Parce que même s'il tenait plus du pugilat que du débat, je n'aime pas l'idée qu'un long échange reste stérile, une petit récapitulatif sur la manière dont je comprend l'Eglise, les Eglises et l'Esprit Saint.
A travers le monde, Jésus Christ appelle des hommes et des femmes à être ses témoins, ce sont ces hommes et ces femmes qui composent l'Eglise, un corps dont Christ est la tête, un corps appelé à agir.
En vue de cette action, ces hommes et ces femmes, selon leur culture, selon leur temps, forment des groupes organisés et identifiables. Parce qu'elles sont utiles et même nécessaires, ces institutions sont bonnes. Cette multiplicité est voulue par Dieu, elle était présente dès le commencement : Christ n'a pas voulu écrire une doctrine figée, il a suscité des témoins d'origine très diverses qui ont donc compris et transmis très diversement son message. Cette diversité est non seulement une richesse mais elle nous protège de notre tentation de faire de Dieu une image taillée. Malheureusement ces institutions restent humaines et donc faillibles, ce qui explique pourquoi elles se déchirent au lieu de regarder à leur unité. Leur plus grande tentation est peut-être de vouloir chacune être l'Eglise entière de Jésus Christ à elle seule et d'oublier ainsi qu'elles ne sont pas la tête et qu'il ne leur appartient pas de délimiter le corps. Ou peut-être est-ce de finir par croire n'être qu'une opinion parmi d'autre, en oubliant qu'elles sont appelées à témoigner de la vérité, Jésus Christ.
L'Esprit est la présence agissante de Dieu dans le monde. Il est Dieu en mouvement, c'est pourquoi, même s'il conduit indéniablement l'Eglise, je ne puis me résoudre à l'enfermer dans celle-ci. Si tous les humains ne sont pas encore appelés à reconnaître Jésus Christ comme le Seigneur, tous sont sous la souveraineté de Dieu et donc Son Esprit peut conduire n'importe lequel d'entre eux.
Dans un de ces commentaires, Ti'Hamo décrit la liberté de l'homme de cette manière "Après, si
Dieu a vraiment dit à nos parents de tout longtemps : "Vous décidez donc de vous détourner de moi, de rejeter ma confiance, et de proclamer vôtre cet univers...ben, soit. Voilà la liste de ce qui
va s'ensuivre, mais c'est vous qui l'avez librement choisi.", c'est différent."
J'aime assez cette définition et mes lecteurs les plus fidèles, les plus courageux et ls plus attentifs savent que j'ai souvent dit des choses à peu près de ce genre, que pour moi, il est
impropre de parler de chatiment quand nous sommes face à des conséquences... Quand mon médecin me demade d'éviter d'abuser des chocolats, que je désobéis et que je tombe malade, je ne dis pas que
mon médecin m'a puni.
Mais ce que Ti Hamo oublie de signaler, c'est que toute la Bible montre Dieu refusant de nous laisser subir les conséquences prévues dans ce qu'elles ont de plus définitif. Le peuple hébreux
devrait avoir disparu depuis longtemps et pourtant l'Ancien Testament ne cesse de montrer Dieu rappelant sans esse un petit reste, laissant infiniment sa colère retomber... Le Nouveau Testament
pousse cette logique à son comble : c'est l'humanité toute entière que Dieu va sauver...
Ben voilà, on a donc bien le péché originel : cette faiblesse inhérente à l'homme qui le conduit à toujours se détourner du chemin de vie que Dieu lui indique (la faiblesse n'exclut pas une aprt
de responsabilité) et la puissance de l'amour de Dieu qui malgrè tout sauve l'homme de lui-même...
Bref, quand mon fils veut mettre ses doigts dans la prise de courant, je le prive de sa liberté pour lui sauver la vie. Et je crois que Dieu, père infiniment plus aimant et plus parfait que moi,
agit de la même manière...
Alors les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi, donc, que dis–tu ? Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre. Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés. Et il resta seul avec la femme qui était là, au milieu. Alors Jésus se redressa et lui dit : Eh bien, femme, où sont–ils passés ? Personne ne t’a donc condamnée ? Elle répondit : Personne, Seigneur. Jésus dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus
.
