Il y a déjà un petit bout de temps, un lecteur me posait par e-mail la question suivante : Grace au Christ il est promis aux chrétiens la vie éternelle
après la mort. Qu'en est-il pour les hommes des TOUTES les AUTRES religions ? Que deviendront-ils ?
À dire vrai, je suis quelque peu géné par la formulation : je ne crois pas qu'après la mort, l'âme s'envole en direction du paradis ou chute vers l'enfer. Je crois, en revanche, à une mort
complète et à une résurrection finale. Lors de cette résurrection, je crois en effet que ceux qui ont placé leur confiance en Christ seront pris à ses côtés. Et les autres ? Une réponse classique
de théologiens plus avisés que moi c'est "nous ne pouvons rien en dire, nous ne pouvons témoigner que de notre salut" C'est bien sûr très vrai, et cela évite pas mal de spéculations. Cependant,
me soucier du sort des autres me semble assez cohérent avec mon christianisme. Et puis, au delà de spéculation sur l'au-delà (qui n'est pas un crime non plus), cela ouvre une question qui a son
importance : "sommes-nous sauvés par le Christ ou par notre foi en lui ?"
Si l'on s'en tient à l'heure dernière, pour ma part, je réponds que ce n'est pas notre foi qui entrera en ligne de compte. Je crois en effet que tous seront sauvés. Mais cette déclaration n'est
ni la conclusion d'un raisonnement logique, ni une affirmation dogmatique : il sera facile de trouver des versets pour me contredire (et s'ensuivra une longue bataille de versets et
d'interprétation). Ce n'est pas non plus un procès que j'intenterais à Dieu sur le mode "Si Dieu ne sauve pas tout le monde, alors il n'est pas bon". Je ne parle pas d'avantage d'un salut de
masse, aveugle, un salut à la pelle, en fait je ne devrais pas parler du salut de tous mais du salut de chacun. Je crois qu'à l'heure dernière, chacun, quelle qu'ait été son histoire, sa foi,
sera saisi dans l'amour de Dieu. C'est une profession de foi : je crois que le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Cependant cette profession de foi sur l'heure dernière ne doit pas faire oublier que le salut est d'abord une vérité immédiate : c'est dès maintenant que je suis accepté par Dieu, et c'est dès
maintenant que cela change ma vie. Or, ce changement de regard, cette libération ne se vit que dans la confiance en Jésus Christ. Si le salut est promis à tous, seule la foi en Christ permet de
le vivre dès aujourd'hui.
Dans un de ces commentaires, Ti'Hamo décrit la liberté de l'homme de cette manière "Après, si
Dieu a vraiment dit à nos parents de tout longtemps : "Vous décidez donc de vous détourner de moi, de rejeter ma confiance, et de proclamer vôtre cet univers...ben, soit. Voilà la liste de ce qui
va s'ensuivre, mais c'est vous qui l'avez librement choisi.", c'est différent."
J'aime assez cette définition et mes lecteurs les plus fidèles, les plus courageux et ls plus attentifs savent que j'ai souvent dit des choses à peu près de ce genre, que pour moi, il est
impropre de parler de chatiment quand nous sommes face à des conséquences... Quand mon médecin me demade d'éviter d'abuser des chocolats, que je désobéis et que je tombe malade, je ne dis pas que
mon médecin m'a puni.
Mais ce que Ti Hamo oublie de signaler, c'est que toute la Bible montre Dieu refusant de nous laisser subir les conséquences prévues dans ce qu'elles ont de plus définitif. Le peuple hébreux
devrait avoir disparu depuis longtemps et pourtant l'Ancien Testament ne cesse de montrer Dieu rappelant sans esse un petit reste, laissant infiniment sa colère retomber... Le Nouveau Testament
pousse cette logique à son comble : c'est l'humanité toute entière que Dieu va sauver...
