l'érudition d'un chercheur ni la motivation d'un commentateur. C'est un livre que j'aime lire et qui provoque en moi émotion et réfléxion. Il recèle suffisament de politique,
d'amour, de foi et de pensée pour inciter le lecteur à réfléchir à ce qui se passe autour de lui, comme autrefois.
Meir Shalev, journaliste israëlite entreprend de nous raconter certains épisodes bibliques loin de
toutes considérations pieuses ou théologiques. Le projets est allèchant (mais je dois reconnaître que toute tentative de relecture de la bible loin des images édifiantes de l'histoire sainte a,
d'emblée, ma sympathie) et laplume est agréable. Shalev a de l'humour et sait se montrer respectueusement impertinent vis à vis des maître du Talmud.
Pourtant, à dire vrai, le premier chapitre m'a fait tiquer : affirmer que dans ,lhistoire de David et Abigail, David fait du
racket ne me paraît pas vraiment révolutionaire (c'est simplement ce que dit le texte) et l'enquête sur la mort de Nabal témoigne d'une naïveté fondamentaliste qui prête à sourire. Et puis, le
deuxième chapître, une merveilleuse lecture de l'histoire de Jacob et Rachel, remet les pendules à l'heure : la démarche de Shalev est tout sauf naïve. Il ne prétend pas livrer la bonne, ni même
une nouvelle interprétation du texte, il s'agit simplement pour lui de dire les histoires que la Bible lui raconte, des histoires humaines pleines d'amour, de violence et de rouerie, des
histoires qui nous parlent bien au-delà des faits qu'elles relatent. Et comme Maier est juif, si sa base de travail nous est commune (le Premier Testament), ses présupposés de lecture, la
tradition à laquelle il fait référence ne sont pas les miens, ce qui ouvre des horizons nouveaux. Vivante, décapante, drôle et interpelante la Bible de Meir Shalev est-elle une autre bible ? Je
n'en suis pas sûr; les auteurs et les protagonistes de la mienne sont aussi des êtres de chair et de sang et c'est bien pour cela qu'ils me parlent de Dieu et que je reçois leur témoignage pour
authentique. Mais celui qui ne connaît la Bible que de loin y découvrira sans doute des épisodes inconnus. Quant au lecteur plus accoutumé, je gage qu'il fera, au grè de certains chapitres, des
découvertes...
Meir SHALEV : Ma Bible est une autre Bible. Edition des deux terres
Le langage mythique est une tentative de raconter quelque chose qui ne relève pas du savoir mais de l’indicible et de l’irreprésentable, à savoir le rapport de l’homme à sa destinée
et à l’altérité. Dit autrement, les mythes tentent d’objectiver - sous la forme d’histoire mettant en scène des personnages et des situations compréhensibles par tous – le rapport de l’homme aux
grandes questions de l’existence. Il cherche ainsi à exprimer aussi « rationnellement » que possible, le mystère des origines de l’homme et de son devenir. Ce faisant, il touche à l’universel en
même temps qu’au singulier ; je dirais plus précisément qu’il touche à l’universel parce qu’il concerne chacun de nous au plus profond de lui-même. C’est l’impossible à dire que le mythe
essaye d’exprimer. Non pas pour annuler cet indicible mais pour tenter de l’approcher autant que possible et tenter d’en traduire les conséquences pour l’existence
humaine.
Elian Cuvilier
Quand on commence à lire les récits bibliques non pas comme des traités d’histoires ou des comptes rendus d’événements, et une fois
établis que cela ne remettait pas en question notre foi, arrive le moment où l’on se demande quel était le statut des récits des autres cultures. Les grecs croyaient-il à la réalité de leurs
légendes ?
Dans Mythes grecs, mythes bibliques, professeurs de théologie (Ancien Testament, Nouveau Testament, Ethique), professeurs de
culture grecque et psychanalystes essayent de répondre à la question sous l’ombre de Paul Veynes et de Bultmann.
L’ouvrage est issu d’un cours (j’en profite pour saluer l’interdisciplinarité) et présente les caractéristiques propres à ce genre
d’exercice : les différents articles se répètent parfois, donne sur le mythe des éclairages dont les nuances divergent parfois mais c’est plutôt pour un enrichissement…
La définition du mythe est à peu près la même pour tous, à des lieux du langage courant qui en fait souvent une fadaise. Or le
mythe est langage dont la fonction est de dire le vrai à travers un récit.
L’étude ne se penche pas sur la différence de vision du monde donnée par les mythes grecs ou par le mythe biblique, il souligne en
revanche une différence de forme (mais qui participe aussi d’une différence fondamentale) : alors que le mythe grec renvoie à un passé sans âge, beaucoup de mythes bibliques s’inscrivent dans
l’histoire.
Du coup, un article d’Elian Cuvilier m’interpelle tout particulièrement : "La résurrection de Jésus, un mythe ?" Sur ce point là, je
suis plutôt orthodoxe et du coup, je me demande si tout en soulignant l’aspect langage du mythe, nos professeurs de théologie n’ont pas occulté sa dimension de récit fictif.
Que les apparitions du ressuscité se disent dans un langage mythique tant la vérité qu’elles exprime ne peut passer par un autre
langage, soit. Que le tombeau vide et l’absence totale de description soit des marques biblique du caractère indicible de la résurrection, soit. Mais personnellement, je me garderai bien de
passer outre la réalité de ce tombeau vide… Bref, s’il y a du mythique dans les récits de résurrection de Jésus le Christ, celle-ci est elle vraiment uniquement de l’ordre du mythe ? Je ne suis
pas convaincu.
Elian Cuvilier, Jean-Daniel Causse : Mythes grecs, mythes bibliques. Cerf.
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