Au cours de notre longue discussion sur l’homosexualité (je penserai à reprendre un thème aussi racoleur lors de la prochaine baisse d’audience) j’évoquais
qu’il me paraissait toujours dangereux d’insister sur ce que devait être la vie après la conversion sans retomber dans un discours légaliste. En effet, je crois que la conversion est un événement
personnel provoqué par la grâce et que le converti sait très bien sur quel chemin il est appelé à s’engager. Je voulais dire par là que lorsqu’on fait suive une annonce de la grâce par une
description détaillée de la vie nouvelle à laquelle la grâce nous conduit, on court le risque que certains essayent par eux-même de vivre cette vie nouvelle sans passer par la case réception de
la grâce, bref, lisent la nouveauté de vie offerte comme une loi à suivre.
Je n’ai sans doute pas été assez clair puisque Matthieu m’a posé la question : Jésus a-t-il été légaliste en disant à la femme adultère « Va et ne pèche plus » ?
Intervention qui m’en a rappelé d’autres se référant au même texte.
Mais tout d’abord je vais, enfin, répondre à Matthieu.
Non Jésus n’est pas légaliste pour deux raisons simples. Tout d’abord il ne parle pas de la grâce à des gens qui ne l’ont pas reçue ni vécue mais à quelqu’un qui vient de la recevoir. Ensuite,
Jésus ne donne pas à la femme adultère un carnet de route très détaillé. « Ne pèche plus » c’est bien trop vaste pour pouvoir être pris comme une loi. Nous savons bien que la femme n’est pas
devenue ensuite exempte de tout péché. En fait Jésus ne fait que formuler ce qu’elle savait déjà, ce que tous ceux qui ont vécu, à un moment où un autre, le pardon de Dieu dans leur vie : ce
pardon n’est pas une marque de faiblesse qui incite à la récidive. Celui qui se dit « Puisque je sais que je serais pardonné par Dieu, je peux faire tout ce que je veux » n’a assurément pas
réellement reçu ce pardon, il n’a pas vécu la puissance de la grâce de Dieu.
Mais cette intervention de Matthieu m’a aussi rappelé d’autres réactions lorsque j’évoquais le caractère absolument inconditionnel de la
grâce de Dieu. Réactions qui en substance disaient « Mais quand même Jésus a bien dit à la femme adultère : « Ne pèche plus » ». En effet, et alors ?
Prendre ce « va et ne pèche plus comme une condition du pardon me paraît être un contresens complet. C’est lire ce texte, au mieux comme si Jésus disait à la femme adultère : « Allez si tu
promets de ne plus recommencer, je ne te condamne pas », au pire comme s’il donnait à la femme adultère une condamnation avec sursis, comme si la femme adultère devait être lapidée à la prochaine
incartade…
Or ce n’est pas du tout l’esprit du texte. La chronologie de l’épisode ne laisse aucune ambiguïté.
1) Péché.
2) Rétribution du péché par la mort au nom de la loi.
3) Réfutation des juges qui ne sont pas qualifiés pour condamner (rappel que nul homme n’est juste devant Dieu et que personne n’est donc habilité à condamner son frère)
4) Refus de juger par le seul qui en aurait le droit. Parole de grâce
5) Exhortation (Va et ne pèche plus)
L’exhortation finale ne peut donc absolument pas être lue comme une condition au pardon. Elle dit simplement ce que provoque la grâce. La femme adultère ne doit pas changer de vie pour être
pardonnée, mais parce qu’elle est pardonnée, une vie nouvelle lui est offerte. D’ailleurs on trouve ce «ne pèche plus » à un autre endroit de l’évangile de Jean, c’est la parole adressée au
paralytique de la piscine de Bethzatha (Jean V, 14). Parole d'ailleurs surprenante puisque Jésus renchérit "De peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire". Seulement Jean révèle que Jésus ne
partageait pas la croyance de ses contemporains selon lesquels le handicap était une conséquence du péché (Jean IX, 3), je vois plutôt cette phrase comme une affirmation qu'il existe pour l'homme
des esclavages pire que le handicap ou la maldie... Cette exhortation est donc une parole de guérison et de délivrance plus que de menace. C'est aussi l'affirmation que si la grâce est
inconditionnelle, elle n'est pas sans conséquence.
Novembre 2012
26 novembre
20h au Franklin
A Evreux
Café Biblique
"La prière"
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