Ben voilà, on a donc bien le péché originel : cette faiblesse inhérente à l'homme qui le conduit à toujours se détourner du chemin de vie que Dieu lui indique (la faiblesse n'exclut pas une aprt
de responsabilité) et la puissance de l'amour de Dieu qui malgrè tout sauve l'homme de lui-même...
Bref, quand mon fils veut mettre ses doigts dans la prise de courant, je le prive de sa liberté pour lui sauver la vie. Et je crois que Dieu, père infiniment plus aimant et plus parfait que moi,
agit de la même manière...
Alors les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surprise en
flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi, donc, que dis–tu ? Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir
l’accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui
jette le premier une pierre ! De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre. Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés. Et il resta seul
avec la femme qui était là, au milieu. Alors Jésus se redressa et lui dit : Eh bien, femme, où sont–ils passés ? Personne ne t’a donc condamnée ? Elle répondit : Personne,
Seigneur. Jésus dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus
.
Au cours de notre longue discussion sur l’homosexualité (je penserai à reprendre un thème aussi racoleur lors de la prochaine baisse d’audience) j’évoquais
qu’il me paraissait toujours dangereux d’insister sur ce que devait être la vie après la conversion sans retomber dans un discours légaliste. En effet, je crois que la conversion est un événement
personnel provoqué par la grâce et que le converti sait très bien sur quel chemin il est appelé à s’engager. Je voulais dire par là que lorsqu’on fait suive une annonce de la grâce par une
description détaillée de la vie nouvelle à laquelle la grâce nous conduit, on court le risque que certains essayent par eux-même de vivre cette vie nouvelle sans passer par la case réception de
la grâce, bref, lisent la nouveauté de vie offerte comme une loi à suivre.
Je n’ai sans doute pas été assez clair puisque Matthieu m’a posé la question : Jésus a-t-il été légaliste en disant à la femme adultère « Va et ne pèche plus » ?
Intervention qui m’en a rappelé d’autres se référant au même texte.
Mais tout d’abord je vais, enfin, répondre à Matthieu.
Non Jésus n’est pas légaliste pour deux raisons simples. Tout d’abord il ne parle pas de la grâce à des gens qui ne l’ont pas reçue ni vécue mais à quelqu’un qui vient de la recevoir. Ensuite,
Jésus ne donne pas à la femme adultère un carnet de route très détaillé. « Ne pèche plus » c’est bien trop vaste pour pouvoir être pris comme une loi. Nous savons bien que la femme n’est pas
devenue ensuite exempte de tout péché. En fait Jésus ne fait que formuler ce qu’elle savait déjà, ce que tous ceux qui ont vécu, à un moment où un autre, le pardon de Dieu dans leur vie : ce
pardon n’est pas une marque de faiblesse qui incite à la récidive. Celui qui se dit « Puisque je sais que je serais pardonné par Dieu, je peux faire tout ce que je veux » n’a assurément pas
réellement reçu ce pardon, il n’a pas vécu la puissance de la grâce de Dieu.
Mais cette intervention de Matthieu m’a aussi rappelé d’autres réactions lorsque j’évoquais le caractère absolument inconditionnel de la
grâce de Dieu. Réactions qui en substance disaient « Mais quand même Jésus a bien dit à la femme adultère : « Ne pèche plus » ». En effet, et alors ?
Prendre ce « va et ne pèche plus comme une condition du pardon me paraît être un contresens complet. C’est lire ce texte, au mieux comme si Jésus disait à la femme adultère : « Allez si tu
promets de ne plus recommencer, je ne te condamne pas », au pire comme s’il donnait à la femme adultère une condamnation avec sursis, comme si la femme adultère devait être lapidée à la prochaine
incartade…
Or ce n’est pas du tout l’esprit du texte. La chronologie de l’épisode ne laisse aucune ambiguïté.
1) Péché.
2) Rétribution du péché par la mort au nom de la loi.
3) Réfutation des juges qui ne sont pas qualifiés pour condamner (rappel que nul homme n’est juste devant Dieu et que personne n’est donc habilité à condamner son frère)
4) Refus de juger par le seul qui en aurait le droit. Parole de grâce
5) Exhortation (Va et ne pèche plus)
L’exhortation finale ne peut donc absolument pas être lue comme une condition au pardon. Elle dit simplement ce que provoque la grâce. La femme adultère ne doit pas changer de vie pour être
pardonnée, mais parce qu’elle est pardonnée, une vie nouvelle lui est offerte. D’ailleurs on trouve ce «ne pèche plus » à un autre endroit de l’évangile de Jean, c’est la parole adressée au
paralytique de la piscine de Bethzatha (Jean V, 14). Parole d'ailleurs surprenante puisque Jésus renchérit "De peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire". Seulement Jean révèle que Jésus ne
partageait pas la croyance de ses contemporains selon lesquels le handicap était une conséquence du péché (Jean IX, 3), je vois plutôt cette phrase comme une affirmation qu'il existe pour l'homme
des esclavages pire que le handicap ou la maldie... Cette exhortation est donc une parole de guérison et de délivrance plus que de menace. C'est aussi l'affirmation que si la grâce est
inconditionnelle, elle n'est pas sans conséquence.
Suite à une reaction de mon frangin sur mon commentaire anthropo-pessimiste quoique ludique de Casino Royale, il me semble opportun de clarifier quelque peu la relation entre mon pessimisme anthropologique et ma foi (d'autant plus opportun que ce n'est pas la première réflexion de (Ma)Tthieu allant dans ce sens).
Premièrement, ma foi n'est pas la réponse que je me suis façonnée pour contrebalancer ma vision désespérée de l'humain. J'ai longtemps été croyant et humaniste. Il fut même un temps où j'aimais beaucoup le "ta foi t'a sauvé" qui émaille certains récits de miracle. J'y voyais la marque que le salut était dans l'homme (Tiens ! Ça me fait penser qu'il faut que je retravaille la question, maintenant). En fait, je dirais plutôt que c'est ma foi en Jésus Christ qui me conduit de plus en plus à renoncer aux autres possibilité de salut. Et c'est vrai que l'humanisme sous toute ses formes (mythe du bon sauvage, croyance au progrès ou affirmation du caractère divin de l'homme) m'apparaît clairement faire partie des idoles modernes. Et à dire vrai, il m'est douloureux de me séparerde cette idole-là. Si je peux m'amuser avec James Bond, le réalisme cruel d'une affiche me blesse. En fait, c'est ainsi que je comprends :
Si ta main ou ton pied doivent causer ta chute, coupe–les et jette–les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou infirme que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton œil doit causer ta chute, arrache–le et jette–le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu.Matthieu XVIII, 8 à 9
(ces versets qui choquent tellement David, qu'il se sent obligé d'inventer que des chrétiens se sont mutilés pour y obéir). La foi nous dépouille aussi bien de nos images de l'homme que de nos images de Dieu et ça ne se fait pas dans la joie et l'allégresse...
Deuxièmement, le pessimisme anthrologique que j'affiche ici ou ailleurs n'a pas pour but de convertir les humanistes en brisant leur idole. D'une part, j'ai souvent exprimé que pour moi la foi n'était pas le résultat d'une démarche intellectuelle. Du coup, je témoigne, je discute, je ne cherche pas à démontrer. D'autre part, si la non-foi en l'homme découle de la foi en Jésus Christ, contre une longue tradition de briseurs d'idoles, je ne suis pas certain que l'inverse fonctionne. Tout au plus pourrais-je proposer mon espérance à un nihiliste désespéré...
Quoiqu'il en soit, il y a des chances que je revienne à la charge de temps à autres. Peut-être pour provoquer le débat avec les humanistes (comme un dialogue inter-croyants), pour relancer l'eternelle discussion théologique : "l'homme participe-t-il ou non à son salut ?"... Ou bien pour faire réagir mon petit frère...
En fait, tout simplement parce que c'est un sujet qui me tient à coeur...
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